Auteur : Laetitia Lemaire
Publié : vendredi 22 juillet 2016

Crise du lait. À l’appel de la Fédération départementale des producteurs de lait (FDPL), une quarantaine d’entre eux se sont réunis pour une action coup de poing, au rond-point du Pont-du-Cerf, le 13 juillet, pour tirer la sonnette d’alarme.

« Il y a le feu chez les laitiers »

Chaque été, quand l’actualité diminue, que les gens partent en vacances, ils reviennent sur le devant de la scène. Et cette année ne fait pas exception aux autres : les producteurs de lait crient à nouveau leur détresse. Mercredi 13 juillet, une poignée s’est réunie, à l’appel de la FDPL, à l’entrée de l’autoroute, au rond-point du Pont-du-Cerf, à Coulounieix-Chamiers. Bien que peu nombreux, ils ont fait le nécessaire pour se rendre visibles.
Deux tracteurs, une remorque chargée de quelques ballots de foin et deux ou trois briquets allumés aux bons endroits ont suffi à embraser le centre du rond-point. « Pour la première manifestation, nous faisons un grand feu de foin pour dire qu’il y a urgence à venir nous aider parce que nous sommes très mal, résume Pierre Veyssi, président de la FDPL. Il y a le feu chez les laitiers. »

« Ma femme ne veut plus me nourrir »

Les manifestants sont peu nombreux. D’abord parce que le beau temps tardif incite à se concentrer sur les travaux agricoles. Mais surtout parce que des producteurs de lait, il n’en reste plus beaucoup en Dordogne. D’un millier, il y a une quinzaine d’années, ils sont passés à moins de 400 aujourd’hui. Parmi eux, ce jour-là, on retrouve ceux croisés l’été dernier, sur les parkings des grandes surfaces ou à l’entrée des laiteries, le lisier et l’épandeur en moins, mais la colère toujours là.
« Ma femme en a marre de me nourrir. Mon banquier vient de me couper les vivres. Le Crédit agricole ne me suit plus malgré toutes les promesses qu’il a faites. Mon marchand d’aliment ne veut pas me livrer, énumère Patrice, un producteur de lait à bout. C’est le discours que j’entends dans toutes les campagnes. Maintenant, y en a marre. On ne peut quand même pas laisser les gens se pendre au bout d’une corde, le long des rues ! Parce que là, c’est ce qu’on est en train de faire : nous pendre un par un. À un moment donné, il faut qu’ils prennent des décisions. Mais très très rapidement. Tout le monde est en vacances mais c’est pendant ce mois-ci qu’il faut agir. » Sinon ? « Sinon, nous sommes les spécialistes de l’épandage », avertit-il, pas très loin finalement du discours des représentants officiels. « Ce n’est que le début. Un premier feu de détresse en petit comité. Si nous jetons toutes nos forces dans la première manifestation, nous n’en aurons plus pour les autres, prévient Pierre Veyssi. Nous demandons à l’État de reconduire son plan d’aide de l’an dernier. Ensuite, si ça ne bouge pas, nous irons voir la grande distribution, les élus et les industriels. »

Pouvoir se dégager un salaire

Hormis les aides, les producteurs de lait réclament avant tout et depuis toujours de pouvoir vivre de leur travail. Avec un prix annoncé à moins de 270 €/1000 litres, les agriculteurs ne s’en sortent pas. « On est déjà très nettement en dessous du coût de revient moyen. On est sur une moyenne de 340 e/1 000 litres de coût de revient, c’est-à-dire 0,34 e pour produire un litre de lait. Ça, c’est avant salaire. Avant rémunération de l’agriculteur. Donc imaginez quand on sort du lait à 0,27 ou 0,28 e le litre », martèle le président de la FDPL.
Même ceux qui n’ont pas d’emprunt récent en cours ou sont dans une dynamique d’installation, donc un peu plus positive, tirent la langue. Si rien n’est fait rapidement, on pourrait une nouvelle fois passer l’été en compagnie des producteurs de lait en colère.


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