Archives

 

1914-tabac

 Tabac. Les aléas des aides européennes et les besoins en main-d’œuvre réduisent la tabaculture à peau de chagrin. Sauf chez les producteurs qui ont mécanisé leurs chantiers. Exemple à Saint-Geniès où l’effeuilleuse va entamer sa 4e campagne.
Deux mille pieds effeuillés par heure

Tous les automnes, de la Toussaint à Noël, la famille Cantelaube consacre beaucoup de temps à l’effeuillage du tabac. Pour arriver au bout de leurs 150 000 pieds de burley, ces tabaculteurs de Saint-Geniès ont besoin de pas mal de main-d’œuvre. Du moins, jusqu’à ce qu’arrive dans la cour de ferme l’effeuilleuse, livrée par l’entreprise espagnole Eodiss en novembre 2007. « Une machine révolutionnaire alors », se souvient Roger Cantelaube qui a depuis fait école. Il y aurait, selon lui, une cinquantaine d’effeuilleuses aujourd’hui à l’échelle de la zone couverte par la coopérative Périgord Tabac. C’est que la difficulté à trouver de la main-d’œuvre et son coût sont parmi les freins de la filière qui a perdu une grande partie de ses actifs ces dernières années. 
L’autonomie dans le travail et les horaires est également ce qui a décidé Roger à investir. « Nous élevons aussi 400 veaux de boucherie et produisons 30 hectares de maïs et 20 ha de céréales. Tout le temps gagné dans le chantier effeuillage, on peut le consacrer aux autres productions. » L’installation de Nicolas, son fils, dans l’EARL Cantelaube finit de le convaincre.
La machine arrive sur l’exploitation à l’automne 2007, l’effeuillage commence dans la foulée, sans trop de réglages, ni de formations. Les Cantelaube essuient les plâtres, n’arrivent pas à obtenir les rythmes de travail promis par les commerciaux puis, quelques réglages plus tard, tout rentre dans l’ordre.
Après trois campagnes, Roger Cantelaube peut dire sans mentir : « pour rien au monde, on ne reviendrait en arrière ».

Accélérer les cadences
Le temps des bilans est venu. Désormais, avec un bon entraînement, les Cantelaube peuvent se consacrer à deux personnes, mais de préférence à trois, à l’effeuillage. En tout, ils gagnent un mois complet de travail sur la récolte. Qui plus est, ils économisent 3 500 euros de main-d’œuvre et encore « en comptant l’amortissement de la machine sur 5 ans ». Un véritable encouragement à produire du tabac qui, s’il avait été promu plutôt, « aurait sans doute permis de garder plus de tabaculteurs sur notre territoire », remarque Roger.
La famille ne se contente plus des cadences de travail permises par leur effeuilleuse. Elle a demandé à l’entreprise espagnole de revoir la machine de façon à pouvoir passer de 1 200 pieds par heure, à 2 000 pieds. Toujours plus vite, donc, sans pénibilité supplémentaire car, explique Roger, « on y arrive déjà, avec ma femme et mon fils, mais c’est la machine qui peine ».

Limiter l’astreinte
Si le chantier a bien évolué, il pourrait encore être plus mécanisé. Si la rémunération du tabac le permet, Roger Cantelaube se verrait bien acheter des outils complémentaires pour l’approvisionnement et la réception, ce qui libérerait évidemment encore une personne nécessaire sur le chantier. En effet, une personne est chargée aujourd’hui d’alimenter l’effeuilleuse : c’est son geste qui donne le rythme grâce à des capteurs situés à l’entrée de la gueule de la machine gloutonne. Un travail d’astreinte dont se passerait bien les exploitants qui font déjà appel à un salarié pour conduire les remorques de feuilles des séchoirs jusqu’au chantier effeuillage. 
Un projet de mécanisation de plus donc pour la famille Cantelaube qui en a déjà mené plusieurs. Ils ont en effet acheté une récolteuse avant qu’elle ne devienne un élément familier du paysage tabacole. En Cuma ou individuellement, ils s’équipent dès que leurs moyens et les perspectives de la filière le permettent.

Des soutiens de la coopérative
« C’est en mécanisant les chantiers qu’on gardera des tabaculteurs », se persuade Roger Cantelaube qui aime rappeler que la coopérative Périgord Tabac soutient les investissements. Elle a ainsi contribué à un tiers de l’investissement total pour l’effeuilleuse. Mais il y a urgence car on n’a que trop perdu de temps, selon lui. La tabaculture perd ses actifs, mais garde ses convaincus et ceux-là, il faut les encourager à produire. Avec la mécanisation des chantiers, la tabaculture française, concentrée dans le sud-ouest, joue une de ses dernières cartes maîtresses. 

Nelly Fray
 





Retour à la une ...

Thiviers. Douze stagiaires travaillent à la reconstruction, selon les techniques du bâti ancien, d’une petite maison, sur la zone d’activité de Labaurie.

Insertion, formation et patrimoine

Une borderie, en parler thibérien, c’est une petite maison, implantée dans les vignes, qui servait au repos des journaliers. Il se dit qu’après la disparition des vignobles du secteur suite au phylloxera, ces petites constructions ont abrité bon nombre d’amoureux. Toujours est-il qu’une de ces borderies est en train de revivre sur la zone d’activité économique de Labaurie, en bordure de la nationale 21, à quelques kilomètres de Thiviers.

Cette reconstruction est en fait un chantier d’insertion original regroupant 12 stagiaires qui vont, cinq mois durant, se former aux techniques du bâti ancien.

Le bâtiment en question, une charmante maisonnette à lucarne et à toit à quatre pans, se situait sur un terrain communal où elle gênait. Sous l’impulsion, entre autres, de Georges Brouillac, 1er adjoint de Nanthiat, élu de la Communauté de communes du Pays Thibérien, il a été décidé de la démonter pierre par pierre et de la stocker, avec l’objectif de mettre en place un chantier école plus tard.

La communauté de communes a repris le dossier l’an dernier, a fait réaliser une étude avant de décider de sa reconstruction sur la zone d’activité où elle apportera une touche esthétique. Le Conseil régional et l’Afpa, association de formation professionnelle pour adultes, ont fait part de leur intérêt pour le projet et le soutiennent. C’est ainsi que depuis fin juin, un groupe de douze stagiaires reconstruit à l’identique la borderie, encadré par Olivier Rougerie, formateur à l’Afpa de Boulazac. Du côté de Communauté de communes, les élus ont choisi de confier le chantier à Georges Brouillac qui est aussi encadrant technique à l’association d’insertion Intermaide 24.

Motivation et proximité

Les stagiaires ont été recrutés via l’Espace économie emploi, la mission locale, le pôle emploi et l’unité territoriale de Nontron. Deux réunions d’information collective ont été organisées réunissant 50 personnes. Douze ont été retenues en fonction de leur motivation et de leur capacité à travailler en équipe. Le critère de la proximité géographique a également joué, sachant que la mobilité est un problème important en milieu rural, pour des personnes en recherche d’emploi, les jeunes ou encore les allocataires du RSA, qui constituent le public visé par les chantiers d’insertion.

Métiers du bâti ancien

Pendant cinq mois, les stagiaires vont apprendre les techniques du bâti ancien, à travers plusieurs métiers. Ils ont commencé par les fondations et la construction d’une dalle. Actuellement, ils montent les murs en moellons, en respectant le plan de la construction initiale. Ils passeront ensuite à la charpente et à la toiture. Une fois la maison terminée, sera mise en œuvre la réalisation du parvis et du mur de soutènement.

L’objectif est de permettre aux stagiaires, dont certains ont déjà élaboré un projet professionnel, d’aborder plusieurs champs d’actions liés au bâti ancien, et de choisir celui ou ceux qui leur correspondent le mieux.

La formation est complétée par des apports de l’Afpa – cours, supports pédagogiques, ressources techniques – et par un stage de 70 heures en entreprises, que les stagiaires, avec le soutien de leurs encadrants, doivent trouver. Il s’agit, en plus de leur apporter des compétences, de les rendre le plus autonome possible et de favoriser l’accès ou le retour à l’emploi.

Cette formation est aussi qualifiante, puisque deux certificats de compétences seront délivrés aux stagiaires, avec possibilité de poursuivre à la fin du chantier la formation à l’Afpa ou en contrat de professionnalisation en entreprise, pour l’obtention du titre professionnel complet “maçon du bâti ancien”.

Les encadrants veillent également à l’unité du groupe. Par exemple, les repas de midi sont systématiquement pris en commun, confectionnés, alternativement, par deux restaurants, l’un de Thiviers, l’autre de Corgnac.

Voilà donc un chantier qui tisse des liens entre les personnes, mais aussi entre le passé et l’avenir.

Nadine Berbessou

Thiviers. Douze stagiaires travaillent à la reconstruction, selon les techniques du bâti ancien, d’une petite maison, sur la zone d’activité de Labaurie.

Insertion, formation et patrimoine

Une borderie, en parler thibérien, c’est une petite maison, implantée dans les vignes, qui servait au repos des journaliers. Il se dit qu’après la disparition des vignobles du secteur suite au phylloxera, ces petites constructions ont abrité bon nombre d’amoureux. Toujours est-il qu’une de ces borderies est en train de revivre sur la zone d’activité économique de Labaurie, en bordure de la nationale 21, à quelques kilomètres de Thiviers.

Cette reconstruction est en fait un chantier d’insertion original regroupant 12 stagiaires qui vont, cinq mois durant, se former aux techniques du bâti ancien.

Le bâtiment en question, une charmante maisonnette à lucarne et à toit à quatre pans, se situait sur un terrain communal où elle gênait. Sous l’impulsion, entre autres, de Georges Brouillac, 1er adjoint de Nanthiat, élu de la Communauté de communes du Pays Thibérien, il a été décidé de la démonter pierre par pierre et de la stocker, avec l’objectif de mettre en place un chantier école plus tard.

La communauté de communes a repris le dossier l’an dernier, a fait réaliser une étude avant de décider de sa reconstruction sur la zone d’activité où elle apportera une touche esthétique. Le Conseil régional et l’Afpa, association de formation professionnelle pour adultes, ont fait part de leur intérêt pour le projet et le soutiennent. C’est ainsi que depuis fin juin, un groupe de douze stagiaires reconstruit à l’identique la borderie, encadré par Olivier Rougerie, formateur à l’Afpa de Boulazac. Du côté de Communauté de communes, les élus ont choisi de confier le chantier à Georges Brouillac qui est aussi encadrant technique à l’association d’insertion Intermaide 24.

Motivation et proximité

Les stagiaires ont été recrutés via l’Espace économie emploi, la mission locale, le pôle emploi et l’unité territoriale de Nontron. Deux réunions d’information collective ont été organisées réunissant 50 personnes. Douze ont été retenues en fonction de leur motivation et de leur capacité à travailler en équipe. Le critère de la proximité géographique a également joué, sachant que la mobilité est un problème important en milieu rural, pour des personnes en recherche d’emploi, les jeunes ou encore les allocataires du RSA, qui constituent le public visé par les chantiers d’insertion.

Métiers du bâti ancien

Pendant cinq mois, les stagiaires vont apprendre les techniques du bâti ancien, à travers plusieurs métiers. Ils ont commencé par les fondations et la construction d’une dalle. Actuellement, ils montent les murs en moellons, en respectant le plan de la construction initiale. Ils passeront ensuite à la charpente et à la toiture. Une fois la maison terminée, sera mise en œuvre la réalisation du parvis et du mur de soutènement.

L’objectif est de permettre aux stagiaires, dont certains ont déjà élaboré un projet professionnel, d’aborder plusieurs champs d’actions liés au bâti ancien, et de choisir celui ou ceux qui leur correspondent le mieux.

La formation est complétée par des apports de l’Afpa – cours, supports pédagogiques, ressources techniques – et par un stage de 70 heures en entreprises, que les stagiaires, avec le soutien de leurs encadrants, doivent trouver. Il s’agit, en plus de leur apporter des compétences, de les rendre le plus autonome possible et de favoriser l’accès ou le retour à l’emploi.

Cette formation est aussi qualifiante, puisque deux certificats de compétences seront délivrés aux stagiaires, avec possibilité de poursuivre à la fin du chantier la formation à l’Afpa ou en contrat de professionnalisation en entreprise, pour l’obtention du titre professionnel complet “maçon du bâti ancien”.

Les encadrants veillent également à l’unité du groupe. Par exemple, les repas de midi sont systématiquement pris en commun, confectionnés, alternativement, par deux restaurants, l’un de Thiviers, l’autre de Corgnac.

Voilà donc un chantier qui tisse des liens entre les personnes, mais aussi entre le passé et l’avenir.

Nadine Berbessou


Réussir le Périgord
7, rue du Jardin Public - BP 70165 - 24007 Périgueux cedex