Auteur : Alexandre Merlingeas
Publié : vendredi 18 octobre 2019

 

Volailles grasses. Les acteurs politiques et professionnels du Périgord noir portent un projet d’abattoir et de découpe pour 2021. Les producteurs locaux ont créé une société coopérative pour gérer cet outil.

Un abattoir en mode collectif

La crise de l’influenza aviaire aura au moins eu un point positif, celui d’obliger les éleveurs de volailles grasses du département à réfléchir davantage à la manière d’améliorer leur organisation et fédérer les acteurs pour pérenniser la filière foies gras. 

On recense à peu près 600 producteurs de canards gras et d’oies dans le département dont 400 en vente directe. Un plan de relance de la filière oie a vu le jour. « Des problèmes d’abattage revenaient souvent dans les discussions »,  explique Yannick Francès, élu à la Chambre d’agriculture. Nathalie
Seegers, animatrice du CrDA du Périgord noir, a mené une étude de faisabilité et 17 producteurs ont exprimé des besoins conséquents dans ce domaine. Alors, l’idée d’un outil collectif en
Sarladais a germé. Le projet est en très bonne voie puisque des
producteurs se sont regroupés pour créer une Scica (Société coopérative d’intérêt collectif agricole), “La plume du Périgord noir“. Depuis 18 mois, la Chambre d’agriculture et le CrDA du Périgord noir coordonnent le comité de suivi du projet. Il réunit des producteurs locaux, la coopérative Sarlat
Périgord foie gras, les communautés de communes Sarlat-Périgord noir et Pays de Fénelon, ainsi que les services du Conseil départemental et du Conseil régional. « Il s’agit de maintenir voire de développer les filières oies et canards », selon Nathalie Seegers.

Proposer des prestations

Au fil des mois, une dynamique collective a émergé des échanges entre les différents acteurs. Des producteurs et la coopérative
Sarlat Périgord foie gras ont intégré la toute jeune société coopérative présidée par Bernard Mazet, producteur de canards à Saint-Geniès.
Jusqu’à présent, ces acteurs faisaient abattre leurs volailles grasses soit chez eux dans un outil à la ferme ou à l’atelier de Lavergne, géré par l’Esat de Prats-de-Carlux. Mais cet abattoir est très sollicité et atteint ses limites en termes de volumes. Il abat 60 000 bêtes par an et ne fait pas salle de découpe comme le prévoit le futur site. Pour certains producteurs, l’abattage est devenu une charge lourde, tant sur le plan du temps de travail que financièrement. Ils aimeraient s’en délester. 

Le bureau d’étude chargé de cerner les besoins des producteurs a permis de dimensionner et chiffrer l’outil. Un modèle économique a vu le jour. Les deux communautés de communes vont acheter le terrain qu’elles vont ensuite louer à la Scica afin de parvenir à une opération blanche. Le site choisi se situe à cheval entre Saint-
Crépin-et-Carlucet et Proissans, à la borne 120 sur la RD704 entre Sarlat et Montignac, sur une zone d’activité économique. « C’est très bien desservi au niveau du réseau routier », s’est réjouie Nathalie
Seegers. La Scica sera chargée de faire fonctionner l’appareil et d’investir dans le matériel.

L’enquête indique un potentiel de départ de 270 000 oies et canards à abattre chaque année avec une évolution possible sur 2 ou 3 ans à presque 400 000 têtes. « Nous avons un engagement formel de producteurs qui représente 200 000 têtes. Nous voulons en attirer d’autres, que ce soit pour adhérer à la Scica ou simplement être client en prestation. L’idée est de limiter le déplacement des animaux », a ajouté l’animatrice du CrDA.

Les volets environnementaux et sanitaires prennent une place importante dans le projet car les producteurs souhaitent conserver une qualité supérieure au schéma industriel. Avec la construction de ce nouvel abattoir dont les acteurs espèrent la mise en route à l’automne 2021, celui de l’Esat est amené à disparaître. Pour autant, le partenariat avec l’établissement, qui emploie notamment des adultes handicapés, devrait se poursuivre sur le futur site mobilisant une quinzaine de personnes au total. 

Baisser les coûts

L’étude de faisabilité évalue un coût de l’outil dépassant les 4 MÄ, dont 1 MÄ d’assainissement. « On a préféré partir sur des hypothèses hautes. On espère minimiser les factures notamment sur l’assainissement », a indiqué Yannick Francès. Des aides de la Région et du Département sont prévues sur des financements européens (Feader, Feder). « Les subventions atteindront 30 à 40 % maximum. Le reste est payé par les producteurs », a déclaré l’élu de la Chambre d’agriculture.

« Nous nous regroupons pour limiter les coûts sur nos exploitations et éviter les problèmes pour trouver des salariés. L’abattoir va nous libérer du temps pour faire d’autres choses, notamment de la commercialisation », affirme Bernard Mazet pour expliquer l’engagement des producteurs. Actuellement, il évalue le coût d’abattage d’un canard sur son exploitation à 5,50 Ä alors qu’avec le nouvel outil, il devrait être de 2,85 Ä. Il abat 22 000 canards sur sa ferme. « Nous restons des producteurs fermiers avec une qualité supérieure même si notre abattoir sera semi-industriel », a-t-il ajouté. Quant au producteur de Saint-Pompon, Philippe Lapeyre, il a appelé les jeunes qui s’installent dans la filière à utiliser le futur outil qui sera ouvert à tous.

 

Alexandre Merlingeas

 

 


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