Auteur : Valérie Hubert-Cassant
Publié : vendredi 27 mars 2015

La taille au lamier a la cote

Si certains hésitent encore, les agriculteurs Alain Cluzeau et Laurent Lasgrezas sont adeptes de la taille mécanique des noyers avec un lamier. Une nouvelle technique qui augmenterait le calibre des noix.


Les lames tournantes fixées sur le bras articulé du tracteur scient radicalement n’importe quelles branches de noyer. L’engin se déplace dans le verger, aérant ainsi l’ensemble des arbres de la parcelle.
En une demi-heure, une trentaine de noyers sont taillés, mais il n’en a pas toujours été ainsi : « Avant, on ne taillait pas comme ça. On taillait en gobelet, manuellement. C’est-à-dire qu’on coupait le bois mort à l’intérieur, pour que le bois jeune pousse », précise Laurent Lasgrezas, propriétaire de noyers à Ste-Eulalie-d’Ans.
Et dire que la taille était moins importante est un euphémisme : « Certains nuciculteurs ont peur de voir la quantité de bois au sol après la taille ! Mais le but de ce travail est de renouveler le bois fructifère du verger, en supprimant les branches qui, par manque de vigueur, n’assurent plus une alimentation correcte des fruits. Alors que la taille manuelle ne permet que l’élimination des rameaux secs et improductifs. Avec cette taille, on obtient des fruits qui possèdent un beau calibre », argumente Élisabeth Froidefond, la technicienne de la coopérative Perlim Noix. Le détail qui permet de voir qu’un verger est taillé au lamier, ce sont les nombreux espaces laissés entre les arbres. « Les branches ne doivent pas se croiser. Le fait qu’elles soient les unes sur les autres empêche la lumière d’entrer dans le verger, on le voit sous le noyer, » ajoute-t-elle.
De plus, les traitements contre les maladies seront mieux acceptés par un verger bien aéré. La masse d’air qui se trouve dans la canopée de l’arbre, il va falloir la pousser pour la remplacer par l’air qui est dans l’atomiseur. Plus le verger est fermé, plus c’est difficile... On peut dire que cette taille peut avoir un véritable effet sanitaire.
La coopérative Perlim Noix regroupe de nombreux nuciculteurs qui pratiquent cette taille mécanique. Ensemble, ils cultivent environ une soixantaine d’hectares.

Fructification
terminale ou latérale

Alors, comment procéder ? Dans un verger traditionnel de variété à fructification terminale – type franquette et marbot – la totalité du verger est taillée sur huit ans minimum, pour ne pas enregistrer une chute de rendement. Une face de rang est taillée tous les deux rangs et tous les deux ans.
La taille est différente dans un verger de variété à fructification latérale, de type lara, chandler ou fernor, la totalité du verger sera taillée sur quatre ans avec une face de rang tous les deux rangs et tous les ans.
Une petite pause s’imposera entre deux cycles de taille mécanique, elle dépendra de la perte de calibre des fruits. Cet arrêt peut durer de deux à six ans pour retrouver des rameaux fructifères qui permettront de nouveau une mise à fruits.

Moins de pesticides
et des noix plus grosses

La taille au lamier possède l’avantage de réaliser rapidement et en sécurité des travaux difficiles à effectuer manuellement et le coût financier reste abordable.
Laurent Breuil, nuciculteur installé près de St-Eulalie-d’Ans depuis trente ans, porteur de prothèses du genoux et de la hanche, est persuadé que c’est la solution idéale pour lui : « C’est vrai que  porter des prothèses ne me permet plus de monter dans les arbres. Cependant, je trouve que c’est une technique qui permet d’augmenter vraiment le rendement de mes noyers. Peut-être faudrait-il quand même tailler un peu à l’intérieur de l’arbre ? Mais j’augmente suffisamment mes rendements. Ce qui est très bien aussi, c’est que cet air et cette lumière font pousser l’herbe, tellement pratique pour ramasser les noix. Imaginez, lorsqu’il faut ramasser les noix avec une machine qui passerait sur un sol sans herbe.... Et c’est pire lorsqu’il pleut ! Honnêtement, je ne me vois pas utiliser une autre technique aujourd’hui. »
Le verger de Laurent Breuil est taillé au lamier depuis plusieurs années et possède un aspect très différent des autres ; il est beaucoup plus clair que ceux qui sont taillés manuellement, les branches sont plus basses, plus évasées et de très nombreux bourgeons ont éclos sur les branchages.
Sur ce chantier de taille mécanique en noyers traditionnels d’une trentaine d’années en variété franquette, on s’est inspiré de ce qu’on faisait en taille mécanique sur des haies fruitières, il n’y a pas de raisons qu’on ne puisse pas travailler de la même façon. Le but de la manœuvre est de faire sortir du bois jeune, retrouver des jeunes fruits possédant de gros calibres. « Favoriser la pénétration de la lumière et de l’air limite les attaques de champignons et de bactéries et, par conséquent, restreint l’usage des pesticides. Effectuer cette taille manuellement coûterait beaucoup trop cher et faire monter un homme à cette hauteur dans un verger entier serait trop délicat. Depuis dix ans, on constate une nette amélioration de la qualité du produit, pour très peu de baisse de rendement. On régénère les arbres, on ne fait pas seulement qu’enlever le bois mort », assure Jean-Paul Couzon, technicien spécialisé pour la coopérative Perlim noix.
Ce jour-là, le lamier s’est engouffré dans un verger qui inaugure cette technique. Dans les yeux du propriétaire, qui a planté ces noyers à Badefols-d’Ans il y a presque soixante ans, ne se lit aucune nostalgie. Autres temps, autres mœurs...



LE BOIS ISSU DE LA TAILLE A UNE DEUXIÈME VIE

 

Lorsque les broyages ont lieu sur les rangs, les bois sont laissés sur place et constituent un apport de matière organique.
Le broyage peut alimenter une chaudière à copeaux et, dans ce cas, il est utilisé pour le chauffage domestique ou bien encore pour le séchage des noix.


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