Auteur : Nadine Berbessou
Publié : vendredi 26 septembre 2014

La filière du cuir et du luxe en pleine dynamique

Le pôle d’excellence aquitain des métiers du cuir vient de franchir un pas avec l’ouverture d’une unité de formation à Thiviers. La filière donnera à voir l’étendue de sa diversité ce week-end à St-Junien, lors de la manifestation “Les portes du cuir”.

L'ENJEU

• De la tannerie à la chaussure de luxe, nombre d’entreprises liées au cuir sont présentes en Dordogne, Charente et Haute-Vienne.
• Cette filière vivante, diverse et représentant un chiffre d’affaires important est en train de se structurer pour se développer.

Vendredi dernier, Alain Rousset, président du Conseil régional, inaugurait le Pôle d’excellence aquitain des métiers du cuir à Thiviers. Un outil destiné notamment aux entreprises d’Aquitaine, du Limousin et de Poitou-Charentes.

Des formations au service de l’emploi local

14 int 2Cinq cents m2 de plateau technique permettant d’apprendre ou de se perfectionner dans les gestes des activités liés au cuir, un show-room présentant des produits finis, un espace découverte des métiers et une salle de séminaire composent le Pôle d’excellence aquitain des métiers du cuir et du luxe qui a été aménagé à Thiviers, dans l’enceinte du lycée professionnel Portes d’Aquitaine.
Ce nouvel outil a la particularité d’être interrégional, puisqu’il sera au service de la filière cuir d’Aquitaine, du Limousin et de Poitou-Charentes. En effet, ces trois régions comptent plus de 100 unités travaillant dans le domaine du cuir de luxe, avec un fort potentiel de développement, auxquelq il faut ajouter de nombreux ateliers d’artisans.
 Le centre de formation été inauguré vendredi dernier, par Alain Rousset, président du Conseil régional d’Aquitaine, en présence de nombreux élus et personnalités, dont Jean-Paul Denanot, président de la région Limousin, et Colette Langlade, députée et conseillère générale.
Cette réalisation, d’un coût d’1,5 million d’euros, a été financée par la région Aquitaine.
« Le projet est né avec l’entreprise Repetto, a expliqué le président Rousset. Basée à St-Médard-d’Excideuil, elle se développait à l’international mais ne pouvait pas recruter sur place faute de personnes possédant les savoir-faire nécessaires à son activité. Le risque était une délocalisation. Cette inauguration est une des manifestations la plus symbolique à laquelle il m’ait été donné d’assister. Elle est sans esbroufe et ne concerne pas des milliers de m2, mais c’est une des plus originales en France, basée sur une action interrégionale en faveur du développement économique ».
Le centre de formation de Thiviers s’adresse aux entreprises qui pourront venir avec leurs propres intervenants pour des sessions de formation en interne. Les besoins en formation ou en perfectionnement des salariés d’entreprises des secteurs de la chaussure et de la maroquinerie ont été chiffrés à 270 personnes sur trois ans.
Les structures qui ont des projets d’embauche recherchent des personnes ayant des compétences. Pour cela, des demandeurs d’emploi seront accueillis à Thiviers avant d’intégrer les entreprises. 330 devraient être formés sur 3 ans.
D’ores et déjà, à partir du 4 novembre, le groupe LIM auquel appartient CWD, spécialisé dans la sellerie de luxe à Nontron, s’est positionné sur 400 heures de formation pour des demandeurs d’emploi recrutés en contrat de professionnalisation. Ils alterneront des modules à Thiviers et en entreprise.

Démarche globale

À noter que l’internat du lycée met à disposition 30 places d’hébergement pour les stagiaires demandeurs d’emploi et de la formation continue.
Le centre de Thiviers est un outil qui entre dans un dispositif global : le Pôle d’excellence rural cuir qui a vu le jour en 2012.
Il s’agit de mettre en œuvre une dynamique dans laquelle sont associés tous les acteurs de la filière, éleveurs, abatteurs, tanneurs compris. Car il important de pouvoir fournir aux entreprises les cuirs de qualité nécessaires à leurs activités.


EN CHIFFRES

  • 103 entreprises potentiellement concernées par le centre de formation de Thiviers, elles représentent 4 876 salariés
  • 1,5 million d’euros investi pour ce projet par le Conseil régional d’Aquitaine

 La peau de poisson, une matière noble

Kristof Mascher, maroquinier installé à Fanlac, travaille le cuir de saumon et d’esturgeon qu’il utilise sur ses sacs, tableaux, ceintures... Il participe ainsi à redonner ses lettres de noblesse à un art ancestral venu de Sibérie.

15 intNos ancêtres se recouvraient de peaux de bêtes. Certains peuples indigènes de Sibérie faisaient de même avec de la peau de poisson qui avait l’immense avantage d’être étanche et très résistante.
Quelques siècles plus tard, des fanas de matériaux insolites redécouvrent le cuir de poisson, une matière souple et belle, mais difficile à travailler car les protéines de la peau fraîche se décomposent beaucoup plus vite que celles d’une peau de bovin par exemple. Alors, il faut la tanner vite et utiliser des matières extrêmement corrosives.
Un chercheur, Anatol Donkan, descendant lui-même de la tribu Nanaï en Sibérie, s’est penché sur la question. Les Nanaïs n’avaient pas de matières chimiques et pourtant ils tannaient le cuir de poisson de façon si efficace que l’on trouve encore dans des musées des vêtements taillés dans du cuir de poisson, à peine usés par le temps.
Anatol Donkan se met donc en tête de retrouver les techniques de tannage naturel des Nanaïs et de se les approprier dans son atelier en Allemagne. Alors, il parcourt les musées d’Europe pour redécouvrir cet art ancestral et... rentre en contact avec un autre amoureux du cuir : Kristof Mascher, maroquinier installé à Fanlac.

Un ancêtre ethnologue 

Kristof Mascher travaille le cuir. Son arrière-grand-père, commerçant en Sibérie pour une compagnie allemande, devait également avoir la passion du cuir puisqu’il a ramené de ses périples une collection entière de vêtements neufs portés par une tribu sibérienne taillés dans de la peau de poisson. Un déclic pour le chercheur-tanneur qui poursuit ses recherches en rencontrant l’arrière petit-fils de cet étranger commerçant-ethnologue.
Un déclic aussi pour Kristof Mascher qui décide de rejoindre Anatol Donkan dans ses efforts pour redonner vie à une pratique disparue. Donc, depuis une dizaine d’années, Kristof s’approvisionne chez Anatol Donkan en cuirs de poisson tannés avec des plantes. En effet, le chercheur a fini par redécouvrir le secret du tannage naturel dont il fait usage sur les peaux de poissons d’élevage, saumons et esturgeons. Il devient donc le fournisseur exclusif de l’artisan d’art de Fanlac.
Kristof a conscience de la noblesse du matériau utilisé qu’il incruste dans du cuir de vachette ou bien encadre comme une pierre précieuse, selon ce qu’il appelle « de la marqueterie de cuir ».

Transmettre... peut-être

C’est ainsi qu’est née la collection de créations de cuir de poisson, ceintures, sacs et porte-monnaie, étuis à manucure, mais aussi tableaux représentant des bancs de poissons ou des oiseaux... avec d’étranges effets de couleurs et de reliefs, signatures, selon l’artiste, de ce cuir tanné au naturel.
 Installé dans son atelier de poche à Fanlac, car l’artiste allemand est tombé amoureux il y a une trentaine d’années du Périgord et de ce village en particulier, Kristof travaille en toute tranquillité, entre deux voyages, son autre passion. Désormais, il confie le lieu à son fils, qui apprend à son tour le travail de maroquinier. « Bien sûr, je suis heureux de transmettre à mon fils l’art de travailler le cuir de poisson, mais il faut qu’il ait beaucoup de patience et qu’il vise l’excellence, c’est la condition pour vivre de son art. »
Depuis trois ans, l’artisan d’art ouvre son atelier-boutique aux visiteurs. Pas d’heure, ni de jour d’ouverture. Un simple panneau sur la porte de cet atelier discret indique que le lieu est ouvert ou fermé. Kristof vend peu dans sa boutique, mais « les gens reviennent après avoir visité, ils ont gardé dans l’œil la beauté et le luxe de cette matière noble et ­passent ­commande pour du sur-mesure qui durera vingt ans ». Il vend aussi sur des salons dédiés et sera présent le week-end prochain aux Portes du cuir à Saint-Junien, en Haute-Vienne.


 EN SAVOIR PLUS

Pour tout connaître de l’histoire du peuple indigène Nanaï et des recherches d’Anatol Donkan, on peut se référer au site commercial de Kristof Mascher (traduit en français) : www.fschleder-kreationen.com
Pour visiter l’atelier-boutique de Kristof Mascher dans le bourg de Fanlac, mieux vaut prendre rendez-vous au 05 53 51 85 44.


 Des sacs conçus et fabriqués en Périgord

 La jeune styliste périgourdine Alice Eyssartier vient de sortir sa troisième collection sous la marque Alice Eddell. Elle en a confié la réalisation à un artisan maroquinier de Castels, près de Saint-Cyprien.

16 int 1En créant ses propres lignes de sacs et accessoires fin 2012, Alice Eyssartier, styliste périgourdine, avait en tête une idée qui lui tenait à cœur : que ses créations soient “made in Périgord” à 100 %. Avec sa troisième collection*, celle de l’automne-hiver 2014-2015, c’est chose faite.
« Je suis originaire du Périgord, j’ai fait toute ma scolarité ici, j’y suis très attachée. Faire travailler des Périgourdins a pour moi une dimension humaine importante », argumente la jeune femme. Par l’intermédiaire d’une connaissance, elle a rencontré Laurent Nay, artisan maroquinier à Castels, près de Saint-Cyprien. C’est désormais lui qui fabrique les pochettes et autres sacs de la ligne Alice Eddell.
«  Nous nous sommes vus pour la première fois début 2014, et notre projet de collaboration a été lancé très vite. Nous avons d’abord travaillé sur les prototypes, et il a confectionné les modèles de la nouvelle collection en mars », explique Alice Eyssartier. Auparavant, elle faisait fabriquer ses produits par une usine au Maroc. « Même si je m’y rendais, je restais une cliente. Ici, c’est autre chose, c’est enrichissant, ce sont d’autres liens ».
Au final, ce choix du local ne lui revient pas beaucoup plus cher. En tant qu’autoentrepreneur, elle  ne récupère pas la TVA. Et faire venir ses produits du Maroc engendrait des frais importants en matière de taxes et de transport.

Le tout local

Elle ne se contente pas de confier la fabrication de ses sacs à un artisan local. Son site internet de vente a été conçu par son frère Thomas. Ses cuirs et tissus viennent de Javerlhac… et toutes les autres fournitures sont achetées ici. Elle est persuadée que pour une marque, afficher un total “made in France ou made in Périgord” est un plus.
Les tarifs qu’elle pratique – entre 90 et 150 e – relèvent de la même démarche. « Je ne voulais pas que mes créations fabriquées en Périgord soient inaccessibles pour les Périgourdins ».
Si Alice habite à Bruxelles la plupart du temps, elle revient en Dordogne où vivent et travaillent les membres de sa famille, pour des séjours de plusieurs mois. Elle a choisi la capitale belge parce que c’est là que vit Simon, son compagnon, et que la ville lui permet d’exercer son autre activité, celle de styliste en maroquinerie et chaussures en free-lance, avec des clients en Belgique, en France et en Suisse.
Elle a aussi lancé sa nouvelle collection à Périgueux début septembre, à la galerie Confluence(S). Avec succès puisque ses créations ont reçu un bel accueil avec plusieurs ventes à la clef.

Petites séries

Pour cette saison, elle propose deux séries qui se déclinent en une trousse et une pochette. La première allie cuir et tissu noir relevé d’un fil d’or. Le second est tout en cuir blanc, qu’Alice décore à la main d’une multitude de petites croix noires.
« Cette fois, j’ai fait le choix de réduire le nombre de modèles et d’exemplaires. Cela va me permettre d’en proposer un nouveau d’ici deux mois. Aujourd’hui, les clients se lassent vite, ils ont besoin de nouveautés plus souvent », précise-t-elle.
La styliste périgourdine participera pour la deuxième fois aux Portes du cuir (lire ci-dessous). L’édition 2013 à Nontron ne lui a laissé que de bons souvenirs. « C’était chouette. Il y avait beaucoup de monde. J’ai bien vendu. J’ai rencontré d’autres professionnels et des organisateurs de manifestations. J’ai eu de bons retours aussi bien en ventes qu’en contacts ».

* Vendue sur le site www.aliceeddell.fr et sur des sites de créateurs.


“Les portes du cuir” à Saint-Junien

Après un succès public à Nontron l’an dernier, la manifestation dédiée au savoir-faire du cuir se déroule du 26 au 28 septembre en Haute-Vienne.

16 int 2Après Nontron l’an dernier, qui avait accueilli plus de 5 000 visiteurs, c’est à Saint-Junien, commune de Haute-Vienne, que se déroulera la 2e édition des Portes du cuir, du 26 au 28 septembre. Avec une légitimité indiscutable, puisque la cité, ville gantière depuis le XIe siècle, développe le projet de cité du cuir depuis 2004. Un fonds important d’objets, d’archives et de documents ont été collectés afin d’illustrer les savoir-faire traditionnels de la mégisserie (industrie de transformation des peaux de petites tailles) et de la ganterie. Un réseau de personnes ressources, permettant de recueillir des témoignages d’anciens gantiers, couturières et mégissiers, s’est créé.

Cinquante métiers

Durant les trois jours, le public pourra découvrir une cinquantaine de métiers de la filière cuir.
Le salon accueillera des éleveurs, des professionnels métiers d’art, des industriels, des organismes de formation, des syndicats et associations liés aux métiers du cuir.
Des expositions-ventes, des démonstrations, des ateliers d’initiation, des conférences, des tables rondes et des projections de documentaires seront proposés tout au long de la manifestation.
Il sera ainsi donné à voir aux visiteurs des présentations de savoir-faire dans les domaines de la découpe du cuir, de l’assemblage en maroquinerie, ganterie par l’École cuir d’Hermès, de l’assemblage d’une chaussure de la maison Weston, ou encore le montage de pointe de l’entreprise Repetto.

Concours

L’exposition “Cognac en habit de cuir”, visible à la halle aux grains présentera les réalisations de 14 étudiants en formation maroquinerie, sellerie, stylisme et design, venus de toute la France. Ils ont relevé le défi d’habiller de cuir un flacon de Cognac de la Maison Rémy Martin.
Les visiteurs pourront également s’essayer au travail du cuir lors d’ateliers. Ils repartiront avec leur réalisation.
Plusieurs temps forts marqueront la manifestation. Parmi eux : une conférence professionnelle, la remise des prix du concours et la visite des officiels le vendredi. Samedi : conférence grand public sur la mode et l’innovation. En soirée, la troupe Vacarm présentera “ À fleur de peau”, sous forme de contes racontant l’histoire de la ville gantière de Saint-Junien. Le lendemain, dimanche, le public pourra assister à une conférence sur les métiers du cuir.

Association

L’association Les portes du cuir a été créée pour organiser la manifestation éponyme. Elle regroupe le Parc naturel régional Périgord-Limousin, et les communes de Montbron (16), Nontron (24), St-Junien et St-Yrieix (87). L’objectif étant de mettre en valeur les activités qui, de l’élevage à la transformation, en passant par les différents savoir-faire de l’artisanat, sont présentes en Charente, Haute-Vienne et Dordogne.


PRATIQUE

  • Les Portes du cuir auront lieu à la salle des congrès du Châtelard, à Saint-Junien. L’exposition “Cognac en habit de cuir” sera visible à la halle aux grains, en centre-ville.
  • La manifestation est ouverte de 10 h à 18 h, jusqu’à 19 h le samedi.
  • Entrée : 3 euros par personne, pass 3 jours : 5 euros. Gratuit pour les demandeurs d’emploi, les bénéficiaires du RSA et les moins de 16 ans. L’exposition “Cognac en habit de cuir” et le spectacle “À fleur de peau” sont en accès libre.

• Renseignements : 06 85 96 50 60 ou 05 55 43 06 90.


Réussir le Périgord
7, rue du Jardin Public - BP 70165 - 24007 Périgueux cedex