Auteur : Nelly Fray
Publié : vendredi 17 février 2017

Tuberculose bovine. Présente depuis 14 ans en Dordogne, la maladie des bovins tendait à se tasser, jusqu’aux prophylaxies 2016-2017 où elle flambe à nouveau. Une réunion a fait le point mardi dans la commune la plus touchée.

Déjà neuf foyers déclarés, sept à St-Saud

« On n’est qu’en février, à mi-parcours de la campagne de prophylaxie, et déjà neuf foyers ont été déclarés positifs à la tuberculose bovine et vingt-deux, pour lesquels les analyses sont en cours, sont potentiellement atteints. » C’est sur ce constat amer que Franck Martin, chef du service santé animale à la DDCSPP (direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations) a ouvert la réunion, le 15 février à St-Saud-Lacoussière.
Une réunion voulue par l’administration et le groupement de défense sanitaire du bétail (GDSB) pour informer les éleveurs de la marche à suivre face à la recrudescence des cas de tub. Face aux représentants de l’État, nombreux à la tribune, aux président et directeur du GDSB, quelque 80 éleveurs du coin, plus des représentants de la Fédération des chasseurs.
Beaucoup de ces éleveurs sont de St-Saud : sur les neuf foyers avérés, sept ont été découverts sur la commune. Certains ont déjà subi, parfois deux fois, les mesures imposées pour lutter contre la maladie. Ils n’en peuvent plus et disent haut et fort ce qu’ils pensent de l’impuissance des acteurs sanitaires à régler un problème avéré depuis 2003 en Dordogne.

Un cerf contaminé par la tub

Ils pointent en particulier le « laxisme » dans le suivi de la faune sauvage. Certes, des prélèvements sont faits par les chasseurs pour analyser le gibier, mais ils seraient laissés au bon vouloir des sociétés de chasse. « Nous, on demande l’égalité des traitements, que vous fassiez autant d’analyses sur la faune sauvage que vous en faites pour rechercher la maladie dans nos troupeaux », lance l’un d’eux.
Le sujet est sensible depuis longtemps. Encore plus depuis qu’un cerf a été découvert malade de la tuberculose bovine à St-Saud. « Cela ne s’est pas produit depuis six ans et la découverte d’un cerf contaminé à Paussac », précise Franck Martin. Une preuve de plus, pour les éleveurs, que « quand on ne cherche pas, on ne trouve pas ».
Le plan Sylvatub, mené en coordination avec la Fédération des chasseurs, devrait être renforcé. Le président de la fédération, Michel Amblard, a souligné que les surveillances demandées avaient été respectées « dans la mesure de nos moyens ». Dans la salle, les éleveurs ont fait savoir qu’ils voulaient des résultats, pas des enquêtes.

Toutes les pistes à étudier

La DDSCPP, qui ne veut exclure aucune piste, a renforcé tous ces critères de ciblage. Elle annonce que 120 suivis seront mis en place sur la commune et son voisinage immédiat. Les troupeaux qui pâturent “fil à fil”, à proximité d’un cheptel contaminé, seront classés à risque. « À ce rythme, il est possible que tous les cheptels de la commune passent en suivis renforcés dès l’an prochain », annonce Franck Martin, ce qui fait grincer des dents dans la salle. « Vous nous tuez économiquement plus que la maladie elle-même », s’étrangle un éleveur. « Pourquoi devons-nous payer de notre poche les coûts d’une prophylaxie obligatoire, décrétée par l’État pour préserver l’intérêt public ? », dénonce un autre.
D’autres pistes seront suivies : l’eau d’abreuvement des bovins sera contrôlée pour voir s’il y a une incidence avec la maladie. Dans la salle, Ludovic Beert, vétérinaire à Thiviers, intervient pour demander au GDS de se pencher sur le rôle de l’immunité des bovins.
« Je m’étonne, dit-il, que l’épizootie progresse en Dordogne et que, dans les élevages, la contagion ne se propage pas à plus d’un ou deux bovins à chaque fois. »


Cinq facteurs de risque identifiés

10 basBiosécurité. Au cours de la réunion à St-Saud, Patrick Bardoux, directeur du Groupement de défense sanitaire du bétail, a listé les pratiques susceptibles de jouer un rôle déterminant dans la propagation de la tuberculose bovine.

 

La biosécurité, longtemps qu’on en parle. Le directeur du GDSB, Patrick Bardoux, a quand même souhaité y revenir au cours de la réunion à St-Saud-Lacoussière pour être bien sûr que ces mesures destinées à prévenir la propagation de la tuberculose bovine dans les élevages étaient bien appliquées. « Car, dit-il, on n’arrive pas à comprendre pourquoi, sur une même zone, avec une pression faune sauvage identique, certains cheptels sont infectés et d’autres pas. »
Une enquête menée par l’Anses en 2014-2015 a permis d’identifier cinq facteurs de risque qui jouent un rôle dans la transmission. Le tout premier, en termes d’importance de son rôle dans la propagation du virus, est le contact direct entre bovins de cheptels différents. Ce facteur multiplie même le risque de contamination par 6,8 selon l’Anses, et il expliquerait aussi comment se propagent d’autres maladies dans les cheptels, l’IBR, la BVD...  La pose d’une double clôture et le pâturage alterné élimineraient ce risque.

L’eau, deux fois à risque

Les points d’eau où s’abreuvent les bovins doivent également être surveillés car, partagés entre plusieurs cheptels, ils multiplient le risque de contamination par 3,4. Mais l’eau pourrait également contenir des micro-organismes susceptibles de contaminer les bovins. Du moins, cette hypothèse est à l’étude depuis cette semaine. L’idéal serait sans doute de pouvoir aménager des points d’eau naturels propres à chaque troupeau.
« Mais la loi sur l’eau ne nous aide pas pour lutter contre ce facteur de risque », remarque Nicolas Robert, président du GDSB.
Le troisième facteur de risque, consistant à acheter de l’herbe sur pied, est peu présent dans notre département. En revanche, le prêt de taureau et l’achat d’animaux contaminés, d’autant que les tests à l’introduction ne sont plus obligatoires (mais doivent être exigés par l’acheteur...), sont des pratiques courantes qui peuvent jouer sur la contamination.
Enfin, le fait d’élever dans des bâtiments isolés, plus fréquentés par la faune sauvage, augmente de 2,1 le risque. Un risque minimisé selon les éleveurs et qui a relancé le débat houleux.


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