Auteur : Alexandre Merlingeas
Publié : vendredi 27 septembre 2019

Filière. La Chambre d’agriculture et ses partenaires se lancent dans une étude de faisabilité du développement d’une filière autour du miscanthus et du switch grass, deux plantes peu gourmandes en intrants.

Des plantes économiques

Le miscanthus et le switch grass, voilà bien des mots étranges et même un peu inquiétants. Pourtant, il se pourrait bien qu’à l’avenir ces deux plantes graminées prennent toute leur place dans le paysage périgourdin. La Chambre d’agriculture de Dordogne, en partenariat avec la coopérative Terres du sud et Cerfrance, engage une étude de faisabilité afin de développer une filière de cultures ligno-cellulosiques à destination de l’agriculture et des collectivités locales.

« Au vu des aléas climatiques à répétition, l’approvisionnement en paille de céréales des éleveurs devient de plus en plus problématique, explique Pierre-Henri
Chanquoi, élu à la Chambre d’agriculture. Le miscanthus a un fort pouvoir absorbant. Il n’a pas de mycotoxines. On cherche aussi à développer une nouvelle plante sur notre territoire, économe en intrants et produits chimiques. » Si le Conseil départemental soutient déjà le programme avec une aide de 40 % du coût de la plantation, la Chambre d’agriculture attend d’autres partenaires financiers tels que le Conseil régional, l’Agence de l’eau sur les secteurs sensibles et les banques.

Multiples utilisations

L’utilisation de ces plantes pour la litière des animaux d’élevage est la première idée développée. « Il s’agit pour les éleveurs de parvenir à une autonomie en paillage », explique Amandine Adam, technicienne palmipèdes à la coopérative Terres du sud. En particulier dans la filière palmipèdes où il existe d’importants besoins. « On considère qu’il nous faudrait environ 1 000 tonnes de matière sèche chez nos producteurs. ». Des essais en litière sont déjà menés à la ferme de l’oie et du canard
d’Asseldor à Coulaures. 

D’autres débouchés existent. Les collectivités locales se voient de plus en plus interdire le recours aux produits phytosanitaires. Il existe des solutions de paillage à base de miscanthus pour lutter contre les adventices. « L’idée serait de travailler avec les collectivités pour un approvisionnement local », affirme Julien Michaud, responsable du Pôle élevage à la Chambre d’agriculture. Ces cultures peuvent aussi entrer dans la filière énergétique, via des mélanges avec du bois pour les chaudières collectives. Ce débouché biomasse va être étudié. « C’est un projet très large qui part d’une maîtrise de la culture sur le plan agricole, au-delà des arguments commerciaux des vendeurs de plants, jusqu’à l’aspect économique », précise-t-il.

 

Créer des références

Perspectives Périgord miscanthus-switch grass, de son nom de baptême, va permettre la mise en place de parcelles d’expérimentation réparties un peu partout en Dordogne. En 2019, 35,5 hectares ont déjà été implantés sur le département dans 13 exploitations (élevage palmipèdes et bovin). Le coût de plantation varie de 2 500 à 2 700 Ä/ha pour le miscanthus ; pour le switch grass entre 600 et 700 Ä/ha. Il s’agit d’implanter 10 ha par an de miscanthus, qui va bien dans les bonnes terres au sol profond, et 30 ha de switch grass qui s’adapte à des sols plus difficiles, soit 120 ha maximum sur trois ans.

L’expérimentation doit évaluer le comportement de ces plantes, des différentes variétés, en fonction des lieux, de leurs types de sols et de climats. Les techniciens de la Chambre d’agriculture et de la coopérative Terres du sud seront chargés du suivi des différentes parcelles expérimentales.
Cerfrance sera chargé du suivi technico-économique. « On prend beaucoup de précautions car ce sont des cultures pérennes qui durent une quinzaine d’années, insiste Julien Michaud. C’est impactant pour les exploitations. Il faut qu’on apprenne aux agriculteurs à la maîtriser, surtout lors de l’implantation et de la récolte. Sur le plan économique, il faut bien faire l’adéquation entre la production, les besoins et les débouchés locaux. » 

Le miscanthus se développe dans d’autres départements français. On sait déjà que ces plantes ne consomment pas d’engrais et peu de produits phytosanitaires. « On parle juste d’un désherbant à l’implantation », dit Amandine Adam. Par ces essais, il s’agit juste de créer des références culturales sur le département avec des fiches techniques adaptées aux territoires afin de maîtriser les débouchés.

 


 

 

VISITE

Plantation à Angoisse

 

Lundi 16 septembre, une vingtaine d’agriculteurs, les représentants d’organismes professionnels agricoles et de potentiels financeurs se sont retrouvés à Angoisse sur une parcelle de l’EARL Marchive implantée en switch grass ce printemps. La visite organisée par la Chambre d’agriculture, en partenariat avec Cerfrance et Terres du sud, a permis d’échanger autour de la mise en place d’une filière de cultures ligno-cellulosiques sur le département. Si vous êtes intéressés pour tester l’une de ces cultures sur votre ferme en 2020 ou 2021, contactez le secrétariat du département Filières et productions au 05 53 45 19 00 (plafond de 6 ha par exploitation pour bénéficier de l’aide à l’implantation).


Réussir le Périgord
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