Auteur : Nelly Fray
Publié : vendredi 18 juillet 2014

La ferme où les terres sont toujours en fleur

Imaginez une ferme où les champs, roses, bleus, jaunes, composent une toile impressionniste tissée à partir de fleurs sauvages. Vous rêvez ? Non, vous êtes chez Peter Esnault et Sylvie Audemard, apiculteurs professionnels à Saint-Julien-de-Bourdeilles.
C’est d’abord le terme « professionnel » qui a fait plaisir à la nombreuse assistance venue visiter les parcelles fleuries. « On commence à voir une génération d’apiculteurs qui, exploitant plus de 200 ruches, peuvent se dire professionnels et spécialisés en production de miel », s’est réjoui Michel Frugier, président d’Apidor, l’union des apiculteurs de Dordogne qui organisait la visite samedi12 juillet. « Nous en sommes très fiers car le plan départemental pour l’apiculture, qui aide notamment la mise en place des cultures mellifères, n’y est sans doute pas pour rien », se félicite à son tour Jean-Pierre Saint-Amand, vice-président du Conseil général.
En plus, Peter Esnault a mis la barre haut car, sur les 7 ha de sa propriété, la plupart des terres sont très peu profondes, sur du causse calcaire. Ici rien n’est irrigué et tout est en bio. « Ce sont les jachères fleuries qui restructurent le sol, en plus d’apporter un pollen diversifié », explique-t-il en préambule.

Diversifier les sources de pollen

En fait, il a créé des îlots sur ses parcelles où sont implantées différentes variétés de fleurs. L’objectif est d’étaler la période de floraison pour que les abeilles aient en permanence de quoi s’alimenter sans aller butiner dans les maïs voisins.
Alors, il faut faire avec la nature et être pointu sur le cycle végétatif des différentes espèces. L’apiculteur se fait aider par Olivier Auriol, des semences Tezier, pour le choix de ses cultures mellifères. Apportant tout ce dont ses abeilles ont besoin, il évite au maximum la transhumance, simplement organisée de façon ponctuelle pour répondre à une clientèle qui ne jure que par le miel d’acacia. Il gère un seul rucher fixe, dans la forêt de la Double, pour obtenir du miel de châtaignier. À part ça, tout est fait maison.
Alors, il faut ruser : parmi les espèces annuelles très florifères qui garantissent la qualité du fleurissement, donc du pollen, il faut accepter les invasives comme la carotte sauvage ou le chardon, mellifères elles aussi.
Par contre, il faudra gérer le salissement des terres, car des espèces peuvent prendre le dessus et étouffer les autres. Il faudra veiller à implanter des espèces qui se ressèment toutes seules et fleurissent tôt (la phacélie), mais aussi celles qui apportent un plus au niveau du miel, les plantes dites méditerranéennes sont ici privilégiées (thym, lavande, romarin...)  Il faut dire que le maître des lieux a par le passé travaillé en Ardèche.

Limiter les temps morts

En fait, les essais permettent de tester les variétés et les mélanges dans le but de réduire les temps morts. Ainsi, l’apiculteur a réglé la question du creux dans l’apport des pollens lorsqu’il n’y avait plus de tournesols à butiner : le chardon et surtout la marjolaine comblent le vide !
Il a testé avec succès le rôle du faux semis : il laboure, laisse les herbes pousser, les herse avant de semer ses variétés. Certaines parcelles sont implantées avec une seule variété très mellifère (comme la phacélie) mais à des dates différentes pour une floraison étalée. Pour des variétés encore plus tardives, Peter Esnault peut compter sur la grande consoude de Russie, une plante miracle selon lui que l’on peut utiliser en paillage, en purin, en faire des beignets et qui a l’immense avantage d’apporter beaucoup de pollen et de refleurir jusqu’à 4 fois par an.
Sur ses terres calcaires, il sait qu’il n’aura pas de problème avec le mélilot, bisannuelle blanche ou jaune, « qui prend le relais du châtaignier et de la ronce » et qui en a la rusticité. En plus, l’entretien est simple : il la broie à mi-hauteur et elle reprend force et vigueur.
En plus d’être gâtés par une météo qui, cette année, favorise la croissance des plantes, les apiculteurs de Dordogne se sont réjouis d’être les seuls en France à bénéficier, notamment pour leurs cultures à pollen, des soutiens du Conseil général. 

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