Auteur : Agrapresse
Publié : vendredi 29 mai 2015

2151 dossier portrait

 


 La grande région en leader européen

L’Insee présente régulièrement le portrait des régions françaises. Mais pour la première fois, dans leur dernière mouture présentée à la mi-avril dernier, les statisticiens ont intégré la carte des 13 nouvelles régions métropolitaines telles qu’elles apparaîtront au
1er janvier 2016. Ils concluent que les nouvelles régions se ressemblent plus entre elles que les anciennes. En associant des régions riches à d’autres plus pauvres (Rhône-Alpes et Auvergne), des régions densément peuplées avec d’autres plus clairsemées (Nord-Pas de Calais et Picardie), le gouvernement a construit une carte de France plus homogène.
Ce constat vaut aussi pour l’agriculture ; à l’exception de la Corse et de l’Île de France, l’écart entre les PIB agricoles (valeur ajoutée réalisée par l’agriculture) des régions métropolitaines se réduit : si le PIB agricole de l’Aquitaine est aujourd’hui 9,5 fois plus important que celui du Limousin, celui d’Aquitaine Limousin-Poitou-Charentes sera demain “seulement” 3,5 fois plus élevé que celui de Provence-Alpes-Côte d’Azur.
De même, le poids de l’agri-culture dans le PIB est plus homogène entre régions. Si la part maximum de l’agriculture dans le PIB revient aujourd’hui à l’Aquitaine avec 8,7 % du PIB, c’est la région Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes, demain, qui détiendra le plus haut taux, avec seulement 4,1 %.

Premier chiffre d’affaires d’Europe

Une nouvelle hiérarchie des régions agricoles se dessine, dans laquelle les territoires élargis gagnent des rangs par simple effet d’agrégation.
Selon les dernières statistiques, Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes deviendrait la première région agricole française, au regard de la part du PIB issu de l’agri-culture, autrement dit son PIB agricole (6,4 Mrde) et de l’effectif d’exploitations agricoles présentes sur ses territoires (83 138). En termes de PIB agricole, elle devance Alsace-Champagne-Ardennes-Lorraine (5,2 Mrde) et Nord-Pas de Calais Picardie (3,6 Mrde). En nombre d’exploitations agricoles, elle devance Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées (78 329) et Auvergne-Rhône-Alpes (62 694). Les régions qui n’ont pas fusionné, comme la Bretagne et Pays de Loire, reculent dans la hiérarchie. Respectivement 3e et 4e en termes de PIB agricoles actuellement, elles perdront chacune deux rangs.
En termes de valeur produite (chiffre d’affaires), l’Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes devient, avec 11 milliards d’euros, la première région agricole européenne, portée par les céréales et la vigne, selon les statistiques d’Eurostats compilées par Agreste Aquitaine. Elle devance la Bavière, l’Andalousie et la Bretagne, et représente à elle seule 15 % du chiffre d’affaires de la ferme France, ou bien comme le souligne Agreste, le tiers de celui du Royaume-Uni, et le triple de celui de la Bulgarie.
La puissance de l’Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes tient à sa surface agricole utile (environ 3,9 millions d’hectares), la plus importante des nouvelles régions, devant Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées (3,18 Mha) et Alsace-Champagne-Ardennes- Lorraine (3,01 Mha). Selon Agreste Aquitaine, elle est à l’échelle européenne, la troisième région agricole en termes de surface agricole, derrière Castille et Leon (5,4 Mha) et l’Andalousie (4,4 Mha). En termes d’emploi, elle se situe, avec 130 000 UTA (unités de travail agricole), au premier rang français et au 18e en Europe. En revanche, en termes de charges salariales, elle est la première d’Europe avec 1 milliard et demi d’euros de charges, devant l’Andalousie et Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées.

Maïs et élevage allaitant, productions phare

Selon une compilation établie par la Chambre d’agriculture des Deux-Sèvres en mars 2015, la Bretagne reste la première région laitière de France en termes de vaches laitières, devant la Normandie et les Pays de Loire. Le 1er cheptel de bovins allaitants français est situé en Aquitaine-Limousin-Poitou Charentes (884 000 vaches). La première région céréalière serait Alsace-Lorraine-Champagne-Ardennes en termes de surfaces, devant Aquitaine-Limousin-Poitou Charentes et Centre Val de Loire.
Selon Agreste Aquitaine, la nouvelle région Aquitaine-Limousin Poitou-Charentes tiendra la première place française et européenne en matière de maïsiculture, avec un demi-million d’hectares, et la première place pour le tournesol en France, la seconde place en Europe derrière l’Andalousie. Elle détiendra le 2e vignoble français et 3e vignoble européen en surface, derrière la Castille et Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées. Avec un tiers du cheptel caprin et un quart du cheptel ovin français, elle est ex æquo avec Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées pour la valeur de production dans ces deux filières.
L’Île de France conserve une place à part dans le paysage agricole des régions françaises. La part agricole du PIB y est réduite à la portion congrue (0,1 %), ce qui est logique, à observer qu’elle détient la plus petite SAU des régions continentales (569 000 hectares), le plus petit effectif d’exploitations (seulement 5 000), ceci rapporté au PIB le plus important de France (près de 30 % du PIB national).
En somme, la nouvelle cartographie ne change pas la physionomie des exploitations françaises : sur les 515 000 exploitations agricoles recensées en 2010, un tiers sont localisées dans le quart Sud-Ouest (Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes et Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées). Les quatre régions du sud de la France (Paca, Languedoc Roussillon-Midi-Pyrénées, Auvergne Rhône Alpes et Aquitaine Limousin Poitou-Charentes) sont celles dont les exploitations sont de plus petite taille en moyenne (28 hectares en Paca, contre 113 hectares en Île de France).

2151 chiffres cles


Plus fortes pour négocier à Bruxelles

2151 regionsLes Régions sont devenues incontournables du développement agricole en France. Depuis le 1er janvier 2014, elles sont devenues les autorités de gestion du deuxième pilier de la Politique agricole commune, le Feader (Fonds européen agricole pour le développement rural). Ce n’est pas rien : il représente 23 % du budget de la PAC 2014-2020. Les vingt-deux Régions françaises ont la charge de distribuer ce financement européen sur les territoires pour le développement rural et agricole. La régionalisation de la gestion du budget européen est une option ouverte par Bruxelles depuis plusieurs années. Après d’autres États membres dont l’Allemagne, l’Autriche, les Pays-Bas… la France s’en saisit. Hanan Qazbir, enseignante en droit public à l’Université de Toulouse I Capitole, écrivait en 2014 : « Il est indéniable que l’Europe a favorisé et favorise la régionalisation en tant que déclinaison de la décentralisation ».
Régionaliser et suivre l’ambition européenne, oui. Mais l’État ne se détache pas totalement de la gestion du deuxième pilier de la Pac. Pour la première fois, sur la période 2014-2020, les Régions deviendront autorité de gestion d’une partie du budget européen. L’État a tout de même envoyé un “cadre national” aux Régions dans lequel il est précisé : « Certains éléments méritent d’être cadrés et harmonisés au niveau national. Ce cadrage national s’exprime en premier lieu naturellement dans l’accord de partenariat ». Dans les faits, Hélène Aussignac, en charge de l’agri-culture pour l’Association des Régions de France, témoignait début 2015 : « nous devons avoir plus de liberté. Nous devons pouvoir travailler sans passer par l’État ». Par ailleurs, le Feader doit être mobilisé en cofinancement. L’État peut être cofinanceur. Ce point est précisé dans le document de cadre national de la manière suivante : « pour la mise en œuvre des politiques nationales que l’État souhaite porter avec ses crédits, il intervient comme un potentiel cofinanceur».

Les Régions, mieux dotées

Concrètement encore, gérer le Feader, c’est produire un rapport de plus de 500 pages, appelé le Programme de développement rural (PDR). Il contient les mesures à mettre en œuvre sur les territoires et le fléchage du fonds. Autrement dit : il permet à Bruxelles de vérifier que le budget européen est bien utilisé dans les États membres. Ce “pavé” fait la navette, en général plusieurs fois et pendant des mois, entre l’autorité de gestion et Bruxelles qui valide ou non. Les Régions héritent ainsi de ce travail assumé par les services déconcentrés de l’État, depuis la création du deuxième pilier de la PAC en 1999. Cette nouvelle fonction s’accompagne aussi d’un budget, et pas des moindres. Le budget du Feader pour la France a augmenté par rapport à la dernière période passant de 6 à 11,4 milliards d’euros pour six ans. Et il est en hausse « dans toutes les Régions », relève Hélène Aussignac.
Outre la gestion du Feader, les Régions sont donc renforcées par la réforme territoriale. À partir du 1er janvier 2016, elles seront moins nombreuses et plus fortes. Les budgets ne vont pas fusionner pour autant, ni les PDR associés. La spécialiste précise qu’il est « inimaginable » de refaire des PDR avec les 13 nouvelles régions en pleine programmation. « Ce doit être opérationnel pour les agriculteurs », soutient-elle. Bruxelles est d’accord : de 2016 à la fin de la période de programmation, il y aura 22 PDR associés aux anciennes régions françaises, mais 13 régions créées par la loi française. Ces dernières auront tout de même du pain sur la planche. Les PDR peuvent être modifiés chaque année. « Au sein des nouvelles Régions, l’objectif sera d’essayer de les harmoniser tout au long de la période 2014-2020 », précise-t-elle. Le défi est de taille.


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