Auteur : Lionel Robin
Publié : vendredi 12 septembre 2014

À la fin du mois, la société Abo Wind présentera ses conclusions concernant la faisabilité d’un parc éolien sur le site Parcoul/Puymangou, l’un des quatre de la Double. Sur place, certains se mobilisent contre ce projet.

Les pales de la discorde

« Notre problème est que les arguments pour promouvoir l’implantation d’éoliennes dans la Double ne sont pas faux, mais ils ne sont pas vrais non plus », se désole Thierry Bonne, président de Asso3D, association de défense du val de Dronne et de la Double, opposée à l’étude en cours sur la possibilité de construire des parcs éoliens dans ce secteur (1).
Actuellement, sur l’ouest de la Dordogne, trois projets sont en cours portés par des industriels différents. Pour la Double, la société Abo Wind en est à l’origine et l’étude concerne huit communes : Parcoul, Puymangou, St-Vincent-Jalmoutiers, Servanches, Échourgnac, St-Aulaye, La Roche-Chalais et Eygurande-et-Gardedeuil.
Un projet de parc éolien comprend plusieurs étapes. Une étude de pré-faisabilité est suivie d’une étude détaillée. Le projet de la Double en est là, et c’est toujours une entreprise qui porte ces premiers pas, en l’occurrence Abo Wind. Cette étude doit valider la faisabilité du projet, notamment en ce qui concerne le gisement de vent et les études d’impact. Les élus sont consultés pour autoriser le lancement de l’étude et des réunions d’information doivent être organisées pour mener la concertation avec la population. « Pour nous, ces réunions menées par Abo Wind étaient surtout ouvertes aux élus et aux propriétaires de parcelles, avec des informations partielles », regrette Thierry Bonne.

Pour l’ouverture d’un débat
À l’issue de cette phase, le promoteur du projet dépose un permis de construire et une demande d’autorisation préfectorale. Ces autorisations obtenues, l’entreprise peut lancer la préparation du chantier, puis la construction et la mise en service du parc éolien. « Nous sommes contre le projet mais pour le débat, souligne le président d’Asso3D. Surtout, nous voulons rassembler toutes les informations utiles pour aider le préfet à dire non à ce projet ».
Parmi leurs arguments, les opposants s’appuient sur les promesses de bail obtenues auprès des propriétaires des parcelles susceptibles d’être retenues. « Pourquoi promet-on une location sur 18 ans plutôt que de les acheter moins cher, » s’inquiète Thierry Bonne. Selon Abo Wind et la réglementation, l’utilisation du foncier par un bail emphytéotique relève d’une négociation à l’époque du Grenelle de l’environnement entre les industriels et les syndicats agricoles pour éviter la spéculation sur des terres agricoles et qu’elles puissent retourner à leur vocation d’origine après démantèlement des éoliennes.
L’Asso3D estime que le travail préalable mené par Abo Wind relève de « la finance ». De fait, une fois les autorisations obtenues et le parc éolien construit, Abo Wind confie l’exploitation à une autre société, « il ne faut pas être dupe, c’est destiné à des fonds d’investissement ». Du côté d’Abo Wind, on se défend en expliquant que les sociétés d’exploitation peuvent être privées, comme des banques liées à l’environnement, mais aussi des régies d’électricité, des sociétés d’économie mixte ou des sociétés coopératives d’intérêt général où se retrouvent des particuliers, des collectivités ou des entreprises.
Bien sûr, et personne ne peut dire le contraire, les éoliennes ont un impact visuel sur le paysage. Beau ? Pas beau ? Utile ? Inutile ? Cela relève autant de la subjectivité de chacun que de ses convictions.

(1) L’opposition aux trois projets existants de parcs éoliens (La Rochebeaucourt et Champagne-et-Fontaines ; Cherval et Verteillac ; La Double) regroupe la Sepanso Dordogne, l’Acom 24 (chasseurs d’oiseaux migrateurs), l’Afaccc 24 (association française pour l’avenir de la chasse aux chiens courants), VMF Dordogne (Vieilles maisons françaises), la SPPEF (société pour la protection des paysages et de l’esthétique de la France), l’Association Patrimoine-Environnement, Asso 3D, AssoCEEP (citoyenneté environnement Périgord en Mareuillais et Verteillacois), et les collectifs Sauvegarde du Périgord (défense de la nature) et Force 9 (7 associations du sud Charente et 2 de Dordogne).

 


“L’éolien a évolué”

Benoît Clouet est le responsable du Développement Sud de la société Abo Wind.


Benoît Clouet, en tant que responsable développement Sud de Abo Wind qui porte le projet de parcs éoliens sur le secteur de la Double, pouvez-vous nous rappeler la génèse de ce projet ?

Benoît Clouet : Nous avons rencontré Jean-Jacques Gendreau au salon des maires en novembre 2012 et il nous a demandé si le secteur de la Double pouvait être favorable. À la suite de cette rencontre, nous avons défini quatre sites potentiellement intéressants, soit Parcoul/Puymangou,
St-Vincent-Jalmoutiers/Servanches /Échourgnac, St-Aulaye, La Roche-Chalais, Eygurande-et-Gardedeuil. Nous avons organisé une première réunion avec les maires concernés. À l’été 2013, nous avons fait un nouveau point avec les élus et décidé de poursuivre sur deux sites en priorité : Parcoul/Puymangou et St-Vincent-Jalmoutiers, essentiellement parce que ce sont les sites pour lesquels nous avons obtenu les réponses les plus rapides. Le projet de Parcoul/Puymangou est le plus avancé avec une présentation de nos conclusions à la population fin septembre/début octobre. Le dépôt du permis de construire et de la demande d’autorisation préfectorale devrait être fait d’ici la fin de l’année. À St-Vincent-Jalmoutiers, nous tiendrons une réunion publique mardi prochain, à partir de 20 h au foyer municipal pour présenter les résultats de l’étude.

Que répondez-vous aux opposants à ces projets qui estiment que la vitesse des vents des sites prospectés est insuffisante ?
B. C. : Ce n’est pas forcément la vitesse du vent qui est aujourd’hui le plus important. Ce sont les mâts de mesure de Puymangou et de St-
Vincent-Jalmoutiers qui nous donneront les bonnes indications. Néanmoins, les éoliennes ont beaucoup évolué, nous avons aujourd’hui de nouveaux modèles de 120 à 140 mètres au moyeu avec des diamètres de 110 à 120 m qui sont très efficaces. Sur le secteur de Parcoul/Puymangou, c’est sûr que nous n’installerons pas des éoliennes comme on en trouve en Charente. Ce seront plutôt des machines récentes qui montent au maxi à 180 à 200 m et assurent un vrai équilibre économique. L’avantage est qu’elles sont plus espacées les unes des autres avec une répartition différente, du coup, il faut moins d’éoliennes.

Une fois l’exploitation terminée, qu’en est-il du démantèlement des parcs éoliens ?
B. C. : L’exploitation d’un parc éolien est au minimum de 20 ans et nous espérons concevoir des parcs exploitables 30 ans. Le démantèlement est à la charge de l’exploitant. Dès le départ, une provision de 50 000 € par éolienne est faite pour en financer son démantèlement selon des critères techniques définis par la loi. Une étude danoise a démontré que le démantèlement d’une éolienne coûtait aujourd’hui 20 000 €. Il faut bien comprendre qu’acheminer une pale entière par convoi exceptionnel coûte beaucoup plus cher que de la démonter sur place, la découper puis de la transporter en camion vers un site de recyclage. Tout ce qui peut être recyclé, donc revendu, comme l’acier des mâts, l’est. Ce qui diminue d’autant la facture du démantèlement. De plus, l’énergie éolienne est aujourd’hui la seule qui comprend dans son prix de rachat son démantèlement par l’exploitant.

PROPOS RECUEILLIS PAR L. R.



EN CHIFFRES

  • 15 000 € par éolienne et par an de recettes fiscales au titre de l’Ifer (imposition forfaitaire sur les entreprises de réseaux) à répartir entre le Département et le bloc communal



POINT DE VUE

Jean-Jacques Gendreau, maire de Parcoul

2114 16 gendreauOn trouvera toujours des gens pour s’opposer à des projets comme celui de l’éolien. Mais il y a aussi une association qui y apporte son soutien, Double Énergie. Moi en tant qu’élu, je suis favorable aux études, surtout quand elles ne coûtent rien aux municipalités, dès lors qu’elles permettent de mener une réflexion sur des projets de développement. Si à la fin des études, les conclusions ne sont pas positives, ce sera la fin du projet. Évidemment, on peut toujours arguer qu’il n’y a pas assez de vent, mais tant qu’on n’a pas fait les études, on ne sait pas. Par ailleurs, je tiens à rappeler en tant qu’élu que, dans les projets de parcs éoliens, il n’y a aucune subvention ; ce qui n’est pas le cas, par exemple, pour la méthanisation à laquelle je suis aussi favorable. Les retombées fiscales sont aussi essentielles pour des communes rurales comme les nôtres. Alors que les dotations de l’État sont en baisse, refuser ces recettes possibles est une aberration. Enfin, concernant les paysages, je suis fils d’agriculteur, agriculteur moi-même et ma fille veut devenir agricultrice. Nous avons façonné les paysages par notre travail mais les paysages ne sont pas figés et ils appartiennent à tout le monde.

 

 


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