Auteur : Valérie Hubert-Cassant
Publié : jeudi 27 août 2015

Sarlat. Les agriculteurs souhaitent une Politique européenne commune qui se traduirait par des charges égales et des prix de vente identiques à ceux de leurs concurrents. Ils ne peuvent plus se placer sur les marchés car leurs charges sont trop importantes.


« Si on ne vend pas plus cher, on meurt... »

2163 3 milieu DNeuf heures et quart, jeudi matin, Germinal Peiro, président du Conseil départemental et député de la Dordogne, a surpris les agriculteurs en arrivant pratiquement le premier sur le lieu de rendez-vous fixé pour la journée d’actions dans la ville de Sarlat. Les agriculteurs voulaient parler avec Stéphane Le Foll, c’est le préfet, Christophe Bay qui a fait le déplacement. Les agriculteurs ont finalement parlé au ministre par téléphone lors d’une table ronde improvisée à la sous-préfecture. Le soir même, un jeune agriculteur de la commune de Marquay a été placé en garde à vue pour des dégradations commises à la fin de cette journée d’action.
La journée d’actions lancée à l’appel de la FDSEA de la Dordogne et de sa section bovine, des Jeunes Agriculteurs et de la Fédération départementale des producteurs de lait (FDPL) a débuté jeudi 20 août au matin sur le parking du lycée Pré de Cordy à Sarlat. Une bonne soixantaine de tracteurs équipés de « remorques bien remplies » sont arrivés au compte-gouttes sur le parking, soit deux cents agriculteurs. Germinal Peiro était donc déjà là. Une heure plus tard, les soixante tracteurs ont convergé vers le supermarché Casino qui, selon les manifestants, vend du lait en provenance d’Allemagne. Les agriculteurs ont fait irruption dans le magasin avec un groupe de porcelets, ils ont pratiqué quelques vérifications sur les provenances des produits. Ils ont rempli plusieurs chariots de viande sous vide, de produits de salaison, de produits laitiers et de fromage qu’ils ont distribué aux automobilistes de passage sur le rond-point surplombant le supermarché.

« Germinal Peiro doit nous aider »

Avant de partir, les agriculteurs ont déversé une partie de leur rancœur sur les vitres à grands coups d’œufs, de fumier, de sacs plastiques, de terre, de branchages et de lisier, inondant ainsi une partie du parking. Les clients du supermarché ont assisté, médusés, à la scène. Ils étaient partagés. Certains soutiennent largement l’action des agriculteurs, d’autres pensent que la souffrance des manifestants ressemble étrangement à la leur et « nous, nous ne faisons pas tout ça... »
C’est devant la permanence du député, gardée par les gendarmes de la compagnie de Sarlat, que les manifestants sont venus interpeller l’édile : « Nous ne quitterons pas les lieux tant que nous n’aurons pas parlé avec Stéphane Le Foll en direct au téléphone », a clamé Pierre Veyssi, président intérimaire de la FDPL. En attendant une hypothétique conversation téléphonique avec le ministre de l’Agriculture, les manifestants ont dressé des tables et ont partagé un pique-nique devant la permanence. Ils ont reçu la visite impromptue de Jean-Jacques De Peretti, maire de Sarlat.

Le ministre au téléphone

Peu après, le préfet de la Dordogne, Christophe Bay, a fixé rendez-vous aux syndicats à 16 h à la sous-préfecture de Sarlat. Avant de quitter les lieux, les agriculteurs ont fait couler le lisier à flot dans la rue et ont bloqué les accès à la ville.
Certains tracteurs n’avaient pas encore « déchargé » leur marchandise, ils se sont rendus au magasin discount Lidl, et ont renouvelé la même opération qu’au Casino. Puis ils ont pris la direction du centre Leclerc.
Pendant ce temps, dans les bureaux de la sous-préfecture, une table ronde était organisée par le préfet de la Dordogne Christophe Bay, avec Germinal Peiro, les responsables des principaux syndicats et la sous-préfète de Sarlat. Après la réunion, Pierre Veyssi et Fabien Joffre, président de la FDSEA, ont fait un compte rendu aux agri-
culteurs : « Le ministre Stéphane Le Foll nous a parlé au téléphone. Il faut convaincre les pays européens de remonter les prix d’intervention. Il ne resterait plus qu’à convaincre l’Allemagne. On se donne trois semaines... S’il ne se passe rien, on ne sera pas gentils du tout. Quitte à mourir, on le fera avec les armes à la main ! »
Germinal Peiro a fait la promesse de pratiquer une reconquête locale des marchés en travaillant avec les cantines des collèges : « J’étais là avant, je serais là maintenant, au local, comme au national. J’ai souvent été très critique envers la grande distribution, mais il est évident que, depuis ces deux derniers mois, il y a eu une prise de conscience de leur part. Ils ont compris que s’ils ne permettaient pas de consommer français, les agriculteurs en mourraient. Le préfet s’engage à présider les cellules de crise. Faites absolument remonter ce qui ne va pas. »
Les agriculteurs présents ont applaudi mollement, tous sont dans l’expectative. Ils ne demandent qu’à y croire.

 


REACTION

 

Pierre Leonard
Président des JA Dordogne
2163 3 Pierre Leonard« Le jeune agriculteur qui a été placé en garde à vue en début de soirée déversait le reste de sa cargaison de lisier devant le supermarché Casino parce que nous lui avions demandé de le faire. Les gendarmes l’ont fait descendre manu militari de son tracteur et l’ont placé en garde à vue pour avoir commis des dégradations : une fenêtre cassée. A priori, cette fenêtre cassée se trouve à 50 mètres de l’endroit où était stationné notre jeune collègue lorsqu’il a vidé son tracteur. Alors que les gendarmes l’emmenaient, son jeune cousin a pris le volant du tracteur. Il a été arrêté et fouillé un peu plus loin par les gendarmes de Sarlat, soupçonné d’avoir volé des marchandises dans l’un des supermarchés ! Ce n’était pas le cas, bien sûr. Nous ne cautionnerions certainement pas du vol ! »  

 


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