Auteur : Nelly Fray
Publié : vendredi 1 mai 2015

Grand entretien. Le nouveau vice-président du Conseil départemental en charge du portefeuille agricole a répondu à nos questions sur ses premiers projets et sa vision de l’agriculture de Dordogne.

Un agriculteur aux manettes de l’agriculture

Vous êtes éleveur de bovins limousins à Coutures. Peut-on avoir les idées claires sur l’agriculture quand on est aussi investi dans une filière ?
Didier Bazinet, vice-président du Département, chargé de l’agriculture : J’estime que le monde agricole n’est pas assez représenté dans les assemblées publiques, au sein des communes, des collectivités. C’est important de s’engager pour défendre son métier, la ruralité. Je me suis installé agriculteur à Coutures le 1er jan-
vier 1984 en production bovine, pour produire du veau sous la mère et des céréales irriguées. Je me suis toujours investi dans des associations. En 2001, je suis devenu maire de Coutures, puis je suis rentré au Conseil général en 2004, réélu en 2011 et en 2015. Quand Germinal Peiro (président du Conseil départemental, ndlr) m’a proposé de succéder à Jean-Pierre Saint-Amand à la vice-présidence, j’y ai vu la possibilité de faire le lien entre l’agriculture, que je connais bien pour la pratiquer au quotidien, et le Département.

Votre vision de l’agriculture est forcément influencée par votre expérience d’agriculteur. Comment vivez-vous votre métier ?
D. B. : Je le vis bien tant qu’il y a de la solidarité entre les agriculteurs. J’ai de la chance, dans mon secteur, on s’entraide naturellement. Cela a été très important pour moi et ça l’est toujours. J’ai dû prendre un grand tournant il y a trois ans à la suite de deux abattages de mon troupeau pour cause de tuberculose bovine. La première fois c’était en 2006, la deuxième fois en 2012, j’ai décidé d’abandonner la production de qualité rémunératrice qu’est le veau de lait pour produire des broutards. Mon revenu a été divisé par deux, mais j’ai dégagé du temps. Pourtant, j’avais le terroir idéal pour produire de beaux veaux de lait, mes bâtiments avaient été mis aux normes. C’est comme ça.

Comment envisagez-vous votre mission, continuation ou rupture ?
D. B. : Je vais me servir de ce qu’a construit mon prédécesseur, tout en faisant évoluer les outils au service de l’agriculture. Je vais entreprendre une consultation des professionnels agricoles pour que l’on reconstruise ensemble les plans départementaux. Je ne veux surtout pas opposer les formes d’agriculture. Nous avons besoin d’une agriculture de production, génératrice d’emplois, mais nous devons aussi accueillir de nouvelles populations voulant s’installer sur des structures plus petites et écouler leurs produits localement. Nous devons trouver des solutions pour tous, notamment en matière de foncier où il y a trop de freins pour permettre d’installer des jeunes.

Avez-vous d’ores et déjà des pistes pour faciliter l’accès au foncier ?
D. B. : Je ne ferai des propositions que concertées avec l’ensemble des acteurs de l’agriculture. Mais je regarde ce qui se fait ailleurs. Je pense notamment à l’initiative de la Communauté d’agglomération de Périgueux qui a acheté le domaine du Chambon à Marsac pour y installer de jeunes maraîchers. Le Conseil départemental peut et doit encourager ce type d’initiatives. Les collectivités ont toute leur place dans le développement agricole. Je refuse qu’on enferme l’agri-culture dans un monde qui serait à part, replié sur lui-même. Je crois au contraire que l’agriculteur doit être au centre des innovations, des technologies d’avenir. Les énergies renouvelables sont une opportunité dont il doit se saisir. Certaines initiatives, comme le PER cuir pour n’en citer qu’une, n’ont pas été construites spécifiquement pour le monde agricole, mais l’éleveur y a toute sa place. Il faut poursuivre dans ce type de partenariats.

Le Conseil départemental aide directement les agriculteurs à se moderniser par les plans départementaux. Allez-vous maintenir l’effort budgétaire ?
D. B. : Il n’y aura pas de coupe sombre dans le budget accordé à l’agriculture, tout au plus des ajustements dans le sens d’une plus grande transversalité. Le Conseil départemental, même s’il n’a pas la compétence agricole, interviendra auprès des agriculteurs dans le cadre des solidarités territoriales. Le président Peiro a inscrit les actions en faveur de l’agriculture comme prioritaires. En 2015, sur le budget de 3 millions d’e prévu pour l’agriculture, 2 millions ont été inscrits pour les plans départementaux qui devront progressivement intégrer les problématiques de protection de l’eau et de l’environnement. Nous maintenons aussi notre soutien à la Chambre d’agriculture qui est en train de redéployer ses services sur le territoire. Je rencontre les élus et le président Jean-Philippe Granger le 5 juin prochain puisqu’il m’a invité à un bureau de la Chambre. Je ne vois pas comment nous pourrions remettre en question l’aide que nous lui accordons, c’est un soutien indirect à l’économie des territoires.

Finalement, vous êtes un agriculteur optimiste pour l’agriculture de son département...
D. B. : Attention, je connais les difficultés de tout agriculteur à qui l’on demande de s’adapter à une nouvelle PAC disons... complexe. Je sais le désarroi de certains agriculteurs confrontés à un grand tournant, je mesure la détresse de certains qui bossent parfois comme des dingues pour un revenu indécent. C’est insupportable. Maintenant, il faut prendre ce tournant qui s’impose à nous. Il faut arrêter la course à l’agrandissement, trouver des solutions pour partager le foncier. Nous ne réglerons pas nos problèmes seuls dans notre coin. C’est dans ce sens que Germinal Peiro va organiser cet automne des Assises départementales. Il faut que les agriculteurs y participent. Tout est lié. Notre territoire ne continuera à être attractif sur le plan touristique que si son agri-
culture est dynamique. Oui, c’est un message d’optimisme.

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