Auteur : Pierrick Bourgault
Publié : vendredi 20 septembre 2013
Mis à jour : mardi 25 mars 2014

Le tourisme œnologique a évolué. Cheminer dans un vignoble, discuter avec le vigneron et déguster ses vins demeurent un plaisir apprécié des amateurs, débutants ou confirmés. De même, un concert dans les vignes ou au chai reste un événement rare. Pour nombre d’urbains, rencontrer un agriculteur qui parle de ses produits est un privilège.
Ces dernières années, de nouvelles formes d’agritourisme, d’œnotourisme et de relation à la clientèle sont nées : parrainage de vignes, initiation haut de gamme à la vendange, stages de cuisine, événements artistiques destinés aux particuliers comme aux entreprises… Un domaine viticole, et plus généralement une exploitation agricole, offrent de nombreuses possibilités d’activités créatives. À condition bien sûr que l’agriculteur puisse y consacrer du temps et trouver son intérêt.

Parrainage de vignes

De plus en plus de domaines viticoles proposent au grand public de « parrainer » des pieds de vigne. En échange de sa participation financière (parfois plusieurs milliers d’euros), le client reçoit son « attestation de parrainage » cadastrée, un mail d’information sur les travaux sur la vigne au cours de l’année. Il participe en tant qu’invité privilégié aux vendanges, obtient des bouteilles, bénéficie d’initiations et de formations… Un exemple parmi tant d’autres : lorsque Frédéric Brochet, vigneron près de Poitiers, a voulu planter 15 000 nouveaux ceps dans son domaine bio Ampelidæ, il a fait appel à ce mode de financement. Trois formules : ami (20 pieds à 50 euros), passionné (un rang de 230 pieds à 500 euros) et « partenaire » (4 rangs à 2000 euros). Trois ans plus tard, le temps que la vigne pousse, l’ami touchera 6 bouteilles par an, le parrain 72, le partenaire 288. Tous bénéficient d’une remise de 5 % sur les vins du domaine. « Les piquets sont à leurs initiales et à leurs couleurs, ils reçoivent un plan localisant leurs ceps, sont informés des actions sur la parcelle (plantation, taille, ébourgeonnage, labours, vendanges…) auxquelles ils peuvent participer. Certains viennent pique-niquer et pêcher dans la mare », précise Frédéric Brochet, qui plaisante sur ce « placement rémunéré en liquide et non imposable ! » Pour le vigneron, le parrainage offre à la fois une source de nouveaux clients et de financement, mais demande un sérieux investissement en temps.
Ceux qui ne souhaitent pas fonder un système de parrainage pourront tenter de s’inscrire à des collectifs tels Mesvignes.com, Vismavigne.com, Unpiedaudomaine.com, ou une organisation liée à l’office de tourisme local, comme à Saumur. Sur le même principe, le parrainage d’oliviers, de vaches ou de chèvres trouve son public.

Formules grand luxe

Les agriculteurs sous-estimeraient-ils l’attractivité de leur métier ? Un roi et une reine peuvent-ils leur rendre visite, la balade au vignoble vaut-elle 800 euros ? Deux exemples de propositions haut de gamme : le séjour « vendangeur d’un jour » de l’hôtel Royal Champagne et le prochain concert du château de Cayx.
Dans son établissement de Champillon-Épernay, le groupe d’hôtels de luxe Baglioni propose des pique-niques dans les vignes, des visites pédagogiques, la rencontre avec des producteurs de champagne et même la formule « vendangeur d’un jour » avec initiation à la cueillette, repas entre les ceps, découverte de l’univers du chai et dîner au champagne, à partir de 800 euros pour deux personnes. Pour Baglioni, « le luxe à l’italienne n’est pas un souci extrême apporté à la forme, mais un degré d’attention portée au client ». Le défi étant d’offrir cette disponibilité un jour de vendanges. Comme l’agriculture, l’accueil est un métier.
L’agritourisme prend aussi la forme d’événements. Ainsi, le 22 août, le château de Cayx (Cahors) accueillait la reine du Danemark et son prince consort pour un concert de musique danoise, chinoise et française, interprété par le Conservatoire royal de musique de Copenhague et le Conservatoire central de musique de Beijing. Ce concert souligne les liens de cette propriété avec la culture chinoise : les vins du Château de Cayx sont en effet distribués en Chine depuis plusieurs années. « Bien faire, et bien le faire savoir, » pourrait être la devise des acteurs de l’agritourisme.


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