Auteur : Alexandre Merlingeas
Publié : vendredi 29 novembre 2019

Bio. Dans le cadre du Mois de la bio, une journée s’est déroulée à Saint-Sabine-Born autour du thème de la luzerne. Les participants ont développé l’intérêt de cette légumineuse dans la rotation des cultures.

La luzerne en tête de rotation

La réglementation bio impose dans la rotation des cultures de ne pas implanter une plante deux ans de suite sur une même parcelle. La Dordogne compte 4 400 ha de grandes cultures en bio. La luzerne se révèle être un élément majeur en tête de rotation (20 à 30 % d’un assolement) pour tous les bienfaits qu’elle peut apporter.

Dans le cadre du Mois de la bio, une journée sur cette thématique s’est déroulée le 14 novembre à Sainte-Sabine-Born. Les partenaires de l’événement (Interbio Nouvelle-Aquitaine, Agrobio Périgord, la Chambre d’agriculture de Dordogne et le Petit Basque), ont organisé le matin des présentations et des échanges à la salle des fêtes autour de la luzerne, la rotation de cultures, la déshydratation, les filières et les débouchés. L’après-midi, les participants ont visité l’usine de déshydratation Grasasa avant de se rendre au Gaec de la Fontaine blanche où l’on élève des vaches laitières en bio depuis 2002.

 Le choix des cultures dans la rotation est le résultat d’un compromis entre les avantages agronomiques, notamment la gestion des adventices et la fertilité, des contraintes économiques et l’organisation du travail. Laura Dupuy et François Hirissou, conseillers à la Chambre d’agriculture, ont confirmé que la luzerne est la meilleure tête de rotation car elle amène des éléments fertilisants au sol, possède des effets nettoyants et structurants. Elle permet de limiter les risques de maladie et les ravageurs car il s’agit d’une culture pérenne.

La luzerne a aussi un impact positif sur la biodiversité et les auxiliaires de culture grâce à sa couverture permanente et pluriannuelle. « C’est un excellent précédent pour les cultures exigeantes en azote, mais il existe un délai de retour indispensable, notamment pour gérer les maladies. Il doit être de cinq ans avant de replanter une luzerne », a expliqué Laura Dupuy. 

Un effet nettoyant

La luzerne en rotation permet de limiter la pression des mauvaises herbes ; le désherbage mécanique devant intervenir en dernier lieu. « Pour gérer les adventices, il faut bien les connaître et faire du préventif. » Plus la rotation est diversifiée et longue, moins la densité d’adventices est importante. La luzerne a un effet nettoyant si elle est bien entretenue. Elle a un couvert permanent et gère bien les vivaces tel le chardon. Si possible en bio, il est conseillé de faire des faux semis avant l’implantation. « La luzerne une fois implantée est concurrentielle mais pas autant au stade jeune », avance Laura Dupuy. On peut aussi désherber mécaniquement les luzernes même si cela ne se pratique pas beaucoup. La luzerne dans la rotation se révèle aussi un levier intéressant sur les parcelles où pousse de l’ambroisie. « Si on a une parcelle à une forte infestation d’ambroisie, on ne sème pas au printemps car la luzerne est sensible à la concurrence au stade jeune », a spécifié la conseillère. 

Les semis ne doivent pas forcément être 100 % luzerne même si elle doit rester la plante majoritaire. On peut intégrer du lotier, du trèfle ou du sainfoin qui s’adaptent mieux à certaines particularités de sol. 

Apport d’azote

Autre avantage : elle permet d’optimiser la nutrition azotée des plantes. C’est une légumineuse qui amène de l’azote dans le système pour les plantes qui suivent dans la rotation. Elle le fixe dans les nodosités de ses racines. Sur les parcelles qui n’ont jamais eu de luzerne ou dans les sols acides, on a intérêt à inoculer les bactéries qui permettent à la plante d’assimiler l’azote de l’air. « Plus vous lui mettrez de plantes concurrentes pour l’azote présent dans le sol, plus elle fixera de l’azote atmosphérique. Cela explique l’intérêt des associations entre légumineuses et céréales », a indiqué François Hirissou. Mieux vaut éviter les sols tassés ou hydromorphes pour mettre une luzerne, ainsi que des sols comprenant déjà beaucoup d’azote.

François Hirissou a soulevé la question du phosphore et du potassium dont la luzerne est avide. Or, ces éléments sont de moins en moins présents dans les sols. « Il va falloir trouver du phosphore en bio. » Les fumures de volailles sont une solution.


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