Auteur : Alexandre Merlingeas
Publié : vendredi 15 novembre 2019

Parcours. Jean-François Fruttero préside la MSA Dordogne Lot-et-Garonne depuis plus d’un an. En parallèle, il gère le Château les Justices, à Sadillac, où il produit les différentes couleurs des vins de Bergerac.

À la vigne comme à la scène

Quel a été le parcours professionnel qui vous a amené à vous installer sur le vignoble familial ?

Jean-François Fruttero : J’ai fait des études d’œnologie au lycée agricole à Blanquefort. Je me suis installé sur l’exploitation familiale en 1997. On a créé un Gaec avec mes parents, Jean-Pierre et Ginette. J’ai vinifié ma première récolte en 1998. L’exploitation était adhérente à la cave de Sigoulès. Lors de mon installation, pour des raisons philosophiques, j’avais envie de faire mon métier jusqu’au bout. On est sorti de la cave coopérative et j’ai créé ma structure de vinification pour concevoir mon vin. On avait 30 ha de vignes. Aujourd’hui, on compte 45 ha et je suis seul en Earl avec du personnel. On a restructuré le vignoble. Je travaille en agriculture raisonnée. Je prépare la démarche HVE 3 dont j’ai suivi la formation. Le commerce en grande distribution le demande. On produit toute la gamme des vins de Bergerac : rouge, blanc sec, moelleux et rosé. On le commercialise sur le marché intérieur, principalement en grande distribution, avec un peu de vente à la propriété, quelques foires et salons. Je vends aussi une partie à l’exportation, principalement en Belgique et en Europe du nord. Le reste est vendu en vrac.

Vous avez vu l’évolution de votre métier et des vins de Bergerac depuis plus de 20 ans.

J.-F. F. : On a connu une véritable montée en qualité avec le travail et la passion des viticulteurs. Les pratiques ont évolué, l’œnologie en particulier, mais aussi le travail du chai et l’outillage. Maintenant, la suite de cette évolution est liée aux questions environnementales. Il faut rester lucide par rapport à cela. Derrière, il faudra de la valorisation. Pour revenir à la HVE 3, on voit que, même pour des ventes en vrac, les négociants nous demandent cette certification. 

 Vous vous êtes aussi impliqué dans les instances professionnelles des vins de Bergerac.

J.-F. F. : J’ai été président de la Fédération des vins de Bergerac de 2013 à 2017. C’est important de connaître la filière, de l’animer et de la faire vivre. C’était une très belle expérience. Après, il faut aussi que ce soit des responsabilités tournantes. En quatre ans, on a fait pas mal de choses. On a réussi à réunir les interprofessions et les ODG des vins de Bergerac et de Duras. On a mené un beau projet. Moi, j’ai beaucoup travaillé sur le rapprochement des ODG puisque j’en présidais un. Et puis, il y avait le volet accompagnement et
soutien des viticulteurs lors des aléas climatiques. Aujourd’hui, je suis simple administrateur à la Fédération des vins.

 Avec du recul, comment percevez-vous l’évolution et l’avenir des vins de Bergerac ?

 J.-F. F. : Je pense qu’on a un vignoble à taille humaine et suffisante. On peut continuer à exister sur un certain nombre de marchés. Il y a une carte à jouer avec une qualité des vins globalement bonne. Notre encépagement est varié avec de nombreuses possibilités de produits. Le commerce reste quand même compliqué. Le marché du vrac est un peu atone. On est dans l’attente du nouveau millésime. La récolte 2019 est de qualité. Elle n’est pas pléthorique. Je n’ai pas entendu dire qu’il y ait de très gros stocks. Cela peut permettre de lancer le millésime de façon optimale. Il faut aussi que l’économie suive l’évolution des pratiques environnementales car cela a un coût. 

Comment avez-vous franchi le pas de votre activité viticole à la MSA ?

 J.-F. F. : J’ai commencé à être élu en 2015. C’est une fibre personnelle et le fruit de rencontres. J’ai eu l’occasion de cotoyer Claudine Faure. Je la connaissais depuis longtemps puisqu’on était élus à la Chambre d’agriculture au début des années 2000. On a appris à se connaître. C’est naturellement qu’elle m’a mis un peu dans le bain. Tout est lié. Les responsabilités que j’ai eues dans la filière viticole sont aussi liées à l’accompagnement que l’on veut faire des filières et des hommes qui les composent. Mes responsabilités à la MSA ont plus un caractère social. C’est très enrichissant. Je pense que la MSA à une carte essentielle à jouer sur l’animation des territoires. Nous sommes présents sur tous les cantons par un réseau d’élus. C’est le pouls des territoires avec des sentinelles attentives à ce qui se passe sur leurs secteurs. 

Quel regard portez-vous sur cette première année de présidence, à la tête de la MSA Dordogne Lot-et-Garonne ?

J.-F. F. : Il faut prendre ses marques en arrivant en cours de mandat. C’est un apprentissage à réaliser. J’étais déjà administrateur central au niveau national. J’avais des automatismes. Là, on est directement confronté aux réalités du terrain. Le conseil d’administration a encore un rôle dans notre institution avec un réseau d’élus. C’est appréciable. 

Est-ce plus difficile aujourd’hui de concilier votre activité professionnelle avec ces nouvelles responsabilités ?

J.-F. F. : C’est une organisation à mettre en place. Quand je présidais la FVB, la charge était un peu du même ordre, peut-être un peu moins. Par ailleurs, il y a une équipe à la MSA. Je ne vais pas partout. Il y a des délégations et des gens fléchés pour me remplacer. Je suis partisan du partage des tâches de façon que chacun puisse vivre son mandat. On a un staff administratif compétent à la caisse qui nous accompagne. C’est très variable mais, en moyenne, la MSA m’occupe deux jours par semaine. On est sur une caisse bi-départementale. J’ai la chance d’être bien placé à Sadillac parce que je suis à peu près à égale distance entre Agen et Périgueux. 


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