Auteur : Laetitia Lemaire
Publié : jeudi 27 août 2015

Sécheresse. À l’initiative de la FDSEA et des Jeunes Agriculteurs, des représentants de la Direction départementale
du travail (DDT) ont visité quatre exploitations pour procéder à un état des lieux suite à l’épisode de canicule.


L’État constate mais n’agira pas pour l’instant

«Là, on dirait qu’on a mis un grand coup de peinture toute verte mais il y a quelques jours, ce n’était pas comme ça. » Quand on les écoute, il serait trop tard pour cette visite des représentants de la DDT sur les exploitations. Visite effectuée pour procéder à un constat des dégâts liés à l’épisode de canicule, qui a sévi en juillet. Pour les agriculteurs, c’était avant qu’il fallait venir constater l’herbe grillée dans les prairies, les feuilles des haies qui jaunissaient et les bêtes qui soufflaient dans les stabulations, accablées par la chaleur étouffante. Pour autant, ils ont encore à raconter sur cette canicule dont ils quantifient encore mal les dégâts. « Il y a quelques données certaines mais c’est difficile de tout mettre en chiffres », souligne François Molin, du Gaec de Roussille, à Douville, première des quatre exploitations visitées ce jour-là. Étienne Voisin, son associé, entame le constat par le nombre de ballots de paille : « En foin comme en paille, on a eu une baisse de rendement. L’an dernier, on a rentré 917 bottes contre 777 cette année. » Pour Christian Alix, de l’EARL Bellot (bovin lait), à Campagne, c’est de 20 à 50 % de perte en foin, selon les parcelles. « On est sur les stocks de l’an dernier depuis début juin ».
En comparaison à la même période en 2014, la consommation de bottes a augmenté : 280 de plus ont été utilisées. « Heureusement qu’on a bénéficié d’un petit report de l’an dernier mais ce n’est pas énorme, remarque Étienne Voisin. Si tout va bien, ça passera pour cet hiver mais parce qu’on avait anticipé et qu’on a eu l’occasion d’acheter l’équivalent de 160 bottes de foin sur pied. »
Christian Alix sait qu’il a déjà perdu 500 l de lait à chaque livraison. « Depuis début juillet, on a livré moins de 3 000 l à chaque passage du camion, tous les deux jours, alors que d’habitude, on livre plus de 3 500 l. On a un peu
récupéré depuis qu’il fait moins chaud mais on a bien vu que, pendant la canicule, les vaches passaient plus de temps à souffler qu’à manger. » Et qui dit mauvaise alimentation dit baisse de production.

Épis biscornus et vaches vides

Et ça, ce ne sont que les conséquences chiffrées. Il y a tout le reste, ce qu’ils découvriront plus tard, sur leur troupeau de 550 brebis et 70 vaches. « La qualité de la nourriture a une incidence sur la reproduction, qui a lieu en juin/juillet, explique Étienne Voisin. Le foin est moins riche que l’herbe et ça aura des conséquences sur la fertilité. C’est trop tôt pour le dire : on verra à la première échographie. Mais on sait qu’il y a des vaches vides parce qu’elles reviennent déjà en chaleur. » De même pour les brebis, un lot a dû être nourri à l’intérieur. Ce qui veut dire plus de travail pour les rentrer et les alimenter que si elles étaient au pâturage.
Des doléances qui, au fil des exploitations, se ressemblent. Pour les maïs, il suffit de les regarder pour savoir que les conséquences sont désastreuses. À peine plus haut qu’un homme, ils ont parfois bénéficié d’un peu d’irrigation mais l’épisode de stress hydrique a marqué les pousses. Les épis n’ont pas leur dessin aligné et ont fait des nœuds en fonction de l’apport en eau saccadé qu’ils ont reçu. « Quand il a plu quelques millimètres et que l’après-midi, ça repartait à 40°, c’était pire que s’il ne pleuvait pas. Parce que l’eau du matin, en arrivant, faisait s’ouvrir les épis, qui cramaient avec les fortes températures », remarquait Damien, jeune agriculteur à Mauzens.
Côté DDT, on écoute avec attention, on prend des notes, on pose des questions. Surtout, on ne veut pas donner de faux espoirs. « Nous sommes missionnés pour procéder à un état des lieux des prairies, à la demande des agriculteurs. En aucun cas nous ne sommes là pour déclencher une procédure de calamité agricole, insiste Geneviève Prades, responsable de l’unité “Vie des exploitations“ au service Économie agricole. Une telle procédure ne se déclenche qu’après une mission d’enquête et arrêté du préfet. »
Pour l’heure, les représentants de la DDT ont à cœur de ne pas décrocher des préoccupations du terrain. « Nous sommes à l’écoute des agriculteurs, évidemment, et le mieux était de se rendre sur place pour faire notre propre constat, ajoute Geneviève Prades. Si la situation devait perdurer, nous aurions au moins un point de repère pour comparer et noter l’évolution des situations de chaque exploitation. »
Reste à espérer qu’ils n’aient justement jamais à le faire.


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