Auteur : Nelly Fray
Publié : vendredi 27 février 2015

Restructuration. La coopérative Périgord tabac, qui a présenté le 24 février en assemblée un déficit de 828 255 e, demande à France tabac d’accélérer la mise en place d’une organisation pyramidale autour de pôles techniques régionaux.

La filière tabac cherche son nouveau modèle

Didier Ther, le directeur de la coopérative Périgord tabac, qui a réuni les adhérents en assemblée générale le 24 février à Boulazac, n’a pas caché ses inquiétudes. Lui qui cessera ses activités dans quelques mois estime que les événements changent de nature dès lors que l’on est
« affectivement concerné ». À ses côtés, le président Jacques Beaudoin refuse de faire un rapport d’orientation comme de coutume. « Je resterai jusqu’à l’aboutissement de la restructuration, mais comme je ne renouvelle pas mon mandat de président, il ne m’appartient pas de gérer les orientations futures. »
Rien qu’à ces précautions oratoires, on comprend que l’heure est grave. Certes, les deux hommes veulent croire en l’avenir du tabac, ce fleuron de l’agriculture périgourdine. Mais, pour survivre, la tabaculture doit s’adapter. Et le modèle de demain n’est pas encore trouvé.

Une fusion envisagée

S’ils veulent rester optimistes, les responsables de Périgord tabac s’accordent à dire qu’« il faut restructurer les outils économiques de la filière tabacole car nos coopératives sont surdimensionnées administrativement par rapport à leurs niveaux d’activités. »
Certes, il reste des passionnés du tabac qui continuent de planter, tentent de simplifier les itinéraires techniques, de mécaniser la récolte (grâce à la récolteuse acquise par leur coopérative), mais ils sont de moins en moins nombreux. À peine 260 adhérents en 2013 pour 539 ha, 179 de virginie, 360 de burley : 22 % de surfaces de moins qu’en 2012. Et ce n’est pas la campagne, marquée par les aléas climatiques et les sinistres, qui va encourager de nouveaux planteurs. En 2013, les quantités livrées ont été 40 % moindres que la campagne précédente (968 037 kg livrés à Périgord tabac contre 1,6 million).
Le chiffre d’affaires accusera le coup, en baisse de 1,2 million, et le déficit atteindra 828 255 e.
« Une situation pas dramatique, mais très fragile », commentera
Didier Ther.
Touché mais pas coulé : Périgord tabac a encore de solides réserves et un fonds de roulement de 1,4 million. Néanmoins, il faut sortir la coopérative de l’ornière de l’érosion des surfaces tabacoles. La fusion avec la coopérative Midi tabac est envisagée, la coopérative Tabac Garonne Adour ayant décliné la proposition. Le projet de protocole de fusion est sur les rails, voté même en décembre lors des assemblées de section.

Une structure nationale

Dans le même temps, le conseil d’administration de France tabac a entamé une procédure de réorganisation générale de la filière qui aboutirait à la mise en place d’une structure nationale unique chapeautant des pôles techniques régionaux. « Ces nouvelles données nous ont conduits à surseoir la fusion entre Midi tabac et Périgord tabac de façon à s’intégrer directement dans le processus national », explique Didier Ther. Pour aussitôt rajouter que si le projet national venait à prendre du retard : « la fusion entre les deux coopératives se réaliserait avant le 30 juin 2015 dans les conditions définies ».
Une course contre la montre s’est engagée, alors même qu’il est urgent pour l’avenir de la tabaculture française de stabiliser la production et d’envoyer des messages forts aux producteurs. Comble de l’ironie, alors que tout semble flou, les prix commerciaux devraient enfin rémunérer le tabac sans soutiens publics. C’était un pari osé en 2010 et il a été tenu.


« Il a fallu faire avec »

Aléas climatiques. La caisse d’assurance mutuelle agricole des producteurs de tabac a fait face à un taux de pertes exceptionnel en 2013.

9 BASAvant l’assemblée générale de la coopérative Périgord tabac, se tenait celle de la Caisse d’assurance mutuelle agricole des producteurs de tabac de Périgueux, présidée par Johannes Huard. C’est lui qui a fait le bilan technique et financier de la campagne 2013. Une année marquée par une sinistralité importante : « des deux Charentes en passant par la Dordogne, la Corrèze et le Puy-de-Dôme, aucun secteur de la caisse n’a été épargné ». Le président Huard a remercié les experts qui ont fait « un travail de qualité ».

Pas assez de cotisations

Le bilan est lourd. Les cotisations (424 916 e) n’ont pu couvrir que 33,50 % des indemnités totales qui ont atteint 1 267 914 e. Il a fallu piocher dans la réserve technique de la caisse de Périgueux pour 25 % de sa valeur, soit 315 316 e. Ceci n’étant pas suffisant, la réserve de la caisse de réassurance est arrivée en renfort pour 527 681 e.
La caisse d’assurance a augmenté le montant de ses cotisations pour 2014, une année qui a connu heureusement moins d’aléas climatiques.


 Quel avenir pour les outils ?

Prévision. La tabaculture périgourdine tente de sauver les meubles et l’expérimentation.

La tabaculture périgourdine, c’est l’usine de Sarlat, plusieurs Cuma, le site de Bergerac historiquement dédié à l’expérimentation et dont Imperial Tobacco, qui l’avait investi, cherche à se défaire. Que vont devenir ces outils dans la vaste réorganisation de la filière à l’échelle nationale ?
« On va optimiser tout ce qui peut l’être », explique en assemblée générale le président
Beaudoin. À commencer par les charges de structure de l’usine de Sarlat qui pourrait dans un avenir proche acheter du tabac à l’extérieur de sa zone de collecte. « C’est ainsi que nous ferons tourner l’outil et que nous continuerons à vendre vos tabacs », lance-t-il aux adhérents de Périgord tabac.
Quant au site de Bergerac, ses travaux d’expérimentation devraient se poursuivre au travers de l’Institut du végétal Arvalis, déjà implanté sur le site bergeracois, qui a intégré la partie amélioration végétale du tabac à ses activités de recherche sur les céréales, ainsi que la production de graines.

Perte de marchés

« Si l’acheteur ne trouve pas du tabac ici, il ira le chercher ailleurs. » Jacques Beaudoin n’hésite pas à agiter le spectre de la perte des marchés pour expliquer l’urgence qu’il y a à restructurer les outils. Quant au site administratif de Boulazac, il semble peu probable qu’il soit maintenu.


Réussir le Périgord
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