Auteur : Administrator
Publié : vendredi 22 mai 2015

 Une journée pour mieux produire oies et canards

Le lycée agricole de Coulounieix-Chamiers, la Ferme de l’oie de Coulaures et la Chambre d’agriculture de la Dordogne organisent une journée technique consacrée aux palmipèdes le 28 mai. Tour d’horizon d’une filière en pleine évolution.

L’enjeu

  • La production de palmipèdes et le gavage sont des pratiques traditionnelles du département.
  • Des pratiques qui ont beaucoup évolué, en lien avec la qualité du foie et le bien-être animal.
  • Tous les 2 ans, les professionnels font le point.

 Un bilan contrasté

2150 methanisation« Honnêtement, sur le fonctionnement, l’unité de méthanisation est déficitaire. En revanche avec la production d’électricité de nos panneaux photovoltaïques, ça s’équilibre », reconnaît François Héraut, responsable de l’atelier palmipèdes à foie gras du lycée agricole de Coulounieix. Lors de la journée des palmipèdes qu’il organise avec la Ferme de l’oie de Coulaures et la Chambre d’agriculture, le 28 mai, François Héraut présentera cette unité en service depuis avril 2013.
Après deux ans de fonctionnement, il est intéressant de tirer un bilan des résultats de cette unité qui est l’une des plus petites de Dordogne, soit 50 kW. Pour François Héraut, si on se contente d’un bilan chiffré, le résultat n’est pas équilibré. C’est en particulier le fait de la main-d’œuvre, sous-évaluée au moment de la mise en route du projet. « Nous avions prévu 0,2 UTH (unité de travail humain), en fait, nous sommes au moins à 0,5 », souligne François Héraut. En effet, un tel outil nécessite de la surveillance quotidienne et de la manutention, notamment dans le tri des déchets qui vont alimenter le digesteur : « il ne nous faut aucune matière inerte ».

Réduction des déchets

Bien sûr, ce bilan ne tient pas compte de ce qui n’est pas monétisable et qui, pourtant, a de l’importance. Le méthaniseur du lycée agricole fonctionne avec plusieurs sources. En premier lieu, les déchets de l’atelier palmipède comme les œufs non fécondés, le fumier et le lisier, les déchets d’abattage et les résidus de cuisson, mais aussi les restes fermentescibles des plateaux repas, les tontes des espaces verts de l’établissement. Cette collecte, c’est moins d’intervention de l’équarrissage, « on est passé de 8 000 e par an à 1 200 », c’est moins de transport routier, c’est l’eau chaude produite par le méthaniseur, etc. « Il y a donc une meilleure gestion des déchets, et des économies induites par ce qu’on ne dépense pas », précise François Héraut. De plus, au chapitre des bénéfices, on ne peut pas oublier l’impact sur l’environnement ainsi que la possibilité de mener une activité agricole dans une zone péri-urbaine. Par ailleurs, parce que tout outil nécessite d’apprendre à le maîtriser, le méthaniseur ne fonctionne aujourd’hui qu’à 92 % de sa puissance nominale. « La biologie est capricieuse mais nous avons des perspectives de reconquête avec les serres du Conseil départemental que nous ne désespérons pas de raccorder à notre réseau de chaleur que nous allons continuer d’améliorer et nous voulons diversifier la source de nos déchets », conclut François Héraut.

Lionel Robin


Pour les canards, l’éleveur et le paysage

2150 agroforesteriePatrice Taulou élève des canards prêts à gaver à Cendrieux. Membre de l’association Foie gras du Périgord et adhérent de la coopérative Terres du sud, il s’est investi depuis longtemps dans le développement de l’agroforesterie en élevage, qu’encouragent fortement les deux structures.
Installé depuis 1998 à Cendrieux, il élève 56 000 canards prêts à gaver par an, selon le cahier des charges de l’IGP Périgord, qui exige notamment que les animaux d’une même bande (8 000 dans son cas) soient rentrés et sortis en même temps. Les animaux disposent de 16 ha de parcours clos. « Dès 2001, explique
M. Taulou, j’ai planté des bosquets sur l’exploitation et les parcours. On ne parlait pas encore d’agroforesterie. Il s’agissait pour moi d’apporter de l’ombre aux animaux et de faire de l’intégration paysagère pour mon exploitation. » Une décision de bon sens qui débouche sur des résultats concrets. « J’ai vite constaté que je paillais deux fois plus souvent les bâtiments d’élevage qui ne disposaient pas de parcours avec bosquets », commente M. Taulou.
Aussi s’est-il investi dans l’agroforesterie en plantant des arbres en début d’année sur ses parcours.

Démarche réfléchie

Aujourd’hui, la démarche est réfléchie, souligne l’éleveur de Cendrieux. Les arbres sont plantés en alignement étudié, de façon à créer un sens de circulation pour les animaux, afin de favoriser l’exploitation de l’ensemble du parcours. Les essences – qui doivent être locales – sont retenues en fonction de la nature des sols et leur sensibilité aux fientes. Des arbres qui ne doivent pas être non plus néfastes aux canards (par exemple le châtaignier est exclu car les bogues pourraient blesser les animaux). Sur l’exploitation de Cendrieux, le choix s’est porté sur des chênes, noisetiers et autres érables, et sur les sols argilo-calcaires, des noyers ont été installés en alignement, avec des couloirs suffisamment larges pour qu’il n’y ait pas non plus d’ombre en excès et que l’éleveur puisse observer et surveiller les canards. L’entretien des parcours est aussi pris en compte, les végétaux ne devant pas être un frein à la mécanisation.
À la ferme de Cendrieux, la plantation de 200 arbres a eu lieu en mars dernier. Elle a été confiée à une entreprise spécialisée,
Patrice Taulou s’est réservé la pose des protections, afin de réduire les coûts. « Chez moi, le coût du chantier est un peu élevé parce qu’on s’y est pris tard. Rapidement, on devrait être à 20 e par arbre, tout compris », commente M. Taulou.
Pour ce chantier, il a bénéficié d’une subvention du Conseil départemental et d’une autre de sa coopérative Terres du sud.
« En tant que premier acteur de l’IGP Périgord, la coopérative nous encourage dans cette action. Nos exploitations doivent coller à l’image que l’on se fait du Périgord. Et en tant qu’éleveur, on améliore aussi son cadre de vie ».

Nadine Berbessou


EN CHIFFRES

  •  20 euros par arbre, achat du plant, plantation et protection compris

La gaine diffuseuse pour une ventilation maximale

2150 ambianceJérôme Defreitas pilote sa salle de gavage comme un avion. « Dès que les canards commencent à demander de l’air, au bout de trois repas, on met en service la ventilation en basse vitesse, à 30 % », explique ce jeune gaveur de Campagnac-lès-Quercy, tout en montrant le “tableau de bord” qui lui permet de faire monter en puissance le brassage d’air au fur et à mesure des besoins des canards.
Un équipement modulable qui fonctionne même à bas régime, c’est ce que promet Henri Catteau, commercial des ventes Sud-Ouest de JLC développement (Ille-et-Vilaine) qui a mis au point le Rondiplast, « la gaine diffuseuse conçue pour durer ».
Dans la salle de 1 000 places de Jérôme Defreitas, de gros tuyaux rigides encastrés sont placés au-dessus des cages collectives. Percés de trous, ils permettent une diffusion homogène de l’air.
« Avec la ventilation en cascade, il y a toujours des canards qui sont mal ventilés, en tout cas depuis qu’on est passé en cages collectives, c’est comme ça », assure l’éleveur.
Selon lui, le système de la ventilation en cascade (moteurs placés au-dessus des cages) était plus adapté aux cages individuelles. Il a aussi le désavantage d’être gros consommateur d’électricité. Jérôme Defreitas a comparé avec un voisin qui gave le même nombre de palmipèdes que lui : son système lui coûte 472 e par mois en électricité, quand la ventilation en cascade de son collègue dépasserait les 600 euros.

Résistantes, faciles à nettoyer

Un autre argument en faveur de la gaine diffuseuse rigide est défendu par Jean-Luc Garrouty, de la société STEA de St-Crépin-et-
Carlucet, qui a installé le système à Campagnac-lès-Quercy. « La particularité de ces gaines est qu’elles arrivent déjà soudées, l’installation est facilitée et il n’y a aucune perte d’air. »
Des gaines en polyéthylène qui, contrairement aux gaines souples en polyane qui n’auraient qu’un usage limité dans le temps, seraient très résistantes. Elles sont aussi faciles d’entretien grâce à un robot de lavage qui peut être vendu avec le Rondiplast, selon le commercial de JLC développement. « Nous pouvons concevoir le système à la demande pour l’adapter aux différents modèles de cages par exemple. »
Ce système de gaines rigides auraient donc toutes les qualités... excepté son prix. Elles coûteraient trois fois plus qu’une gaine souple. « Mais ça n’a rien à voir car il faut changer souvent ce type d’équipement qui ne peut pas se nettoyer et qui devient très vite un nid à
germes », plaide le commercial. Pour lui, l’éleveur, même s’il doit dépenser plus à l’achat, s’y retrouvera avec le Rondiplast... au bout de quelques années.

Trois phases de ventilation

Mais au fait pourquoi ventile-t-on ? À la Ferme de l’oie et du canard de Coulaures, station d’expérimentation des techniques favorisant la production de foie gras, on estime que l’ambiance des bâtiments tout autant que le confort thermique des animaux vont agir sur la qualité des produits. Le directeur Jean-Pierre Dubois préconise de régler le brassage et l’extraction d’air en fonction de la température et de l’hygrométrie, mais aussi en tenant compte du poids vif des canards et de la courbe de gavage.
Ainsi, les travaux de la station estiment qu’une bonne ventilation aura trois phases suivant le moment du gavage. La phase 1 est inférieure à 4 jours de gavage. La phase 2 tient compte du volume du repas et démarre quand on est à 400 g ingérés par repas. Enfin, la phase 3 est déclenchée à J-4 avant l’abattage.
Selon la Ferme de l’oie, ce n’est qu’à partir des phases 2 et 3 que le gaveur doit mettre en marche le brassage et l’extraction pour une ventilation optimale. « Mais attention, ceci n’est pas une règle absolue, quand il pleut et que l’air est saturé en humidité, il faudra activer le système plus tôt, la phase 2 sera alors anticipée. »
Une opération à moduler selon les températures extérieures et donc la saison. En hiver, les températures de consigne (6 à 11 °C) doivent être baissées pour que l’air se renouvelle. L’été, ces températures (8 à 13°C), toujours dépassées, doivent être rectifiées par l’accélération des vitesses de l’air en tenant compte de la courbe de gavage. Ces résultats seront présentés plus en détails lors de la journée technique du 28 mai.

Nelly Fray


De la ponte à l’oison

2150 parcoursL’oie avant l’œuf ou l’œuf avant l’oie ? Au couvoir de Prats-de-Carlux, tout commence... avant la ponte. Chez les cinq adhérents de la coopérative Périgord foie gras, détenteurs du cheptel de reproduction, on produit des œufs toute l’année. Une chose plutôt rare à en croire François De Bortoli, technicien au couvoir. « Il y a deux couvoirs capables de produire des oisons en dehors de la saison de reproduction de l’oie, soit de mars à juillet. »
Alors comment réunir toutes les conditions pour que l’oison, on ne peut plus fragile, puisse voir le jour toute l’année ? Grâce à une mécanique bien rodée et un suivi très rigoureux. À commencer sur le plan sanitaire. Ici on ne badine pas avec l’hygiène, pas question d’introduire des germes dans ce milieu confiné à l’atmosphère contrôlée. « On est un peu ici à la maternité des oies. » Sauf qu’ici, les bébés restent 28 jours dans leur coquille.

Réception des œufs à couver

Sur une année, 140 000 oisons verront le jour au couvoir de Prats-de-Carlux. Les adhérents collectent les œufs 2 à 3 fois par jour, ils sont aussitôt désinfectés avant d’intégrer le couvoir. Chaque mercredi, les deux techniciens du couvoir, salariés de la Coop Périgord foie gras qui a repris l’outil en 2013, préparent l’incubation en fonction des besoins commerciaux.
Les œufs peuvent être stockés sur des chariots, à condition d’être retournés (mécaniquement) toutes les deux heures. La machine imite ainsi le réflexe naturel des oies qui retournent leurs œufs dans le nid. Dès cette étape, la température (14°C) et l’hygrométrie (80 à 85 % d’humidité) sont hyper-contrôlées. Chaque œuf est tracé pour suivre le cycle de reproduction de l’oie à chacune des étapes.
Puis les chariots sont mis dans une sorte de couveuse artificielle, là aussi retournés toutes les 2 heures, dans un milieu qui s’approche le plus possible des conditions naturelles. Lorsque les œufs sont prêts à éclore, ils sont arrosés pour stimuler l’embryon.
Juste avant, a lieu l’opération du mirage. Il s’agit de passer en revue chacun des œufs à la fibre optique pour voir s’ils sont viables ou non et les trier. En moyenne, pour une oie grise en bonne santé, seuls 12 à 13 % de ses œufs n’arrivent pas au stade oisons. « L’éclosabilité, c’est-à-dire le nombre d’oisons par rapport au nombre d’œufs fécondés, est de l’ordre de 85 à 90 % », ajoute François De Bortoli.

L’incubation et l’éclosion

Dernière étape avant la naissance, la salle d’incubation est un milieu archi-contrôlé. Ventilée, équipé de systèmes pour chauffer, refroidir, brumiser... tout cela géré par un automate. C’est là qu’il est possible d’optimiser les résultats en garantissant à l’œuf les meilleures conditions pour l’éclosion de l’oison. Elle a lieu en fin de semaine, selon le planning du couvoir, du vendredi au lundi. Les techniciens se relaient pour avoir un week-end sur deux. Il ne faut pas se louper car, une fois nés, les oisons doivent rejoindre le milieu naturel le plus vite possible pour être alimentés, la réserve vitéline (du jaune d’œufs) ne suffisant pas longtemps à assurer cette fonction.
« Pour avoir de bons résultats techniques, il faut tout maîtriser sur un plan sanitaire et assurer le bien-être des oisons, ce sont deux paramètres indispensables », explique le technicien. Les oisons sont donc livrés aussi vite, dans des cartons de 40 places. Ils rejoindront les ateliers des éleveurs de prêts à gaver et gaveurs adhérents de Périgord foie gras, sur toute la France et même au Portugal. Ce qui implique que le couvoir est nécessairement agréé pour l’export.
Là commence une autre aventure, pas gagnée non plus. Le couvoir livre 2 % d’oisons en plus de la commande pour être sûr de compenser d’éventuelles pertes post-livraison.

Nelly Fray


PROGRAMME

La 21e journée palmipèdes, organisée par le lycée agricole de Périgueux, la Chambre d’agriculture de la Dordogne et la station expérimentale de Coulaures (Asseldor), se tiendra le jeudi 28 mai de 9 h 30 à 15 h 30 au lycée agricole de Coulounieix-Chamiers.
Cette journée aura pour thème : le système de production d’un foie gras de qualité.

  • 9 h 15-9 h 30

Accueil

  • 9 h 30-11 h

Première partie : Session plénière ; bien-être animal, actualité de la filière
- Mise en place des cages collectives ; état des réalisations
- Indicateurs de bien-être ; les enjeux
- La défense du métier de producteurs
- Charte “PalmiGconfiance”
- Guide élevage-gavage
- Environnement et parcours des plamipèdes

  • 11 h-13 h

Deuxième partie : Ateliers tournants ; focus sur trois étapes-clefs du système de production
• Atelier 1 : Le démarrage
• Atelier 2 : La ventilation des salles de gavage en parcs collectifs
• Atelier 3 : Appréciation et gestion de la qualité des foies gras de canard

  • 13 h-14 h

Repas

  • 14 h 30-15 h 30

Visite de l’unité de méthanisation du lycée agricole.

Renseignements :
• Lycée agricole de Périgueux - 05 53 02 62 47
• Chambre d’agriculture de la Dordogne - 05 53 45 47 50


Réussir le Périgord
7, rue du Jardin Public - BP 70165 - 24007 Périgueux cedex