Auteur : Laetitia Lemaire
Publié : vendredi 17 octobre 2014

Une poignée d’agriculteurs exaspérés a déversé quelques tonnes de fumier, de la paille et du papier broyé au pied des grilles de la Direction départementale des territoires. Un préambule de l’action nationale du 5 novembre.


De la paille, du fumier et de la colère


«Nous ne sommes pas dépités. Nous en avons simplement ras-le-bol. Nous sommes agacés. Aujourd’hui n’est qu’un avertissement. Nous sommes venus déposer nos requêtes auprès du préfet. Nous serons sages. Mais le 5 novembre, nous reviendrons pour avoir des réponses à nos demandes et nous risquons d’être moins calmes. » Yannick Frances, président de la FDSEA Dordogne est ferme, clair et précis, ce mardi-là, devant les quelque cinq tonnes de fumier que ses collègues agriculteurs viennent de déverser au pied des grilles de la Direction départementale des territoires (DDT), à Périgueux.
Il y aurait pourtant de quoi s’y perdre tant les thématiques de revendications sont nombreuses et variées. La nouvelle PAC est évidemment au cœur des discussions. « L’Union européenne doit assurer la réparation économique des conséquences de l’embargo », écrivent la FDSEA et les Jeunes Agriculteurs. « Économiquement, nous sommes en train de mourir. Nous voulons un allègement des charges, un plan d’action pour consolider les exploitations, un étalement de nos emprunts, une suppression des cotisations MSA », énumère Yannick Frances. Toujours dans le cadre de la PAC, le président de la FDSEA a rappelé qu’ils avaient obtenu de haute lutte un réglement en fin de cette semaine des acomptes des aides pour 95 % des dossiers concernés. « La PAC, on ne l’a pas demandée. Ce qu’on demande, c’est de pouvoir exercer une activité rémunératrice. Ce n’est pas le cas aujourd’hui, donc nous voulons que l’on nous paye ce qu’on nous doit », martèle-t-il.


Les zones vulnérables en plus


Pierre Leonard, quant à lui, embraye sur le cheval de bataille des Jeunes Agriculteurs : l’installation. « Pour l’instant, les dossiers d’installation sont gelés. On se retrouve avec des jeunes qui ne peuvent pas s’installer et des agriculteurs qui ne peuvent pas partir à la retraite. Tout ça parce que les décrets d’application des nouvelles réglementations ne sont pas sortis et qu’on est encore en négociation avec l’Europe. Ce qui reporte au minimum de six mois l’installation de nouveaux agriculteurs. C’est inadmissible. »
À bout de nerfs à force de devoir assumer des contraintes qui se multiplient et changent parfois d’une année à l’autre, les agriculteurs disent de plus en plus fréquemment qu’« ils n’ont plus rien à perdre ». La question des zones vulnérables finit de les énerver. « On a une ministre qui vient de nous pondre une nouveauté avec désormais 99 communes du département qui passeraient en zones vunérables à propos de la directive nitrates, en plus des 17 déjà existantes. »
Jean Barou est éleveur de caprin à Boisse. Il remarque : « C’est un secteur où il reste tout au plus une cinquantaine d’éleveurs. La plupart des agriculteurs font des céréales. Je ne comprends pas pourquoi on passe en zone vulnérable. D’autant plus que sur les trois points de pompage du syndicat d’eau, on est en dessous des seuils. »
La liste de leurs récriminations à la main, ils ont été reçus par le préfet. Les deux syndicats à l’initative de la manifestation, qui aura consisté à déverser du fumier pour le mettre à disposition du tout public, annoncent d’ores et déjà qu’ils seront présents avec l’ensemble de leurs adhérents, le 5 novembre, pour réclamer des réponses, lors d’un mouvement de plus grande ampleur. « Nous invitons tout le monde à venir avec des bennes de fumier, devant la préfecture. Avec un mot d’ordre : ne pas dégrader, ne pas casser, mais se faire entendre », lance Pierre Leonard.

 


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