Auteur : Nelly Fray
Publié : vendredi 30 janvier 2015

Viticulture bergeracoise : plus jamais sans Duras

Les assemblées de la Fédération des vins du Bergeracois et de l’interprofession, qui ont eu lieu toutes deux le 26 janvier, ont fait un pas de plus vers l’union avec les vignerons du Lot-et-Garonne. Reste à finaliser un ODG commun.

L’ENJEU   

En 2014, les vignobles de Bergerac et des côtes de Duras ont uni leurs actions interprofessionnelles.
Les viticulteurs, qui veulent aller plus loin dans cette voie, ont voté pour une seule et même défense des appellations et des conditions de production.

IVBD. Depuis août dernier, l’interprofession des vins de Bergerac et de Duras est sur les rails. Lundi dernier, Paul-André Barriat, qui en présidait la première assemblée, a présenté ses prochaines actions.

« Nous savons où nous allons ensemble »

2134 14 bas«Nous savons d’où nous venons, où nous en sommes et où nous allons. » Le président de la nouvelle IVBD (interprofession des vins de Bergerac et de Duras) a montré, au cours de cette première assemblée générale associant les viticulteurs des côtes de Duras, que le mariage n’était pas que de raison. L’union apporte, à en croire Paul-André Barriat, un surcroît de dynamisme. L’assemblée, nombreuse en ce lundi 26 janvier, avec la présence de plusieurs élus et personnalités de la vie bergeracoise, notamment la sous-préfète Dominique Laurent à la tribune, en est peut-être la preuve la plus visible.
D’abord l’équipe de l’IVBD a fait le bilan des actions engagées par la nouvelle interprofession, en matière technique, économique et de promotion. Paul-André Barriat a salué une équipe dynamique à laquelle s’est ajoutée la Lot-et-garonnaise Corinne Lacombe, responsable de la communication interne et du développement vinotouristique.
Il a également rendu hommage à ses prédécesseurs et à tous ceux qui ont travaillé à ce rapprochement qui s’est traduit, sous son mandat, « par une fusion réussie grâce à une décision unanime ». Il a rappelé que l’IVBD s’inscrivait dans une perspective Sud-Ouest et que des conventions de partenariat avec les vins de Buzet et du Marmandais avaient été finalisées. On l’aura compris, cette union tient à cœur à Paul-André Barriat, satisfait de l’avoir conclue avant de laisser son siège de président en juin prochain, pour qu’il soit occupé par un représentant du négoce, comme l’exige la parité. Le président de la Fédération des négociants en vins du Sud-Ouest, Didier Grandeau, s’est exprimé sur cette nouvelle interprofession qui donne de l’air et de l’espoir à l’amont comme à l’aval de la filière.

Prospective sans tabou

L’assemblée a permis d’annoncer quelques-unes des actions qui seront menées cette année. Ainsi, une étude prospective de la filière viticole pour les dix ans à venir devra être menée « sans tabou, aborder l’avenir des vins AOC, IGP, mais aussi celui des vins de France dont on ne doit pas nier l’existence », a souligné le président Barriat.
Un partenariat actif sera lancé avec les Chambres d’agriculture de Dordogne, du Lot-et-Garonne et de la Gironde et un groupe technique devrait même être créé en lien avec le Vinopôle Aquitaine. Il s’agit aussi de développer les débouchés à l’export et d’envisager une marque Sud-Ouest.
Pour mener à bien ces programmes, le président de l’IVBD compte sur le soutien de FranceAgriMer et des collectivités départementales et régionales, sachant que les fonds européens ne sont plus accessibles.
Paul-André Barriat compte également sur la fermeté des producteurs pour ne pas brader leurs vins et pour optimiser leur productivité, bref pour profiter de l’embellie qui s’annonce après une année difficile et la perte de marchés du fait de la faiblesse des volumes.
Éric Hugot, responsable du service économie de l’IVBD, a confirmé que le ciel s’éclaircissait au-dessus des têtes des vignerons. En un an, le cours moyen du bergerac rouge a fait un bond de
43 % pour passer de 804 e/tonneau à 1 146 e. Toutes les appellations connaissent, dans une proportion variable, un tel rebond qui s’explique en partie par le manque de volumes, mais est aussi l’aboutissement de revendications de longue date.


Plus forts pour faire-valoir des spécificités

FVB. En assemblée générale le 26 janvier au matin, la Fédération des vins du Bergeracois a lancé le chantier de l’organisme de défense et de gestion avec Duras. Parmi les actions à mener, la défense des AOC viticoles est plus que jamais d’actualité.

2134 15 HTL’assemblée de la Fédération des vins du Bergeracois (FVB) a beau avoir eu lieu le matin du lundi 26 janvier, qui a vu aussi se tenir la première assemblée de l’interprofession des vins de Bergerac et de Duras, c’est une suite logique au processus de rapprochement des deux vignobles.
Parmi les nombreux sujets abordés par le président de la FVB, Jean-François Fruttero, la création d’un organisme de défense et de gestion (ODG) pour la Dordogne et le Lot-et-Garonne était centrale. Après avoir présenté l’intérêt d’un ODG commun, organisme dont les missions ont été confiées à la FVB, le président l’a soumis au vote de l’assemblée. Le projet de rapprochement a obtenu une grande majorité, moins deux voix. Une assemblée extraordinaire sera donc organisée le mois prochain pour instaurer une nouvelle section au sein de la FVB puisque c’est le mode de gouvernance choisi. Décision a aussi été prise de conserver le syndicat d’appellation des vins de Duras, copropriétaire d’une maison des vins.
Pour intégrer Duras dans les sections de la FVB, le nombre de représentants par section a été revu à la baisse pour certaines appellations ayant des superficies restreintes. Ainsi Montravel passe de 7 à 3 administrateurs, Pécharmant de 5 à 4, Saussignac de 4 à 1. Les vignerons de Duras, qui cultivent une superficie de 1 500 ha, auront 6 représentants au conseil d’administration.
Il s’agit maintenant d’harmoniser les cotisations, versées à l’hectolitre à Bergerac et à l’hectare à Duras. Une harmonisation qui prendra pas moins de cinq ans pour arriver en 2020 à une cotisation de 57 e/ha pour le Bergerac et 59 e/ha pour les côtes de Duras. Il s’agit par là de renforcer le budget de la FVB, fortement mis à mal cette année, à cause de la toute petite récolte 2013 qui a fait baisser d’autant les cotisations à l’hectolitre. Conséquence, la FVB a enregistré au 30 septembre 2014 un résultat déficitaire de 132 000 e.

Sueurs froides
Si tout se passe bien, il n’y aura plus qu’un seul ODG pour les prochaines vendanges. Mais il faudra d’ici là avoir anticipé l’échéance et intervenir d’une seule voix sur les dossiers chauds. Dans son rapport technique, le directeur Pierre-Henri Cougnaud estime qu’il est temps
« de changer notre façon de faire, de travailler sur les conditions de production dès juillet pour arriver devant la commission de l’Inao avec des choses prévalidées.»
L’an passé a donné des sueurs froides aux responsables de la FVB qui ont dû faire valider à nouveau les cahiers des charges des appellations bergeracoises annulés sans préavis. Et le cauchemar se poursuit puisqu’en décembre dernier le syndicat national du négoce, l’Umvin, déposait une requête devant le conseil d’État pour faire annuler le cahier des charges du côtes de bergerac. L’affaire est en cours.
Bien d’autres points seront à traiter ces prochains mois. Les négociations se poursuivent pour obtenir le droit de stocker des volumes compensatoires pour les vins rouges, comme c’est déjà le cas pour les blancs. Une motion a été votée à l’unanimité lors de l’assemblée pour généraliser les VCI afin d’en bénéficier lors d’une année déficitaire. Autre dossier à mener d’urgence, la gestion de la demande d’enrichissement du prochain millésime, de plus en plus difficile à obtenir (lire ci-après), et qui exige donc de s’y prendre au plus tôt.


 EN CHIFFRES

  • 1 000 viticulteurs dans les vignobles de Bergerac (800 pour 11 500 ha) et des côtes de Duras (200 pour 1 500 ha)
  • 570 000 hl production moyenne des 2 vignobles. En 2013, année déficitaire, 60 190 hl à Duras et 358 218 hl à Bergerac

Une technique traditionnelle mise en cause

Enrichissement des vins. Il est toujours plus difficile d’obtenir les autorisations requises, surtout pour chaptaliser ou ajouter du saccharose à des raisins en manque de maturité. Pierre Langlade, de l’Inao Sud-Ouest, en explique les raisons.

2134 15 BASPour les vignerons du Bergeracois, le sucrage à sec pour enrichir leurs vins, lorsque la maturité des raisins laisse à désirer, est une technique historique utilisée depuis des années. Une méthode traditionnelle donc, mais fortement remise en question par l’Union européenne qui n’accorde ce droit aux viticulteurs des départements du Sud de la France (27 sont concernés, dont la Dordogne et le Lot-et-Garonne) qu’à titre dérogatoire. Seuls les pays de l’Europe du nord et les départements du nord de la France peuvent y recourir.
« Chaque année, pour obtenir le régime dérogatoire, nous devons justifier par un dossier technique solide et argumenté du caractère exceptionnel du millésime. Nous faisons front avec nos collègues bordelais, mais une discussion nationale entre les régions concernées s’impose », a fait savoir le président de la FVB, Jean-François Fruttero. La fédération a demandé à Pierre Langlade, de l’Inao Sud-Ouest, de présenter le cadre réglementaire toujours plus restrictif.
 « L’enrichissement n’est pas un droit », a-t-il rappelé en préambule. Tous les ans en effet, les viticulteurs doivent renouveler leur demande et présenter des relevés de maturité rendant l’enrichissement nécessaire. Jusqu’à présent, ils obtiennent la dérogation in extremis par autorisation préfectorale, après validation de l’Inao et de FranceAgriMer. Ils doivent par ailleurs déclarer l’enrichissement dans un délai très court auprès du service des Douanes.
Donc la technique de l’enrichissement est un souci constant pour les vignerons qui en ont développé l’usage puisque l’ajout de saccharose (appelé sucrage à sec, en opposition à l’ajout de moûts concentrés, rectifiés ou pas, qui est une technique autorisée mais beaucoup plus coûteuse) est accordé à titre exceptionnel.

Le monbazillac menacé
Certaines appellations seraient plus particulièrement pénalisées. C’est le cas du liquoreux et la section monbazillac de la FVB réfléchit aux moyens de s’opposer à l’interdiction de chaptaliser pour le millésime 2015 car il en va de la pérennité de son vin.
Jusqu’à l’Organisation commu-
ne de marché (OCM) de 2008, la chaptalisation était autorisée dans les régions viticoles où elle est pratiquée traditionnellement. Un argument qui ne vaut plus désormais pour la Commission européenne qui demande d’apporter des justificatifs techniques solides permettant d’obtenir une dérogation à l’interdiction de chaptaliser. L’argument économique ne suffit pas pour justifier d’une autorisation d’enrichissement.
Si, pour les derniers millésimes, des circonstances climatiques particulières ont permis aux professionnels d’obtenir la dérogation, ils savent pertinemment que les arguments avancés alors ne seront pas reconductibles tous les ans. La FVB, pour qui ce dossier est «  une tracasserie importante », selon les mots de son président, a décidé d’y travailler cette année dès le mois de juillet, de façon à affûter ses arguments.

 


POINT DE VUE

2134 15 veiltPierre Veit,
directeur du service répression des fraudes, Direccte Aquitaine
Le sucrage à sec a toujours été une technique sous contrôle. L’Union européenne a en tête le risque de produire des vins artificiels comme au début du XXe siècle. Aussi, la commission encadre et restreint l’enrichissement quelles qu’en soient les techniques et préfère la création de surfaces dédiées aux moûts concentrés, des produits viniques destinés à enrichir les vins. Comme la France est le seul pays de l’Union à pouvoir enrichir ses vins grâce à un système dérogatoire, elle est regardée de près.


Réussir le Périgord
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