Auteur : Nelly Fray
Publié : vendredi 21 novembre 2014

Crédit agricole Charente-Périgord. Pari gagné pour la banque qui a réuni, à Boulazac le 13 novembre, une grande partie des éleveurs des deux départements pour évoquer les pistes d’adaptation de la production laitière.


L’avenir de la filière lait, c’est maintenant


«Je crois à l’avenir à long terme de la filière lait. » Profession de foi d’un économiste de l’Inra à l’intention d’une filière en manque de repères et de perspectives. Par ces mots, Vincent Chatelier évoquait une sortie de crise de producteurs qui auront su et pu relever les défis qui se posent à eux en cette période de (bientôt) après-quotas. Ce sont ces défis qui ont été développés lors des Assises du lait, organisées par le Crédit agricole Charente-Périgord, jeudi 13 novembre à l’Agora de Boulazac, et qui ont réuni une grande partie de la filière lait.
Premier défi : passer le cap de la réforme de la PAC qui ne sera pas forcément favorable à la filière laitière. Les calculs de Gaëlle Regnard, directrice de l’agriculture à Crédit agricole SA, font apparaître une perte d’aides de l’ordre de 1 700 e par exploitation spécialisée en lait en Aquitaine. Moins que les exploitations céréalières (qui perdraient 7 100 e en moyenne) mais beaucoup plus que les filières viande, semble-t-il. Alors pourquoi continuer à produire du lait, alors que l’on va vers une suppression des outils de régulation dont l’étape majeure sera la fin des quotas à partir d’avril 2015 ?
Parce que la consommation mondiale de lait est en plein essor. Certains producteurs l’ont ompris et anticipé et, ce n’est pas le moindre des paradoxes, alors que le nombre de fermes laitières ne cesse de diminuer, la production se tient, voire augmente, les investissements se portent bien.

Explosion de la demande

Et malgré cela, « la production laitière a bien du mal à suivre l’augmentation de la demande », selon Vincent Chatelier.
La consommation de lait explose : plus 1,5 kilo par consommateur chaque année dans le monde (qui en absorbe en moyenne 109 kg par an.) Ces perspectives, ajoutées à celles de la croissance démographique, auraient de quoi redonner le sourire aux producteurs, y compris les Européens qui font partie des grands exportateurs de lait, plus particulièrement sous forme de fromages.
La France tire d’ailleurs son épingle du jeu puisqu’elle exporte surtout en Europe (Allemagne, Belgique, Espagne...), mais aui vers la Chine, l’Algéie, les États-Unis. C’est d’ailleurs avec les produits laitiers, avec les vins et spiritueux, qu’elle aurait connu la plus forte croissance et une balance commer-ciale positive de 3,5 milliards d’e. Alors qu’est-ce qui pèche ?

« Le lait va au lait »

On ne peut pas cacher l’envers du décor : de 700 000 exploitations laitières en France il y a quelques décennies à peine, on serait arrivé à... 68 000. Ce qui pose bien évidemment pas mal de questions aux politiques et décideurs qui doivent composer avec des choix territoriaux, économiques, environnementaux. C’est vrai au niveau de la France (qui se débat avec les conflits autour de la symbolique ferme aux mille vaches), c’est vrai au niveau de l’Aquitaine. Presque 20 000 fermes laitières au début des années 1980, 2 028 aujourd’hui et seulement 2,6 % du lait français réalisé dans cette région.
Le constat est vite fait : « le lait va au lait », résume Vincent Chatelier. Autrement dit, la production progresse dans les régions du nord de la France déjà grosses productrices, tandis que nous gardons des troupeaux de taille moyenne (53 vaches) et une référence qui plafonne à 209 000 litres. Pour les intervenants de la journée, un modèle a vécu, un autre est à inventer d’urgence.


 

Quels modèles, quels outils ?

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Perspectives. Le Crédit agricole et les partenaires de la filière, qui ont proposé des mesures d’accompagnement spécifiques à la production laitière, ainsi que de jeunes éleveurs, ont tracé les contours de la production de lait demain.

Plusieurs fois dans le débat, l’après-quotas a été envisagé non comme une misère de plus, mais comme une chance. « Nous allons passer d’une régulation publique à une régulation privée », a ainsi sous-entendu Gaëlle Regnard, directrice agricole du Crédit agricole. Et de citer l’exemple américain puisque, dans le cadre du Farm Bill 2014-2020, les USA ont su mettre en place des mécanismes assurantiels sous forme d’une assurance-marge : « les producteurs percevront des indemnités lorsque la différence de leurs prix de vente passera en dessous d’un seuil pendant deux mois consécutifs. »
La mise en place d’assurances privées a été citées à plusieurs reprises pour compenser la volatilité des cours, incontournables dans une filière comme le lait qui devra se passer désormais de tout outil de régulation.
Accompagner l’investissement dans un univers volatil est justement ce que propose le Crédit agricole Charente-Périgord qui a décliné ses mesures d’accompagnement (lire l’article p. 9 de Réussir le Périgord du 14 novembre). Des mesures d’autant plus nécessaires que l’embellie du lait, confrontée à une demande mondiale galopante, n’est pas espérée avant... au moins cinq ans. Auparavant, il va falloir passer le cap d’une nouvelle baisse des prix qui s’amorce en cette fin d’année. Ce qui faisait dire à un producteur dans la salle : « Moi, ce que je veux, c’est vivre de mon produit maintenant, pas dans cinq ans ».

Partir sur de nouvelles bases

Parmi les soutiens déclinés par le Crédit agricole, un accompagnement préférentiel des jeunes et le doublement du montant des prêts éligibles sont proposés. Ce sont d’ailleurs trois jeunes, de Dordogne, de Charente et du Maine-et-Loire, qui se sont exprimés à la tribune sur leur projet.
Maîtriser les coûts de production, arriver à une taille du troupeau en adéquation avec le nombre d’UTH car « être deux par poste pour partager le travail et garder du temps pour soi est nécessaire... », externaliser une partie du travail, quitte à faire appel à des auto-entrepreneurs, saturer l’outil de travail... font partie des points qui leur semblent non négociables. Des interventions très applaudies qui ont montré que les mentalités sont bel et bien en train d’évoluer. Avec des coûts relativement modérés pour acquérir du foncier (par rapport à d’autres pays européens), un niveau élevé de la consommation et une demande qui ne faiblit pas, ces jeunes Français souhaitent partir sur de nouvelles bases. Tous demandent aux entreprises de transformation et à leur banque de les accompagner à la hauteur de leurs ambitions.



POINT DE VUE

 


Antoine Van der Velden, éleveur à Lésignac-Durand (16)
2124 11 BAS PT DE VUEAvec mon frère, nous sommes en cours d’installation sur une exploitation laitière de 200 ha qui comptera 6,5 UTH. C’est une exploitation familiale et deux personnes extérieures nous ont rejoints. Nous produisons plus de
2 millions de litres de lait, une partie transformée, l’autre livrée à Terra Lacta. Nous avons aussi une ferme-auberge. Nous voulons augmenter la production, créer de l’emploi. Notre projet est de passer de 250 à 600 vaches. Le prix du lait actuel ne nous encourage pas, mais nous savons qu’il y aura des hauts et des bas. À nous de faire les bons choix pour développer notre entreprise.

 


Réussir le Périgord
7, rue du Jardin Public - BP 70165 - 24007 Périgueux cedex