Auteur : Nelly Fray
Publié : vendredi 24 juillet 2015

Irrigation. Devant les difficultés à créer de nouvelles retenues d’eau, deux réseaux, celui Prats-de-Carlux et de Proissans, ont été connectés, pour ne plus pomper dans l’Énéa. Une solution dont les 120 irrigants concernés se félicitent aujourd’hui.

S’unir pour résister à la sécheresse

« Avant, il fallait faire des choix et sacrifier une culture, raconte Serge Devier, agriculteur à Proissans. Maintenant, c’est différent.»
Il n’est pas tombé une goutte depuis plus d’un mois et la réserve d’irrigation de Proissans est à son maximum. D’une canalisation, coule l’eau de la Dordogne. La rivière n’est pas vraiment à proximité et ce luxe aujourd’hui d’avoir de l’eau à volonté ou presque pour ses cultures est permis grâce à une connexion de réseaux.
Tout a commencé il y a une dix ans. Les années sèches se multiplient et les restrictions d’eau sont de plus en plus fréquentes. En particulier sur l’Énéa, vite asséché en été. Pourtant, une trentaine d’irrigants sur Proissans dépendent de ce cours d’eau. « On a commencé à étudier des solutions avec les irrigants du secteur », explique Laurent Coulaud, directeur de l’Adha 24 (association hydraulique agricole).
À l’époque, les irrigants penchent plutôt pour une création de retenue. « Dans ce secteur où il y a pas mal de zones protégées par des réglementations strictes, il n’a pas été possible de trouver un endroit pour créer ce type d’ouvrage », poursuit Laurent Coulaud.
Alors, commence à germer l’idée d’une alliance avec le réseau d’irrigation voisin, géré par le syndicat intercommunal (SI) de Prats-de-Carlux, mieux pourvu car prélevant l’eau de la Dordogne.

Indépendants mais connectés

La mise en réseau n’a pas été simple. Des résistances se font entendre, mais la solidarité l’emporte. Désormais, tout en restant indépendants, les deux réseaux sont reliés. Une liaison qui a généré un gros investissement de 350 000 e mais dont 75 % ont été pris en charge par la Région Aquitaine. Le reste est financé par les utilisateurs qui remboursent les amortissements, en plus de supporter les coûts de fonctionnement des réseaux. « C’est vrai, on a un peu plus de charges qu’avant, mais c’est le prix de notre tranquillité car on est sûr d’avoir de l’eau », précise Serge Devier. Et si l’an dernier, les irrigants n’ont pas pu réellement mesurer leur chance, cette année plus personne ne trouve que le prix à payer est trop cher.

Rapidité des démarches

Bénilde Hugon de Masgontier, chargée de mission à l’Adha 24, a réalisé l’étude audit diagnostic pour déterminer le projet. « À partir du dépôt du dossier, il a à peine fallu plus de 8 mois pour la mise en service, c’est évidemment beaucoup moins long qu’une création de réserve », explique-t-elle. Le projet a permis de réalimenter la réserve principale de Proissans avec un débit de 100 m3/heure, ce qui assure un approvisionnement de 130 000 m3 en 54 jours, puisés dans la rivière Dordogne, intouchée jusqu’à présent par les restrictions d’irrigation car régulièrement réalimentée par les barrages EDF. Il a fallu réhabiliter la prise d’eau et la station de pompage de Prats et relier les réseaux grâce à 3,5 km de conduites enterrées. Au prix de prouesses techniques : des stations de reprise ont été installées pour solutionner le handicap du relief.
 « Nous n’avions pas besoin de faire des travaux sur notre station, mais nous les avons faits quand même, par solidarité. Sans possibilité d’irriguer, il n’y a plus d’agri-culture », explique Bertrand Rouquie, président du SI de Prats. En cette fin juillet, la sécheresse est là, très inquiétante pour tous ceux qui n’ont pas ou plus la possibilité d’irriguer. « Nous aussi on en serait là si on n’avait pas fait ça », expliquent les agriculteurs de Proissans. 


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