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10-hautBovins viande. Réunis pour faire le point sur les plans départementaux, les acteurs des filières d’élevage s’inquiètent d’une conjoncture dégradée, des cours en berne et des charges qui s’alourdissent : un ciseau des prix intenable, disent-ils.

L’éleveur pris en tenaille
entre coûts et cours

« On achète très cher, on vend pas cher ». Joël Faure, président de l’organisation de producteurs (OP) Araleb, résume en quelques mots la situation dans laquelle se trouvent les éleveurs de bovins viande. Pascal Duvaleix, directeur de la coopérative Univia, confirme : « les charges relatives à l’élevage ne font qu’augmenter par à-coups. Tant et si bien qu’on a du mal à construire des itinéraires techniques durablement ».
Car, c’est bien là le problème, les éleveurs bovins travaillent sur des cycles longs et ils font les frais de la variation du prix des matières premières, donc de la fluctuation des coûts de production.
Dernière en date, la hausse des cours des céréales a alourdi le poste alimentation. Impossible d’en vouloir à une filière partenaire qui avait bien besoin d’une revalorisation des prix, disent les responsables de l’élevage périgourdin. Pour autant, les coûts alimentaires n’ont fait que grimper ces derniers mois, comme les autres charges : intrants, carburants, matériels...
Alors, pas mal d’éleveurs visent l’autonomie alimentaire. Mais produire ses céréales a un coût. Opter pour l’herbe ? Encore faut-il que la météo soit propice. « Ce mois de septembre a été sec et on n’a pas fait de dernière coupe. Avec des stocks de foin aussi bas, on va devoir gérer une sortie d’hiver très compliquée », explique Joël Faure. 

La consommation se maintient
Qu’en est-il des cours de la viande ? Certes, ils sont trop bas puisqu’ils ne permettent pas d’amortir l’envol des charges. Mais « ils sont stables, dans le meilleur des cas, du moins pour la bonne vache bouchère », selon Joël Faure. Il estime que les filières de qualité ont permis de tenir les cours, mais qu’il est difficile de placer certaines catégories de produits. C’est d’autant plus vrai pour les éleveurs qui ne se sont pas structurés collectivement. Et il a le regret « et l’amertume », dit-il, de constater que les éleveurs ne se reconnaissant d’aucune OP, commerciale ou pas, représentent la moitié des éleveurs de bovins viande. Ceux-là seraient particulièrement fragiles, sans démarche collective, commercialisant au mieux offrant, contribuant parfois à faire baisser les prix moyens.
Paradoxalement, la consommation de viande, qui a beaucoup baissé ces derniers temps, aurait tendance à se stabiliser. « La conjoncture est très difficile à expliquer, il y a des besoins en termes de consommation et pourtant le marché reste morose », déplore Christian Chastenet, responsable de la section bovine à Univia. Il interroge cette absence de répercussion sur les prix d’achat aux éleveurs, « tandis que la viande n’a pas baissé bien au contraire pour les consommateurs. Où passent les marges ? »
Des cours qui stagnent, des charges en plein essor : l’effet ciseau est intenable pour des éleveurs déjà fragilisés. En l’absence de prix rémunérateurs, la filière est en danger : « que va-t-on faire de nos exploitations si les jeunes ne viennent pas nous remplacer ? », s’inquiète Joël Faure.

Nelly Fray

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