Auteur : Nelly Fray
Publié : vendredi 18 juillet 2014

Une dynamique de groupe autour du semis direct

La Chambre d’agriculture, qui veut créer des collectifs autour de l’agroécologie, a identifié des agriculteurs prêts à se former à de nouvelles techniques. Dans ce cadre, une démonstration de mise en place simplifiée des intercultures était organisée.

L'ENJEU

  • 47 agriculteurs expérimentent des pratiques innovantes comme le semis direct avec la Chambre d’agriculture.
  • La technique du zéro labour, intéressante sur le plan agronomique, n’est pratiquée en France que sur 2 % des surfaces cultivable

« Un sol vit, on a tendance à l'oublier

Les temps changent, les commerciaux l’ont bien compris. Avant de présenter leurs bijoux d’acier et d’électronique, les porte-parole des sociétés Kunh, Gaspardo, New Holland ont tous parlé sol. Pour dire qu’il vivait : rien de révolutionnaire à cela, mais « on a trop souvent tendance à l’oublier ».
Alfred Gessler a commencé par prendre une pelle. Il sort une motte du fossé et une autre en plein champ. Celle du fossé s’émiette plus facilement, elle a une meilleure structure grâce à l’action des racines des herbes. L’autre est un peu plus tassée. « La couverture permanente du sol, c’est ce qui va lui permettre de fonctionner », dit ce consultant pour la société New Holland.
La journée de démonstration des outils de semis direct, le 10 juillet chez Michel Couderc, agriculteur à Conne-de-Labarde, aura donc permis de parler agronomie. Ce qui réjouit les organisateurs, Florent Wieczoreck et Jacques Tournade, pour la Chambre d’agriculture, Rodolphe Deffieux et Jérôme Allègre, pour la Fédération départementale des Cuma.
Les techniciens s’étaient appuyés sur deux des six groupes d’agriculteurs qui mènent en Dordogne des expériences en matière de conservation des sols et d’autonomie fourragère. Le groupe de  la Cuma de Bouniagues et celui des éleveurs bio du Bergeracois ont répondu présent pour cette journée qui correspondait à leurs attentes, semble-t-il.

Être bon en conventionnel

 L’autre message des commerciaux, qui s’étaient décidément passés le mot, est qu’il « faut être bon en conventionnel pour réussir en semis direct ».
Laurent Moreau, de Kuhn, est très clair : « on ne passe pas au semis direct par obligation, pour limiter les coûts ou parce qu’on a de mauvais résultats en labour ».  Comme son collègue de New Holland, il estime que le choix du matériel passe après un travail sur les rotations qui seul peut permettre de bien maîtriser les adventices. Il faut aussi veiller à semer dans des conditions optimales : pas la peine de sortir l’outil combiné parce qu’on ne peut pas labourer ! « En fait, l’idéal serait d’avoir fini de semer en direct quand les conventionnels commencent à semer. » La date du semis et la gestion des chantiers ne sont pas les moindres paramètres à maîtriser.
Pourtant, pas mal d’agriculteurs seraient prêts à investir à plusieurs. À cause du coût des intrants et de la réglementation de plus en plus exigeante en matière de couverture des sols, ils estiment que le semis direct est sans doute une des solutions les plus facilement applicables dans notre département pour garder des marges raisonnables tout en préservant les rendements. 


POINT DE VUE

2107 f wieczoreckFlorent Wieczoreck, technicien grandes cultures
La Chambre d’agriculture a obtenu cette année des fonds Casdar pour mener à bien des projets CAP, collectifs autour de l’agro-écologie en Périgord. Cela permettra d’accompagner des groupes d’agriculteurs voulant initier des changements dans leurs pratiques culturales, ce qui nous permettra aussi de produire et de diffuser des références en la matière. Aujourd’hui, la Chambre suit 6 groupes réunissant 47 agriculteurs qui expérimentent par exemple les intercultures et les techniques du semis direct.

 

 


Choisir un outil combiné polyvalent

 

KUHN

2107 kuhnLaurent Moreau, inspecteur commercial pour la société Kuhn, a présenté le semoir SD 3000, prêté pour l’occasion par la Cuma de Sainte-Sabine. Il a d’abord précisé que sa société avait une expérience dans le semis direct vieille de plus de 40 ans et que deux sites (un en France, un en Amérique du sud) y étaient consacrés. Ensuite, il a parlé du concept en trois modules du SD 3000 qui existe en 3, 4 et 6 mètres de largeur. D’abord, un ensemble de disques (gaufrés ou ondulés) pour pénétrer le sol même en condition sèche, comme c’est souvent le cas en été quand on veut semer des cultures dérobées. La profondeur d’ouverture des disques peut être réglée selon les exigences du semis. Deuxième module sur le semoir : un élément semeur sur parallélogramme, avec un réglage centralisé de la pression. Dernier élément, une herse de recouvrement pour ne pas laisser la graine à l’air libre.
Laurent Moreau a également évoqué les possibilités de son outil auquel il est possible d’associer un micro-granulateur pour apporter l’anti-limace en même temps que le semis. Et sous peu, il sera équipé d’une trémie séparée pour semer et mettre l’engrais en un seul passage. Des équipements annexes au semoir peuvent être ajoutés selon les besoins : des traceurs par exemple, mais aussi une version roues jumelées pour éviter de “matraquer” le sol. Enfin, le commercial a précisé que, « adossée à la société Terravi, Kunh apportait un service après-vente en plus de ses compétences mécaniques et était capable de fournir des pièces de rechange 7 jours sur 7 ». 

 


SEMEATO

2107 semeatoAlfred Gassler a présenté un semoir de 4,50 m (repliable pour être tracté sur route) du fabricant brésilien Semeato, commercialisé par la société New-Holland. Sa particularité est d’être particulièrement polyvalent grâce à sa double trémie de 1 500 l chacune, équipée d’une distribution hydraulique pour gérer les 2 à la fois. « À partir de là, tout est possible : semer les lignes avec des variétés différentes pour des mélanges de légumineuses, mettre de l’engrais starter ou de l’anti-limace sur le rang du semis... »  
Un point a fait débat : au contraire des autres outils, ce type de semoir travaille très en surface car « la structuration du sol, c’est le travail de la racine, pas celui de l’outil ». Des doubles disques de 41 et 38 cm ouvrent le sillon, mais pas de herse recouvreuse. La démonstration a montré que la graine de sorgho fourrager est semée à 2 cm de profondeur et « le sol est refermé, pas recollé », ce qui n’a pas cessé d’intriguer les agriculteurs qui, penchés sur le sol, se sont inquiétés des sillons de semis visibles après le passage de l’outil.



GASPARDO

2107 gaspardoDamien Dumontiel, de la société Gaspardo, a présenté le semoir mécanique Diretta. Équipé d’un disque crénelé qui « découpe une bande de terre », la qualité de cet outil est, selon le commercial, d’assurer un bon positionnement de la graine dans le sillon. Une roue de forme conique rappuie le sillon pour ensevelir cette graine qui pourra rester en place en attendant qu’il pleuve pour qu’elle germe. Une herse de recouvrement finit le travail.
Sa trémis de base de 1 300 litres peut-être cloisonnée pour obtenir une capacité de 800 l + 500 l. Le commercial a vanté cet outil polyvalent (qui existe aussi en version pneumatique) qui « permet de passer dans toutes les conditions de semis, y compris sur un sol labouré ».

 

 

 

 



POINT DE VUE

2107 m coudercMichel Couderc, éleveur à Conne-de-Labarde
L’an dernier, j’ai testé un semoir Aitchison pour faire des semis directs, mais je ne l’ai pas acheté car il suivait difficilement le dénivelé du sol. Après un ensilage, il y avait de légers creux et le semis se faisait mal dans le sens de la longueur. J’ai dû changer le sens de semis, en travers, ça se passait mieux, j’ai constaté une bonne levée. Mais toutes mes parcelles ne peuvent pas être semées en travers. En plus, j’avais du mal à vider les fonds de trémie. Bref, je suis toujours à la recherche d’un semoir qui corresponde à mes attentes.

 


Réussir le Périgord
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