Auteur : Lionel Robin
Publié : vendredi 22 août 2014

Un orage localisé mais destructeur

Le 8 août, un orage a éclaté dans le Périgord noir, accompagné d’importantes chutes de grêle qui ont occasionné des dégâts importants sur les cultures, noix, tabac, vigne, etc. Comme chez Jean-Jacques Montauban, à Saint-Pompon.

Il est 20 h ce vendredi 8 août à Saint-Pompon. En un instant, le ciel s’obscurcit et la nuit s’invite en plein jour. Rafales de vent et averses de grêle vont ravager en quelques minutes seulement la petite exploitation en polyculture de Jean-Jacques Montauban, au lieu-dit
Lestat. Des grêlons gros comme des noix, comme on n’en avait encore jamais vu ici depuis plusieurs générations d’agriculteurs…
Les dégâts sont importants sur plusieurs communes environnantes (Mazeyrolles, Prats-du-Périgord, Orliac, Doissat, Saint-Pompon, Campagnac-lès-Quercy, Florimont-Gaumier et Saint-Aubin-de-Nabirat ont été particulièrement concernées). Alors on se mobilise. Ils sont venus en “groupe” : le sous-préfet, la Direction départementale du territoire (DDT), le député, le Conseil général, le maire, la Chambre d’agriculture….  Et les dossiers et déclarations d’avaries s’accumulent, en attendant le résultat des promesses des élus… peut-être des aides de l’État, du Département, une déclaration de catastrophe naturelle.
Pour le tabac, l’assurance est
obligatoire. Chez Jean-Jacques
Montauban, les 26 000 pieds de tabac burley plantés sur 1 ha doivent être entièrement détruits, n’ayant, suite au sinistre, plus aucune valeur marchande. Mais l’assurance ne compensera pas la perte de vente, et on peut envisager un manque à gagner d’environ 20 % sur les 12 à 15 000 e de revenu prévus.
Pour  les autres productions, malheureusement, l’agriculteur n’est pas assuré, comme la grande majorité d’ailleurs, les coûts étant jugés trop importants. « L’assurance est toujours trop chère avant l’accident ! »

Les noix abîmées

Sur cette exploitation, heureusement, la moisson était effectuée, mais malgré tout, le maïs, le tournesol et surtout les noix ont fait les frais de l’orage. Difficile d’évaluer les pertes concernant le maïs, dont surtout les tiges ont été abîmées, mais dont on ne peut pas encore connaître l’impact sur les épis, de même que pour le tournesol.
En ce qui concerne les 3 ha de noyers franquette et grandjean, la DDT a pu selon ses critères (appréciation de la quantité de noix à terre) évaluer la perte à plus de 60 % de dégâts visuels, pourcentage qui peut hélas devenir plus conséquent à la récolte selon le développement des noix non encore tombées mais ayant été impactées ; pour le moment, la perte est estimée à 9 000 e. Le rendement devait pourtant être exceptionnel cette année, car, suite à la grêle qui avait déjà touché le verger l’année dernière, les repousses des arbres avaient été plus importantes et promettaient une excellente récolte.
Sur les bâtiments, les dégâts ont été moindres, seules une dizaine de plaques ondulées ont été percées. Mais là aussi, malgré l’assurance, la franchise restera à assumer par l’agriculteur.

Une assurance climatique

Alors que faire ? Les charges restent les mêmes, les emprunts doivent continuer à être remboursés. Pour cet agriculteur, le seul moyen de ­compenser en partie est la coupe et vente de bois, parce qu’il a la chance d’en posséder, ce qui n’est pas le cas de tout le monde. Pour d’autres sinistrés, il ne restera que les emprunts, à nouveau, qu’il faudra eux aussi rembourser ultérieurement.
L’avenir est donc inquiétant sur l’exploitation. L’année est fichue, et un nouveau sinistre signifierait tout simplement la cessation d’activité, le dépôt de bilan.
Certains s’interrogent sur l’intérêt d’une assurance obligatoire,  notamment pour les produits valorisés comme la noix du Périgord en AOC.
Un contrat d’assurance climatique “coup dur” accessible à tous serait à l’étude au ministère de l’Agriculture pour donner les moyens à l’agri-
culteur de relancer un cycle de production, le but étant que le maximum d’exploitants s’assurent, pour toutes les productions.


« Limiter la casse »

Vin de Domme. Jean-Marie Laval, vice-président de la Cave du Céou, fait le point.

Comment évaluez-vous les dommages sur les vignes des coteaux du Céou ?
Jean-Marie Laval : L’orage de grêle a frappé très localement le vignoble de Domme. Juste après l’événement, c’était un peu compliqué d’évaluer les dégâts. On oscillait entre 30 et 40 %. Une semaine après, il s’avère que c’est plutôt de 20 à 25 % du raisin qui a été touché. Les grappes et les sarments ont été attaqués, mais il reste du raisin. Nous avons appliqué un traitement d’urgence pour limiter l’apparition de la pourriture. Globalement, c’est le climat qui va nous amener à la récolte.

20 à 25 %, c’est un moindre mal ?
 J.-M. L. : Oui et non. Ça reste quand même des dégâts importants, surtout qu’en 2013, nous avions subi 50 % de pertes. Ça s’accumule. Nous aurions eu besoin de 100 % de récolte cette année pour équilibrer avec les pertes de l’an dernier. Ça fait deux ans que c’est difficile. Si le temps reste beau jusqu’à la récolte, ça nous permettra de limiter les dégâts. Le problème, c’est qu’en terme d’assurance, on n’aura rien. Les indemnisations ne seront pas suffisantes. On va arriver à un volume raisonnable cette année, mais on ne compensera pas les années précédentes. Nous arrivons en bout de stock et la demande est toujours forte. Donc nous allons nous retrouver sans produit alors qu’il y a des besoins et de la demande des clients. Et puis, un vin, ça se laisse vieillir aussi. Nous aurions bien aimé avoir de l’avance pour pouvoir le faire et enfin, repartir sur de bonnes bases.
Propos recueillis par Laetitia Lemaire


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