Auteur : Nelly Fray
Publié : vendredi 26 août 2016

Reconversion. Au Gaec de la Gare, à Ligueux, on a toujours élevé des vaches laitières... jusqu’à aujourd’hui. Nathalie, Alain et Mickaël Combes changent de production et optent pour le maraîchage bio et la production de céréales alimentaires.

Après le lait, une remise en question totale

C’est l’installation de Mickaël qui a tout déclenché. Mais avant il y a eu une montée en puissance de la lassitude de Nathalie et d’Alain Combes, ses parents. Marre du lait, d’une production qui ne les rémunère pas. « On a le sentiment de se faire avoir depuis 40 ans », avoue sans détour Nathalie.
Pourtant le lait, c’était l’ADN de cette exploitation familiale de Ligueux. Avant Nathalie, c’était sa mère qui faisait la traite, rejointe en 1989 par Alain, son gendre. Nathalie quitte son emploi pour s’installer sur la ferme en 2000 : il y a du travail pour trois. L’élevage de 60 mères est mis aux normes. Quand Mickaël parle de s’installer à son tour, ses parents tentent de le décourager. « Il connaît les réalités de l’élevage et il veut être agriculteur, soupire Nathalie. Pas question qu’il ait la même vie que nous. »
La crise du lait a fait déborder le vase. Déjà, celle de 2009 avait mis les nerfs des exploitants à rude épreuve et asséché leur trésorerie. Mais en 2016, c’est différent. « On a fini de rembourser nos emprunts. Poursuivre le lait impliquait de se développer, donc de s’endetter à nouveau. Non merci. » Une logique qui a amorcé un changement radical au Gaec de la Gare.

Se passer d’intermédiaires

Il y a trois ans, Alain s’est lancé dans le maraîchage pour compléter le revenu du lait. Avec pas mal de boulot et l’aide du fumier de bovin pour amender des terres pas vraiment faites pour y faire pousser des légumes, il a obtenu de bons résultats. Aujourd’hui, il a installé des serres et cultive une grande variété de légumes toute l’année sur environ un hectare. Des légumes vendus en direct à la ferme, dans la jolie boutique bricolée par la famille, et sur un marché hebdomadaire à Agonac le dimanche. Pas de distributeurs... « On en a soupé des intermédiaires », assure Nathalie dans un grand rire.
Le plaisir de produire pour nourrir et d’avoir le retour des consommateurs n’a pas de prix à leurs yeux. « C’est aussi de ça dont on a été privé avec le lait : de la reconnaissance du travail et de la qualité produite. » Nathalie, Alain, Mickaël donnent rendez-vous aux acheteurs sur leur ferme tous les jours, sauf le dimanche et les jours fériés, de 17 à 20 heures. Ils peuvent soit faire leur provision dans la boutique, soit cueillir eux-mêmes leur panier. « C’est audacieux d’avoir mis ça en place car on est loin des villes, mais les gens viennent, parfois de loin », se réjouit Alain.

Conversion des terres

Alors si les légumes bio marchent, pourquoi ne pas aller plus loin ? Un verger avec différentes variétés de fruits a été planté, des poules courent dessous, histoire de compléter l’offre avec des fruits et des œufs frais.
Surtout, au fur et à mesure que les vaches partent, les agriculteurs convertissent leurs prairies en céréales bio. Ils ont semé 15 ha de sarrazin cette année et comptent bien poursuivre, sur leur parcellaire – « plus d’une centaine d’hectares en tout » – et cultiver des céréales bio alimentaires sous contrat avec la coopérative Corab, de Charente-Maritime. « C’est sûr, c’est une remise en question totale qui surprend nos voisins. Mais, même si on ne s’attend pas à de gros rendements les années de la conversion des terres, ce qu’on fait nous correspond et c’est l’essentiel. » Un virage sans emprunts et sans états d’âme. Juste un pincement au cœur à l’idée de vendre « pas cher » des génisses qui n’ont plus leur place sur la ferme.


Réussir le Périgord
7, rue du Jardin Public - BP 70165 - 24007 Périgueux cedex