Auteur : Nelly Fray
Publié : vendredi 27 mai 2016

Concours général agricole. Depuis 2014, les prairies permanentes sont en lice comme les vins, fromages, foies gras... Le Parc naturel régional Périgord-Limousin a réuni un jury d’experts pour noter cinq parcelles à Saint-Saud-Lacoussière.

Qui aura la plus jolie des prairies fleuries ?

Il ne s’agit pas vraiment d’un concours de beauté, quoique... Le Concours général agricole a souhaité, depuis 2014, ajouter une corde à son arc. En plus des produits de qualité, le CGA, dont les résultats sont connus lors du Salon international de l’agriculture à Paris, a voulu primer les prairies fleuries.
Évidemment, au contraire des viticulteurs, éleveurs, fromagers... qui envoient des échantillons pour qu’ils soient notés sur le salon, le concours des prairies fleuries demande de l’anticipation. C’est pourquoi, dans chaque département, des organismes ont la mission d’organiser le concours : incitation à participer, choix d’un jury d’experts, évaluation, synthèse et restitution...
En Dordogne, c’est le Parc naturel régional Périgord-Limousin qui s’est chargé de trouver des participants. Ils ont sensibilisé les agriculteurs ayant déjà contractualisé des mesures agro-environnementales sur le territoire du parc. Cinq Périgourdins ont bien voulu participer au concours. Et, jeudi 19 mai, le parc a réuni un jury d’experts pour évaluer les qualités écologiques et agronomiques des cinq parcelles puisque chaque exploitant ne peut pas présenter plus d’une parcelle.

Experts et observateurs

Qu’est-ce qu’une belle prairie ? Il y a fort à parier que les critères ne seront pas les mêmes selon les participants et les membres du jury. Pour Suzanna Ciscares, une éleveuse de bovins viande qui participe au concours : « Une belle prairie est une parcelle plate et carrée, facile à mécaniser, avec un point d’eau pour que les vaches puissent venir y boire ». Mais Laurence Vigier, conseillère de la Chambre d’agriculture, chargée d’évaluer les qualités agronomiques, ou Michel Teillout, apiculteur qui notait la flore pour ses atouts mellifères, n’a sûrement pas la même approche.
Parmi les experts qui ont eu à remplir la grille d’évaluation, on trouve aussi un chargé de mission du conservatoire botanique national, des écologues du PNR. Le jury est présidé par l’agriculteur Philippe François, maire de Firbeix, administrateur du PNR. Des observateurs éclairés accompagnaient le jury : Émilie Lagrande, chargée de la PAC et des aides environnementales à la Direction départementale des territoires, un botaniste, un conseiller de la Chambre d’agriculture de Charente.
Les opérations se sont déroulées sous l’œil vigilant d’Irène Dumont, chargée de mission agriculture et circuits courts au PNR, qui a également donné toutes les informations aux lycéens venus évaluer les prairies en tant que participants eux-mêmes au concours (lire ci-après).
Le lauréat, non connu à ce jour, participera au Concours général agricole en février 2017.


POINT DE VUE

2202 c devillegerCédric Devilleger, chargé de mission Natura 2000 au Parc naturel régional
Le PNR gère sur son territoire un programme agro-environnemental qui permet aux agriculteurs éligibles de percevoir des mesures agri-environnementales climatiques et système (MAEC et MAES). À ce jour, une trentaine d’exploitants se sont engagés. Parmi eux, nous avons sélectionné cinq exploitations ayant des prairies susceptibles de concourir dans la catégorie parcelle de fauche et de répondre aux critères de diversité des espèces floristiques. C’est un concours intéressant qui permet de communiquer sur le lien qualité des prairies - qualité des produits.


Parler de ses pratiques aux futurs agriculteurs

2202 pedagogieD’abord prendre des notes. Puis discuter avec les agriculteurs sur leurs pratiques, leurs choix culturaux. Comprendre. Évaluer. Restituer.
Les 25 élèves du lycée agricole de Limoges-Les Vaseix sont tout ouïe quand Suzanna Ciscares parle de son exploitation. D’abord, parce qu’elle est passionnée et qu’elle connaît son sujet. Ensuite parce que c’est une ancienne élève des Vaseix. Enfin, parce qu’ils veulent garder la première place au Concours général agricole puisque ce sont eux qui l’ont gagnée en tant que jury élèves l’an dernier.
Suzanna Ciscares cherchait une exploitation où s’installer après ses études au lycée agricole des Vaseix. Elle rejoint en 2010 une exploitation existante à Saint-Saud-Lacoussière dans le cadre d’un stage de parrainage et elle est aujourd’hui associée avec les propriétaires dans l’EARL Les Pradelles, seule des trois à être associée exploitante.
Elle gère un troupeau de 75 bovins limousins sur une surface de 95 hectares de prairies permanentes. Elle commercialise des broutards et des reproducteurs puisque 30 bovins sur les 75 sont inscrits au Herd-Book.
L’exploitation comprend trois sites, dont le plus éloigné est à 12 km du siège de l’exploitation. Ce qui exige de constituer des lots pour limiter les déplacements.

Autonomie fourragère

Son exploitation est extensive, avec un chargement de 1,2 UGB/ha, et elle est en totale autonomie fourragère. Ses animaux pâturent de début mars à décembre, « le plus tard possible », dit-elle.
À Saint-Saud, où se trouve la parcelle qu’elle a présentée au Concours général agricole, elle pratique le pâturage tournant car l’îlot de 9 hectares d’un seul tenant s’y prête. Surtout, s’y trouvent des points d’eau et un couloir de contention où piéger les bovins quand une intervention s’impose.
Les élèves ont posé des questions plus précises sur la parcelle fleurie présentée au concours. La parcelle est déprimée entre la mi-mars et début avril, « quand la météo s’y prête ». Ensuite, elle est fauchée début juin, puis pâturée. L’idéal est de faire une seconde coupe de fauche, mais là encore c’est le temps qui commande.
Sur ces parcelles, elle respecte le cahier des charges des mesures agro-environnementales système (MAES) qui ont pris la relève de la PHAE. Ce qui lui impose de limiter ses apports de fumier (10 t/ha/an) et elle n’apporte rien d’autres que de la chaux tous les deux ans. « L’irrigation, c’est le ciel qui s’en charge ». En revanche, elle passe la herse pour aérer cette prairie permanente depuis toujours, écraser les bouses et les taupinières.
Dans les années 1980, cette prairie était... le terrain de foot de Saint-Saud. Aujourd’hui, c’est une « parcelle-cible » pour les organisateurs du concours car elle comporte au moins quatre des vingt plantes à protéger sur ce territoire : rumex, oseille, marguerite, vesce.


L’ENTREPRISE

EARL Les Pradelles

  • à St-Saud-Lacoussière
  • 75 mères limousines, dont 30 inscrites.
  • Production : broutards, reproducteurs.
  • 95 ha de prairies permanentes

Réussir le Périgord
7, rue du Jardin Public - BP 70165 - 24007 Périgueux cedex