Auteur : Laetitia Lemaire
Publié : jeudi 31 octobre 2019

Installation. La 3e édition de la rencontre sur les financements innovants a mis en lumière l’importance de travailler en collaboration avec les filières agricoles, dont les techniciens peuvent aider les porteurs de projet.

Penser au prêt à taux zéro

Qu’elle soit verte, bleue, populaire ou mutualiste, impossible de passer à côté d’une banque lorsque l’on a en tête l’idée de monter son entreprise. Et c’est de plus en plus souvent aussi qu’ils arrivent là-bas sans autre bagage que leur envie et cette idée, les porteurs de projet. Rares sont ceux en effet qui bénéficient d’un capital qui servirait d’apport. Entre alors en scène Initiative Périgord, fonds créé en 2010 en Dordogne, pour faire bénéficier de prêts à taux zéro ces futurs installés “sans le sou“. « Le but n’est pas de se substituer aux banques mais de faciliter l’accès aux crédits bancaires, précise son président, François Gaumet. La structure financière du créateur d’entreprise a meilleure allure auprès des banques lorsqu’elle est adossée à notre prêt d’honneur. »

Seul point faible de ce dispositif : être encore méconnu, comme peut en attester l’intervention de Benoît, apiculteur déjà installé qui veut cependant agrandir son activité, et pourrait lui aussi bénéficier de ce prêt d’honneur. Cela valait donc bien une troisième édition de la rencontre sur les financements innovants, dont fait partie le prêt d’honneur à taux zéro d’Initiative Périgord.

Profiter de l’expertise des techniciens

Délivré après que le candidat est passé argumenter son projet devant un comité d’octroi, il est un véritable outil d’accompagnement à l’installation. « Lors de ce comité, nous essayons d’étudier les dossiers avec exigence et bienveillance, insiste Anne Pedenon, directrice adjointe d’Initiative Périgord. Un entretien peut être reporté ou ajourné mais trois fois sur quatre, lorsque le candidat se représente, il est accepté. Nous visons la viabilité du projet. Nous n’accompagnons pas quelqu’un juste parce qu’il a une bonne idée. Nous validons des dossiers qui ont le potentiel pour être pérennes et vivables. »

C’est aussi pour cette raison qu’Initiative Périgord a souhaité se rapprocher de filières agricoles fortes et bien connues en Dordogne : les palmipèdes gras, les veaux de boucherie et les bovins bio. En signant une convention de partenariat avec Terres du Sud foie gras, Sobeval et la SCA Le Pré Vert, Initiative Périgord s’assure ainsi des liens forts avec les experts de chaque filière, dont les conseils sont essentiels aux jeunes installés. « Votre apport est décisif dans l’émergence des projets car vous participez à la formation avant, pendant et après des installés. Si nous identifions des gens qui peuvent être installés en profitant de votre expertise, nous les mettrons en relation avec vous, et inversement : si vous repérez qui pourraient avoir besoin de notre aide, vous nous les enverrez », remarque François Gaumet en s’adressant aux représentants des filières.

Véronique Baumet, de la direction de l’agriculture à la Région Nouvelle-Aquitaine, déléguée aux prêts d’honneur et à l’accompagnement à l’installation, confirme : « Il n’y a pas meilleur accompagnement que l’aide des techniciens de filière ; d’autant que le porteur de projet ne connaît parfois personne dans le milieu ». Christophe Deffarges, responsable de l’installation à la Chambre d’agriculture, qui travaille en étroite collaboration avec Initiative Périgord, précise : « 60 % des installés en Dordogne sont en hors cadre familial. Il est bon qu’ils trouvent un interlocuteur averti. »

Aucun échec

Côté filières, on se félicite de cette démarche qui permet d’étoffer les rangs. Benoît Granger est directeur de la SCA Le Pré Vert. « On a de plus en plus de mal à avoir des reprises d’activité en cadre familial. Tous les moyens pour essayer de motiver des reprises qui sont compliquées du fait de gros investissements (300 à 600 000 €, ndlr) sont bons à prendre », commente-t-il, conforté par Christophe Mayaud, responsable du développement pour Sobeval : « Les investissements sont très lourds aussi dans notre filière, donc, évidemment, tous les financements qui peuvent aider sont les bienvenus ».

Quant à Terres du Sud foie gras, Éric Sarlandie, en charge de l’installation, se félicite de ce partenariat : « Notre grande fierté est que, sur 15 projets, pour l’instant, il n’y a aucun échec ». Pour Sobeval, c’est une douzaine de dossiers suivis alors qu’on tourne autour de six pour la SCA Le Pré Vert.

 


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