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1913_3-haut Crise du lait. Mardi, quatre éleveurs laitiers ont été jugés en correctionnelle pour dégradations et entraves sur la voie publique lors des manifestations de mai 2009. « Pourquoi eux quand 75 % de la profession s’est mobilisée ? », a plaidé leur avocate.
La solidarité jugée au tribunal
« C’est à nous » : c’est avec soulagement que Philippe Biot, Thierry Piquet, Jean-Pierre Lejas, Alexandre Petit, quatre éleveurs laitiers de Saint-Méard-de-Gurçon appelés à comparaître au tribunal de Bergerac mardi dernier, se sont présentés devant la présidente. Au terme d’une séance de deux heures, le jugement a été mis en délibéré et sera rendu le 24 novembre. 
Lors de leur première assignation en justice en mai dernier, les éleveurs avaient rejeté la procédure de reconnaissance préalable de culpabilité. Ils ont donc été jugés en correctionnelle, accompagnés jusque dans la salle d’audience par des responsables syndicaux, de nombreux maires et agriculteurs venus les soutenir.
Les faits qui leur sont reprochés se sont déroulés du 17 au 19 mai 2009. Les chefs d’accusation sont les suivants : avoir contribué avec d’autres à stopper une citerne qui transportait du lait pour le compte de la SA Leche Pascual. Dix personnes cagoulées, masquées pour certaines, auraient indiqué au chauffeur qu’ils allaient vider le lait. Celui-ci leur aurait montré les vannes. Une opération renouvelée un peu plus tard à Saint-Martial-d’Artenset avec une citerne livrant la SA des Chaulmes de Saint-Antoine-de-Breuilh.
Le 19 mai en soirée, les mêmes auraient participé à un rassemblement, comptant une cinquantaine de producteurs devant la fromagerie des Chaulmes, qui aurait donné lieu à des actes de dégradations des abords de l’entreprise : lisier épandu, bidons de lait déversés sur les jardinières... Une soirée qui se termine par une nouvelle citerne immobilisée et du lait déversé.

Actions collectives
Des écoutes téléphoniques et le recoupage des témoignages des chauffeurs-livreurs auraient permis d’identifier les quatre éleveurs. « On est parvenu à vous quatre et on va essayer de voir la participation de chacun », dit la présidente.
Une participation bien difficile à prouver. Sans démentir avoir participé à l’action collective, chacun des prévenus explique en ses termes qu’il a agi « par solidarité avec le groupe ». L’un d’eux avoue avoir tenté de dissuader ses collègues. « Mais vous avez participé ou pas ? », lui demande la présidente. « À vider le lait, non », répond-il. « Alors vous avez suivi ? » « Non. »
Ni véritablement acteurs, ni passifs dans cette affaire, les prévenus semblent ne pas bien comprendre pourquoi ils sont là quand toute une profession a mené des actions de protestation semblables. Ils sont plus loquaces quand il s’agit d’expliquer les raisons de leur colère : un prix du lait qui ne couvre pas les coûts de production, des revenus proches de zéro. L’un d’eux a même jeté l’éponge et cessé la production laitière.

Doutes sur la propriété du lait
L’avocat de la partie civile (seule la fromagerie des Chaulmes était représentée) plaide « des actions mal orientées », relevant de la jacquerie et se trompant d’objet puisque les prix se décident collégialement au national, et « inadaptées ». Car, dit-il soulevant au passage une rumeur d’indignation dans la salle d’audience : « nous avons ici à faire non à des salariés sous dépendance économique, mais à des entrepreneurs qui ont fait le choix de la production laitière et peut-être s’en mordent les doigts aujourd’hui. J’en connais qui ont vendu leur cheptel pour se lancer dans le lait de chèvres et ne s’en plaignent pas. » Il demande réparation pour 4 000 litres de lait déversés, les frais de nettoyage, le constat d’huissier, les frais de justice.
« Une demande très minorée par rapport aux dégâts qui montre que nous restons dans un dialogue de partenaires », selon le procureur qui requiert 2 000 e d’amende avec sursis pour chacun des prévenus.
La défense pointe quant à elle les zones d’ombre des témoignages des plaignants ne désignant pas nommément les responsables. « Pourquoi sont-ils poursuivis pour une action collective et non la Fédération des producteurs de lait et les syndicats ayant mobilisé ? Pourquoi eux quand 75 % des producteurs de lait ont manifesté partout en France ? Sur la seule commune de Laval, 200 000 litres de lait ont été déversés et personne n’a été poursuivi. »
L’avocate émet des doutes aussi sur la propriété du lait quand il est en cours de transport, « personne n’a pu me renseigner sur ce point », et plaide la relaxe au bénéfice du doute.
Nelly Fray


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