Auteur : Nelly Fray
Publié : vendredi 29 avril 2016

À 23 ans, Tristan Rouizi rejoint son oncle sur son exploitation laitière à St-Estèphe. Malgré sa motivation, le jeune éleveur se demande s’il n’aurait pas dû attendre que la conjoncture soit plus favorable pour devenir agriculteur.

Tristan s’installe en pleine tempête de la crise laitière

Quand j’ai rencontré Tristan Rouizi la première fois, il intégrait l’association des éleveurs de prim’holsteins de la Dordogne, devenant le plus jeune de ses administrateurs.
Mais, à 23 ans, le tout nouvel installé est un peu partout « le plus jeune ». Lui-même a du mal à se concevoir si jeune avec tant de responsabilités sur les épaules. « J’ai toujours voulu devenir agriculteur, mais je souhaitais attendre que la conjoncture soit meilleure pour m’installer. C’est mon oncle qui m’a poussé à le rejoindre sur sa ferme à Saint-Estèphe. Il est d’une nature plus optimiste que moi. »
Ce n’est pas le travail qui lui fait peur. Avant de rejoindre son oncle, Éric Forgeneuf, sur son exploitation, Tristan a été salarié pendant deux ans chez lui. « Mais c’est très différent. Quand t’es sur ton exploitation, tu vois les choses autrement. Tu ne te poses pas les mêmes questions. Je pense qu’il faut du temps, on ne devient pas chef d’entreprise comme ça. Ça vient progressivement. »
Tristan Rouizi tient son nom chantant de son grand-père algérien, mais ses parents sont de Saint-Estèphe. C’est chez son oncle Éric que Tristan se découvre une passion pour les animaux. « Je n’étais pas un petit garçon toujours dans les tracteurs, mais j’aimais les vaches. » Il a très vite l’intuition qu’il a une fibre « animalière ». Mais, dit-il, « j’aurais tout aussi bien pu travailler dans un zoo ou un parc animalier. » C’est l’agriculture qu’il choisit et il passe son bac pro au lycée agricole de Coulounieix-Chamiers. Un stage dans une exploitation avec des chèvres confirme sa vocation. Mais c’est chez son oncle qu’il revient pour les vacances donner un coup de main.
Il y a du travail pour deux et même pour trois, avec le cheptel de 70 vaches laitières, les 150 hectares de surfaces, et un travail intense de sélection du troupeau. C’est d’ailleurs près de Dune, la vache sélectionnée pour participer au Concours général agricole de Paris, que j’ai rencontré Tristan pour la deuxième fois. Il allait partir à Paris pour mener Dune sur le ring. Pas une mince affaire !

« Surtout ne pas m’isoler »

Si Tristan est passionné par son métier, il est inquiet de la tournure que prend la crise du lait. « Franchement, quand je pense à mon avenir dans cette production, c’est flou. » En cause, le prix du lait très bas, le manque de perspectives et l’impression que ceux qui devraient défendre les prix, ces grands responsables des laiteries, ne sont pas à la hauteur de la tâche qu’on leur a confiée. « Ils nous font des promesses qu’ils ne tiennent pas une fois élus. » Le jeune éleveur, installé depuis deux mois à peine, enrage. Que faire ? Faut-il passer en bio ou vendre son lait en direct, comme l’envisagent beaucoup de ses collègues, ceux qui restent dans cette filière sinistrée ? « Ce qui me fait peur, c’est que si aujourd’hui, on est encore assez nombreux dans le coin pour partager du matériel et s’entraider, qu’est-ce qu’il en sera dans 5 ou 10 ans ? »
Face à sa nouvelle vie, Tristan se pose mille questions. Mais une chose est sûre pour lui : pas question de s’isoler sur l’exploitation. Pour l’instant, il a mis un bémol sur les courses à pied, le triathlon, les compétitions, mais il les reprendra un jour. « Avoir toujours le nez dans le guidon, c’est le piège. »
Avec son associé du Gaec des Stéphanois (allusion au village de Saint-Estèphe), il partage pas mal de choses, à commencer par « un même caractère ». Qu’on imagine bien trempé. Complémentaires dans le travail, ils se remplaceront sur la ferme, ce qui laissera du temps à l’un et à l’autre pour leurs activités extérieures (Éric est maire de sa commune). Tristan aime la traite, Éric, les travaux des champs. Leur salarié adore la mécanique. Avec un même objectif : sortir de la crise du lait par tous les moyens, produire plus, mieux, sélectionner... Sortir par le haut de cette crise du lait qui gâche tout, inquiète jusqu’aux plus motivés et empêche un jeune de 23 ans de se tourner, serein, vers l’avenir qu’il s’est choisi.


L’EXPLOITATION

  • • Gaec des Stéphanois sur la commune de Saint-Estèphe
  • • 2 associés, Tristan Rouizi et Éric Forgeneuf + 1 salarié en groupement d’employeurs
  • • 70 vaches laitières de race prim’holstein
  • • 550 000 litres de lait livrés à Terra Lacta. Objectif : 600 000 l
  • • SAU : 150 hectares en polyculture

Réussir le Périgord
7, rue du Jardin Public - BP 70165 - 24007 Périgueux cedex