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1911_11-chataigneCastanéiculture. Inovfruit, l’entreprise de transformation de petites châtaignes de Mussidan, vient de lancer son projet Castanea Sylva qui vise à multiplier par trois sa production d’ici 2014.
La reconquête
des vieux châtaigniers

La bonne nouvelle est tombée quatre jours avant la réunion : l’Inao reconnaît à Inovfruit la possibilité de commercialiser en bio et sans période de conversion les châtaignes ramassées sous les vieux arbres. Hervé Jean, directeur de la structure, n’était pas peu fier de l’annoncer aux quelque 30 personnes qui assistaient à cette matinée de présentation du projet Castanea Sylva, le jeudi 16 septembre, à Issac.
« Nous partons à la reconquête de cette vieille châtaigneraie sylvestre », a lancé en préambule Jean-Louis Olivier, président de l’association Les Castanhaires. Cette association de propriétaires d’arbres, pas tous producteurs, regroupe 130 adhérents sur un territoire qui s’étend de l’estuaire de la Gironde au Cantal et à l’Aveyron. Son but est de ramasser ces fruits qui « tombent au sol et n’ont normalement aucune valeur », dixit Jean-Louis Olivier. Les Castanhaires sont la cheville ouvrière de l’entreprise Inovfruit, basée à Mussidan, qui transforme, conditionne et commercialise ces fameuses petites châtaignes en sachets sous vide.
« Castanea Sylva est un projet de territoire et un projet d’usine » a d’abord souligné Hervé Jean. Aujourd’hui, Inovfruit vend de 200 à 250 tonnes de châtaignes. Pour ce faire, l’apport est de 300 t. L’approvisionnement local est insuffisant actuellement pour garantir ce volume. Du coup, l’entreprise est obligée d’importer du fruit d’Espagne ou d’Italie où l’on ramasse sans problème ces petites châtaignes. « Notre ambition est de passer de 300 à 1 000 tonnes traitées. »

Localiser l’approvisionnement
Cet objectif ambitieux devrait être atteint d’ici 2014. Ça, c’est le projet d’usine. Mais Inovfruit veut développer son approvisionnement sur le territoire des Castanhaires parce que, « pour l’instant, constate Hervé Jean, ces châtaignes, ce sont les sangliers qui les mangent ». Aujourd’hui, les techniques existent pour réhabiliter de vieux châtaigniers. « Nous avons mené des expérimentations dans de vieux vergers qui sont redevenus productifs. De plus, si un chantier est bien préparé, nous savons récolter mécaniquement de la petite châtaigne pour pas trop cher », précise encore Hervé Jean. La récolte mécanisée s’appuie sur la Cuma des Peloux.
L’usine de transformation existe, le marché se développe, les techniques de réhabilitation et de récolte sont au point à un coût abordable, restaient à trouver le financement et les arbres. En inscrivant le projet Castanéa Sylva dans le cadre d’un pôle d’excellence rurale, les instigateurs s’ouvraient la porte de financements européens et nationaux. Ils ont reçu cet agrément et, en obtenant une certification bio, ils pouvaient postuler à un subventionnement de l’Agence bio.
Castanea Sylva nécessite trois millions d’euros d’investissement, dont deux pour les arbres. Au final, l’Agence bio va financer 50 % du temps passé à mettre en place ce projet sur la période 2010/2014. Le Conseil régional d’Aquitaine et le Conseil général de la Dordogne sont prêts à aider le travail sur l’arbre. Avec l’État et l’Europe, le taux de subvention sera de 40 %. Le reste sera financé grâce à un prêt.
Afin de bien séparer les activités, une nouvelle entité a été créée, il s’agit de InovChâtaigne qui prend en charge la totalité des activités liées à la châtaigne tandis que Inovfruit poursuit ses recherches sur les fruits pour trouver de nouveaux débouchés ou de nouveaux process industriels.

Réorganisation
Un tel projet nécessite de réorganiser l’ensemble d’Inovfruit et Inov Châtaigne. « Notre base géographique pour l’instant, c’est la Dordogne », indique Hervé Jean. Le département a été découpé en quatre zones, chacune étant attribuée à un technicien chargé de répertorier les arbres, d’étudier la faisabilité des chantiers. Mais chaque responsable de zone se voit attribuer une spécialisation. Pour le nord Dordogne, Yann Quéméner sera en charge de la cartographie, c’est-à-dire « une identification géographique numérisée » permettant de localiser et identifier chaque arbre. Corinne Casado s’occupe du centre de la Dordogne et est la coordinatrice des producteurs. Pierre-Antoine Hospital se voit attribuer la zone sud et a en charge la mécanisation. Enfin, le nom de celui qui animera la zone ouest n’est pas encore connu mais sa spécialité sera la connaissance des arbres.
Hervé Jean a reconnu que sur un tel projet, il ne pouvait se consacrer quasi exclusivement qu’à la châtaigne. Du coup, l’ancien directeur de l’usine France Tabac de Sarlat rejoint Inovfruit en tant que directeur délégué. James Chatenoud s’occupera de l’organisation de l’usine, de l’approvisionnement, de la gestion, etc. « Je ferai en sorte que le chemin soit de plus en plus éclairé ».
Si le dicton dit que c’est dans les vieux pots qu’on fait les bonnes soupes, pourquoi ne trouverait-on pas la bonne fortune dans les vieux châtaigniers.
Lionel Robin


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