Auteur : Laetitia Lemaire
Publié : vendredi 24 juillet 2015

2159 crise

« Soit ça se débloque, soit on va crever »

Cela fait quatre heures qu’ils sont là. Réunis autour des Dupuy, père et fils, producteurs de lait à Bars, près de Thenon, une cinquantaine d’agriculteurs se sont rassemblés spontanément, mardi dernier, sans bannière syndicale ou politique, pour bloquer le site touristique de Lascaux, à Montignac. Dans la lignée de leurs collègues normands qui ont bloqué le Mont Saint-Michel, ils ont décidé ça la veille, tard dans la nuit. « Les gens qui sont ici n’ont plus rien à perdre. La preuve : nous ne les avons pas prévenus. C’est en entendant qu’on s’était mobilisés ce matin, à la radio, qu’ils ont choisi de venir, raconte Pierre Dupuy, père de Thierry Dupuy, le porte-parole de cette manifestation improvisée. Au-delà du symbole, ça touche la détermination des gens. Il faut que les politiques prennent conscience de la situation. On est au bout du bout. »
Quatre heures donc qu’ils sont là quand, enfin, un politique justement arrive sur les lieux. Pas n’importe lequel : le président du Département, Germinal Peiro. Et là, c’est tout le désespoir mêlé de colère qui s’est déversé sur ce premier interlocuteur. « Il va falloir que ça se débloque, hurle à moitié un jeune agriculteur de Sainte-Eulalie d’Ans. Là, on va crever. Alors soit on fait avancer la situation, soit on est prêts à en découdre. »

Du structurel, pas l’aumône

Pierre Dupuy, pas moins remonté, interpelle l’élu : « Vous êtes aux manettes pour pouvoir gérer la situation et parvenir à empêcher ce qui se passe aujourd’hui. Est-ce que vous, et vous seul, êtes en mesure de déposer votre tablier et de dire : “Je démissionne puisque je suis en train de flinguer tous les gens sur le territoire où je suis élu“ ? »
Chahuté, Germinal Peiro leur explique calmement que non, il ne peut pas faire ça, d’autant plus que « ça fait 20 ou 25 ans que je me bats pour l’agriculture dans ce département », qu’il veut bien « faire le facteur auprès du ministre, Stéphane Le Foll ». Lequel ministre n’a pour l’instant pas convaincu dans les rangs des laitiers, qui ont levé leur blocus mais manifesté hier une nouvelle fois devant Fromarsac. « Ce qu’il a annoncé, c’est tout ce qu’on ne veut pas. On n’a pas besoin d’euros de l’État. On veut des mesures structurelles, sur le long terme », a martelé Thierry Dupuy.


EN CHIFFRES

  • 30 à 40 000 euros de perte sur une journée pour Lascaux II, soit 2 à 3 000 visiteurs
  • 35 000 euros de perte par an pour une ferme laitière de taille moyenne


L'APPEL CITOYEN DE GERMINAL PEIRO

Lors d’une conférence de presse donnée dans la foulée de sa visite auprès des agriculteurs mobilisés lors du blocus de Lascaux II, le président du Département a lancé un appel très solennel. S’adressant à la sensibilité citoyenne de chacun, il a souligné l’importance de toujours favoriser le local. « La guerre des prix trouve ses limites aujourd’hui. Nous sommes tous consommateurs et citoyens. Il faut que tout le monde réalise qu’acheter est un acte citoyen. Les gens doivent savoir ce qu’ils veulent. S’ils veulent garder des agriculteurs dans leur département, ils doivent accepter de payer leur produit un peu plus cher. Il est important de privilégier les productions locales. La démarche a été entamée il y a déjà trois ans avec, par exemple, la création des labels “Lait de France” ou “Viande de France”. Mais ça ne fonctionne pas assez. » Il a également rappelé le rôle primordial des élus. « Nous sommes à cinq semaines de la rentrée scolaire, ils doivent s’organiser pour privilégier les achats locaux dans leurs cantines scolaires ».


Éteindre le feu avec des euros

2159 politiqueAlors que Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture, était dans le Calvados pour rencontrer les agriculteurs, mardi dernier, le gouvernement a choisi d’agir rapidement pour ne pas laisser le conflit s’enliser. Mercredi matin, le président François Hollande et le chef du gouvernement, Manuel Valls, finalisaient un plan d’urgence de soutien aux agriculteurs. Plan d’urgence de 600 millions d’euros dont 500 millions d’euros de reports (voir en page 8).
C’est par la voix du ministre de l’Agriculture que les mesures ont été dévoilées. L’État a notamment annoncé qu’il s’engageait dans « un travail de restructuration des dettes bancaires », avec les banques, de même qu’à un « report des échéances de paiement des derniers acomptes de l’impôt sur le revenu et sur les sociétés, voire une remise gracieuse des taxes foncières ».
Pour répondre aux besoins des régions touchées par la sécheresse et la canicule, le gouvernement envisage aussi la « mobilisation exceptionnelle » d’un fonds national de gestion des risques agricoles.

Gérer l’image et la promotion

Les 500 millions d’euros de reports concernent en fait des crédits bancaires de trésorerie pour permettre aux exploitations d’élevage de faire face.
Enfin, parce que la guerre d’image fait aussi partie des pistes explorées pour sortir de la crise, l’État continue de vouloir soutenir la promotion des filières. De fait, 10 millions d’euros d’aides seront distillés aux filières porcines, bovines et laitières pour les aider à faire leur promotion.


Réussir le Périgord
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