Auteur : Nelly Fray
Publié : vendredi 1 mai 2015

Partenariat. Les JA ont contractualisé avec une trentaine d’organismes professionnels pour des offres spécifiques aux nouveaux installés. Pour promouvoir cette action, ils ont invité signataires et futurs agriculteurs chez Pierre Leonard à Thiviers.

Les chartes pour l’installation réinventées

Les équipes des Jeunes Agriculteurs (JA) se succèdent, leurs actions restent. Ainsi, plusieurs générations de nouveaux installés ont pu bénéficier d’avantages grâce aux chartes pour les installations que le syndicat a créées en 1997.
En effet, les JA ont signé une trentaine de chartes avec des organismes professionnels agricoles (OPA), banques, coopératives, organismes de gestion... pour des remises, ristournes, suivis spécifiques du jeune qui vient de s’installer.
« À ce jour, 17 chartes sont à jour, une quinzaine sont à retravailler, et nous espérons prochainement signer avec 16 partenaires que nous avons identifiés », explique Pierre Leonard, président du syndicat. Si les chartes, dont les premières donnent des valeurs en francs, sont à réécrire pour les adapter aux
besoins d’aujourd’hui, elles sont toujours à mieux faire connaître. C’est la raison pour laquelle le président des JA a reçu, le 23 avril sur son exploitation à Thiviers, plusieurs des signataires, des nouveaux et futurs installés.
Assis sur des bottes de foin, présidents, directeurs, techniciens d’OPA ont pu donner leur vision des chartes, et les jeunes formuler leurs attentes, éventuellement leurs réserves.

Se faire aider ou pas ?
« Quand on débute, on a besoin d’appui, tout avantage, abattement et soutien sont les bienvenus. En plus, grâce aux chartes, on connaît mieux nos futurs partenaires en agriculture », explique Émilie
Soldat, installée en 2013 sur une exploitation en bovins viande.
Mais tout le monde ne semble pas prêt à se faire accompagner. Certains jeunes qui se préparent en passant un BPREA au CFPPA de Coulounieix-Chamiers ont fait part de leurs réserves. « C’est bien joli d’être aidé, mais est-ce qu’au fond on ne prend pas le risque de se voir imposer des contraintes, fiscales par exemple ? Et si on ne reste pas agriculteur, faudra-t-il rembourser les aides qu’on nous aura attribuées ? », s’inquiète une candidate à l’installation.
La rencontre des chartes pour l’installation, organisée donc pour la première fois chez Pierre
Leonard avec le soutien de la Banque populaire, avait justement pour but de lever certaines inquiétudes qui expliquent que tant de jeunes se détournent du parcours aidé à l’installation (lire ci-après).
Les signataires présents (Crédit agricole, Banque populaire, Crédit mutuel, Univia, Entrepreneurs des territoires, Agrobio, FDSEA, Chambre d’agriculture, DFP Nutraliance, Cer France, Cogedis, Sanders, Safer, Groupama, FD Cuma), dont certains re-signaient ce jour, ont présenté leurs avantages en faveur des jeunes. Ils s’agit aussi pour eux de se faire connaître et d’aider le vital renouvellement de générations. 



HISTORIQUE DES DISPOSITIFS

La 1re charte à l’installation voit le jour en 1997. Pour les candidats périgourdins, ce soutien vient compléter les dispositifs du parcours aidé avec la mise en place des prêts bonifiés en 1965 et la création de la dotation jeune agriculteur (DJA) en 1973. En 1981, l’étude prévisionnelle d’installation et, en 1992, le stage 6 mois deviennent obligatoires. Apparaissent ensuite la notion de diplôme minimum pour s’installer et les points info installation, toujours en vigueur. En 2009, le plan de professionnalisation personnalisée (PPP), le stage 21 h et, en 2012,  le plan de développement de l’exploitation (PDE) sont créés.  Les  prêts bonifiés et la DJA évoluent pour s’adapter aux taux du marché et aux besoins en trésorerie du jeune installé.

 


Évolutions. Le parcours à l’installation n’a cessé d’évoluer depuis la création de la DJA en 1973. Les Jeunes Agriculteurs ont revendiqué le nouveau parcours, mieux adapté selon eux à des candidats qui se détournent trop souvent des aides.

 

Projet professionnel, projet de vie

9 BASLe parcours du combattant : un avis partagé par tous ceux qui sont passés par les différentes étapes de l’installation aidée en agriculture. Alors, faut-il se passer des aides ?  L’an dernier, sur un total de 119 installations, 82 candidats n’ont pas bénéficié de la DJA. Parmi eux, 26 ont accédé à des fonds d’Initiative Périgord.
Sébastien Lechevalier, un des responsables des JA, a lancé le débat, piquant là où ça fait mal.
« Dites-nous si on continue dans cette voie, pour un parcours personnalisé, adapté à une grande diversité de profils, ou si ce qu’on fait ne sert à rien », lance-t-il à l’attention des stagiaires du BPREA venus à la journée organisée à Thiviers.
À sa question, pas de réponses formelles mais certains s’inquiètent de la lourdeur du dispositif, des contraintes inhérentes au parcours aidé. Un seul, Simon Tarrade, en cours d’installation, a fait son
choix : « La DJA, c’est de l’argent mis à notre disposition. On ne sait pas de quoi demain sera fait, c’est toujours ça de gagné. » En revanche, il regrette qu’il y ait « trop de papiers à faire ».
Les JA ont recensé quelques-unes des idées reçues sur ce parcours. Au cours d’un film, un jeune s’en prend à la conseillère du Point info installation l’accusant de ne soutenir « que les gros projets » parce qu’elle émet des réserves sur la viabilité du sien.

Du nouveau pour les jeunes
C’est pour s’inscrire en faux contre ce type d’idée reçue que des nouveaux installés ont témoigné  de leur parcours. Ainsi, Marie Griffaton, installée en poules pondeuses bio en 2011, a dit qu’elle se sentait un peu seule parfois, mais que son projet plutôt atypique avait reçu la considération qu’il méritait.
Clément Courteix, qui va rejoindre l’exploitation familiale dans le Ribéracois, explique que  le parcours est « mieux adapté aujourd’hui car il professionnalise les porteurs de projet ».
Ainsi, le changement du mode de calcul de la DJA, non plus versée en une seule tranche mais en deux fois, 80 % la première année, 20 % si le jeune atteint ses objectifs financiers, serait de nature à rassurer le candidat. « C’est une aide à la trésorerie ou à l’investissement, comme on veut, et on peut faire valoir les raisons climatiques ou autres qui auraient empêché l’atteinte de ces objectifs. »
Des objectifs qui sont vérifiés justement au cours du parcours de l’installation aidée, ce qui limite le risque. « Car, il ne faut pas oublier  que c’est d’abord votre projet, un projet de vie tout autant que professionnel, qui doit vous permettre de vivre de votre revenu », est intervenue Agnès Tesnière, du Crédit agricole.  Pour elle, les considérations sur les aides à l’installation doivent arriver dans un second temps, lorsque le projet est bouclé et que tout a été fait pour garantir sa réussite.

 


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