Auteur : Nadine Berbessou
Publié : vendredi 5 février 2016

Palmipèdes gras. À l’appel de l’Union départementale intersyndicale des producteurs fermiers qui défend les intérêts de la filière courte, un rassemblement a eu lieu lundi après-midi à Périgueux.

Bien prendre en compte la filière courte

Les producteurs fermiers sont toujours aussi inquiets. Les mesures de vide sanitaire imposées par le ministère de l’Agriculture sont non seulement synonymes d’arrêt de leur activité jusqu’au mois de mai, mais elles mettent aussi à mal la saison estivale et les fêtes de fin d’année qui sont pour eux compromises. Une situation dramatique pour ces producteurs qui pratiquent la vente directe, encore plus pour ceux qui ne commercialisent qu’en frais, donc sans stock, et pour les fermes-auberges.
C’est notamment sur ces points que l’Union départementale intersyndicale des producteurs fermiers de palmipèdes voulait attirer l’attention, lundi dernier, en appelant à un rassemblement, place Francheville à Périgueux, « pour un casse-croûte tiré du panier de revendication ».
« L’objectif de cette mobilisation, a expliqué Benoît Logié, producteur à St-Antoine-d’Auberoche, est de faire en sorte que soient prises en compte les spécificités de la filière courte, des producteurs et des salariés. Depuis le 18 janvier, nous sommes au chômage, nous n’avons plus d’animaux sur nos exploitations. Nous consommons nos stocks et nous n’aurons pas le temps de préparer la prochaine saison car nous sommes sur des cycles d’élevage long, de cinq à six mois », témoigne-t-il.

« On vend de la gastronomie »

Benoist Graymonprez a repris la ferme de Puygauthier à Marsaneix il y a un an et demi. Il produit et commercialise 3 000 canards par an. Il va perdre un tiers de sa production de l’année et donc autant de chiffre d’affaires.
À la ferme de Lasfayas à Celles, M. et Mme Deschamps ont, faute de place en gavage, dû se résoudre à abattre des palmipèdes maigres. « On les vend en frais ou en rillettes, ce n’est pas du tout satisfaisant car ils ne sont pas valorisés ». La situation aura aussi des impacts sur la boutique qu’ils possèdent à Tocane, puisqu’ils y commercialisent leurs produits. Se pose aussi la question de leurs dix salariés.
Et les producteurs fermiers ne sont pas les seuls concernés par les conséquences de la crise. Pour Jean-Paul Landat, viticulteur en vente directe, les répercussions toucheront tout le monde. « Je vends mon vin parce qu’il y a à côté de chez moi des producteurs de gras et d’autres produits du Périgord. Ce que nous vendons à nos clients, c’est de la gastronomie, c’est un tout ». Une crise qui aura donc un impact sur l’ensemble des acteurs de l’agrotourisme du département.


POINT DE VUE

2186 muriel brunoMuriel Catinel et Bruno Chanteloube, accouveurs à Thenon
Nous produisons entre 80 000 et 100 000 canetons par an. Depuis que la décision de cesser d’introduire des animaux dans les élevages a été prise, nous avons dû détruire plus de 8 000 œufs déjà en incubateur et nous ne pourrons reprendre la mise en incubation qu’en avril pour des ventes en mai. Pour nous, c’est quatre mois secs. Nous avons interrompu la période d’essai d’un salarié et les deux autres sont au chômage technique. Nous revendiquons notre droit au travail. Nous avons dû nous arrêter du jour au lendemain et avons appris les mesures par la radio. Nous voulons comprendre ce qui justifie de telles décisions. Quand on voit les moyens qui ont été mobilisés pour rien avec la grippe H1N1 il y a quelques années, on a le droit de douter.


Le Département et l’État à l’écoute

2186 revendicationsLundi après-midi, les agriculteurs réunis sous la bannière de l’Union départementale des producteurs fermiers se sont rendus devant la préfecture où ils ont symboliquement installé des étals vides, à l’image de ce que seront leurs stands cet été sur les marchés. Une délégation intersyndicale, accompagnée par le président de la Chambre d’agriculture, Jean-Philippe Granger, a été reçue, entre autres, par le préfet Christophe Bay, le président du Conseil départemental, Germinal Peiro, lequel est venu discuter avec les producteurs présents.
Lors de cette réunion, des cas concrets qui demandent des solutions rapides ont été examinés, démontrant qu’il y a autant de situations différentes que d’élevages.
Il a aussi été demandé que soit révisé le texte portant sur les indemnisations. Les producteurs exigent que le cycle complet soit pris en compte, du caneton d’un jour à la transformation et non plus à la sortie de gavage.
Quant à l’avenir des salariés, le président Peiro a conseillé aux exploitants employeurs de contacter au plus vite la Direccte, afin de mettre en place des mesures de chômage technique et des formations, tout en les assurant que les salaires pourraient être pris en charge pendant un an.
Concernant les règles de biosécurité qui sont encore en discussion, les éleveurs craignent qu’elles ne soient difficilement applicables dans leurs élevages, et de toute façon avec des coûts prohibitifs. Autre problème et pas des moindres : comment les éleveurs, accouveurs, gaveurs vont-ils pouvoir faire face à une absence de revenus pendant cinq mois ? Le président Peiro les a assurés qu’il prenait toute la mesure de gravité de la situation. Le Conseil départemental devait voter cette semaine une motion de soutien, et Germinal Peiro va intervenir auprès du ministre de l’Agriculture pour que des mesures d’indemnisation soient prises dans les meilleurs délais.


L’humain, l’économie et l’image

Le club de la presse avait invité mardi dernier des acteurs de la filière fermière palmipèdes à s’exprimer sur la crise sanitaire actuelle et ses conséquences. Étaient présents trois producteurs, un restaurateur, une accouveuse et un producteur vice-président d’Agriculture et Tourisme. Tous, face aux mesures prises par le gouvernement – arrêt temporaire de la production, vide sanitaire, mesures de biosécurité à venir – estiment que c’est la filière courte qui est sacrifiée. Outre le manque à gagner dans les mois à venir pour les éleveurs, de nombreux salariés au chômage, c’est aussi l’attractivité du département en termes de tourisme qui va souffrir. C’est notamment le cas pour les produits frais. Ainsi, Pierre Corre, chef cuisinier de l’Auberge de la truffe à Sorges, s’approvisionne directement chez des producteurs locaux. Il va devoir revoir sa carte, et certainement supprimer le foie gras poêlé dont sont amateurs les touristes. Idem pour les marchés de producteurs de pays ou les marchés à la ferme, où les producteurs n’auront pas de magrets et autres aiguillettes à vendre et à faire déguster sur place.


Réussir le Périgord
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