Auteur : Laetitia Lemaire et Nadine Berbessou
Publié : vendredi 22 juillet 2016

Depuis plus de trois décennies, c’est devenu le rendez-vous au cœur de l’été de l’agriculture périgourdine. Même si Terre en fête est organisé par les Jeunes Agriculteurs, l’événement n’en demeure pas moins ouvert à tous.

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L’enjeu

  • La manifestation est aussi le concours départemental de labour.
  • Les bénévoles s’activent pour que tout soit prêt le jour J.
  • Durant la dernière semaine de préparation, il faudra nourrir tous ceux qui travaillent sur le site.

Le monde agricole est toujours là

2210 festivitesL’an dernier, les quelque 120 bénévoles avaient dû céder leur repas pour que tout le monde ait à manger. Cette année, gageons que la grand-messe du monde (et de la jeunesse) agricole rencontre le même succès. Le comité organisateur des Jeunes Agriculteurs de Terrasson s’y est attelé et a concocté un programme très festif.
La journée de dimanche débutera par les essais de labour, en prévision du concours départemental qui se déroulera l’après-midi. Premiers sillons tracés et réglages à 10 h. À partir de 11 h auront lieu des démonstrations de tracteur-tondeuse, en même temps que la visite des officiels. À midi, repas champêtre avec produits locaux. « Fraises, fromage, pain, melon, tout est d’ici sauf les frites », s’enorgueillissent les organisateurs.
À 14 h débute le concours de labour avec, en lice, 14 participants.
À 16 h, arrivée des bandas sur le site, suivie, à 18 h, de la remise des prix du concours. Une demi-heure après, les Jeunes Agriculteurs se mettront en scène lors de saynètes humoristiques. À noter que la journée sera ponctuée de démonstrations de débardage avec les chevaux de trait de deux associations : Chevaux de trait et traditions et Trait du Périgord. La buvette mobile est également remise en activité ainsi que les jeux gonflables pour les plus jeunes.
« Nous avons fait une lettre ouverte à tous les riverains pour les prévenir et les inviter, explique Pierre Leonard, président des Jeunes Agriculteurs. Nous ne sommes pas là pour gêner mais juste rappeler que le monde agricole est encore là, bien vivant. C’est notre fête. »


« Le plaisir d’être acceptée dans le milieu »

2210 restaurationLes JA du canton de Terrasson, organisateurs de Terre en fête, ont confié à Christelle Sauvanet, productrice de canards à la ferme du Moulin haut, la tâche de nourrir les bénévoles la semaine précédant la manifestation. Une mission qui va lui occasionner du travail, mais qu’elle accepte avec beaucoup de plaisir. « Cela me donne l’impression qu’ils m’ont acceptée dans leur milieu », confie la jeune femme. Elle sait qu’elle peut aussi compter sur d’autres producteurs du secteur qui l’aideront à varier les menus, en proposant, à côté des produits de sa ferme, des volailles, des crudités, des fruits…

Soutien des JA

Installée depuis septembre 2015, avec pour seule production le canard gras, qu’elle achète en prêt à gaver, gave elle-même, fait abattre à Prats-de-Carlux et transforme dans son laboratoire à la ferme, elle a pris de plein fouet les conséquences de la grippe aviaire. Là aussi, elle souligne qu’elle a pu compter sur les JA, notamment Pierre-Henri Chanquoi. Les stocks de produits transformés qu’elle a constitués cet hiver vont lui permettre de passer l’été. En revanche, elle est dans l’expectative quant à l’arrivée de nouveaux canards PAG début août. En effet, son fournisseur, auquel elle est attachée pour le soutien qu’il lui a accordé dès son installation, se trouve dans le périmètre où a été détecté un nouveau cas de grippe aviaire dans un élevage avicole. Des analyses vont être pratiquées afin d’être sûr que les canards sont bien indemnes.
Beaucoup, dans la situation de Christelle Sauvanet, se laisserait aller au découragement. C’est mal connaître la jeune femme et son opiniâtreté. Pendant quinze ans, elle a occupé un poste à responsabilité dans une entreprise de mécanique aéronautique en Corrèze. Une activité dont elle s’est lassée au point de souhaiter entreprendre une reconversion professionnelle. Bien qu’habitant Terrasson, c’est par le site Le Bon coin qu’elle a su que la ferme du Moulin haut était à céder. Encouragée par son mari, Vincent, et ses enfants, Océane et Max, elle a entrepris les démarches nécessaires, travaillé trois mois durant en binôme avec le cédant pour se familiariser avec le gavage et la transformation.
Ses premiers mois d’activité sont encourageants. La période des fêtes a été meilleure qu’elle ne l’escomptait. Et elle ne manque pas d’idées pour développer la notoriété de sa ferme et les ventes.
La ferme est ouverte à la visite. Christelle propose aussi des plateaux de dégustation. Elle a également joliment redécorer la boutique de la ferme, en faisant le pont entre modernité et temps plus anciens. Elle a noué des liens avec des sites du secteur afin qu’ils communiquent son adresse à leurs clients.
Son objectif pour les mois à venir est de développer la vente en frais. Pour cela, elle a commencé à contacter des établissements scolaires du secteur auxquels elle pourrait fournir magrets et autres aiguillettes.


Ils visent un podium

2210 rencontreCe ne sont pas des perdreaux de l’année. Des concours de labour, malgré leur jeune âge, ils en ont déjà faits. L’an dernier, ils étaient à Sorbier, dans l’Allier, pour les cantonales. Ils y avaient fini troisième. À Sorges, lors du Terre en fête 2015, le binôme avait également concouru et fini à la quatrième place.
« Cette année, nous allons essayer de faire mieux et, ne serait-ce que ça, gagner une petite place. Ça nous permettrait d’atteindre le podium », sourit Steven Antonini, qui reconnaît ne pas faire ça pour la gloire. « L’important, c’est de participer. Je ne fais pas ça spécialement pour gagner. »

Au millimètre près

Cependant, avec son frère Loïc, il a beau être débordé en ce moment, comme tous les agriculteurs, il songe quand même à s’entraîner avant le concours départemental du dimanche 31 juillet. « On s’est un peu entraîné entre deux travaux sur l’exploitation, le soir, après les foins et les moissons. On s’entraînera aussi le week-end précédent. Et il y aura les essais le dimanche matin. »
Avec Loïc, c’est une équipe qui gagne. Steven est au volant du tracteur et Loïc à l’arrière pour vérifier la trajectoire du labour. « Ça se joue au millimètre près, confient-ils tous les deux. Pour ça, on s’entend très bien. On a l’habitude de travailler ensemble. Tout seul, ça ne serait pas faisable. À deux, c’est bien mieux. »
Comme pour bon nombre de participants au concours comme à la journée, Steven et Loïc Antonini vivront ça comme une grande récréation. Installé depuis l’an dernier en veau sous la mère, Steven a décidé de mettre un peu de côté les soucis de l’agriculture. « Pour une fois, on verra autre chose que des manifestations. »


POINTS DE VUE

2210 bousquetJean Bousquet, adjoint à la mairie de Terrasson-Lavilledieu
Quand on nous a dit que Terre en fête aurait lieu à Terrasson, nous avons été très contents. Finalement, ici, sur ce canton, il ne reste plus beaucoup d’agriculteurs. Ça se compte sur les doigts de la main. Mais ce sont nos racines à tous. Nous avons tous été plus ou moins paysans ou eu un membre de notre famille qui a été agriculteur. Et nous nous connaissons tous. C’est une bonne chose que cette grande fête ait lieu ici. Je pense que les riverains vont l’apprécier. C’est aussi une façon de revenir un peu aux sources. Même si Terrasson a beaucoup changé en quelques années, le monde agricole est ancré dans l’inconscient collectif.
Au niveau de la municipalité, nous avons tout mis en œuvre pour que Terre en fête se déroule de la meilleure façon possible. En termes de préparatifs, nous avons essayé d’aider au maximum les organisateurs. C’est-à-dire en mettant à disposition du matériel, tables, chaises, compteurs électriques. Tout ce dont peut disposer une mairie et dont on peut avoir besoin pour organiser un événement de cette ampleur.


2210 veyssetPierre Veysset, Jeune Agriculteur depuis 2003, bénévole
J’ai 34 ans. Je suis agriculteur sur Terrasson même, installé depuis 2003 en bovin viande et noix. J’avais déjà participé à l’organisation de Terre en fête quand c’était sur d’autres communes. Mais là, c’était d’autant plus important que ça se passe chez moi. On constate, dès la mise en place de l’événement, quand on se retrouve entre jeunes, à quel point c’est important d’être soudés. Nous le sommes pour le travail et pour les bonnes choses. Les agriculteurs sont de moins en moins nombreux. Si on ne travaille pas ensemble, on peut vite se retrouver isolé.
Terre en fête rassemble vraiment beaucoup de monde. D’ailleurs, ce ne sont pas que des Jeunes Agriculteurs. Ce sont les agriculteurs en général. Le jour même, il y a de tout, des agriculteurs venus de partout, des jeunes et des vieux. C’est un moment de détente et de fête.


Réussir le Périgord
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