Auteur : Alexandre Merlingeas
Publié : vendredi 6 septembre 2019

Lait. La Ferme de la Brunie est la première exploitation laitière de Dordogne à adopter la démarche Bleu Blanc Cœur. En renforçant les sources d’oméga 3 dans la ration, l’élevage réduit ses émissions de méthane.

Un label à bon compte

Mercredi 4 septembre, Bertrand Rouquie, éleveur laitier à Sainte-Nathalène, et Jean-Marc Estay, conseiller élevage à la coopérative Scar, étaient à Sarliac-sur-l’Isle pour rencontrer Alain Buffière, vice-président du Grand Périgueux en charge de l’agriculture, et le responsable du restaurant scolaire de la

commune, afin de leur présenter Bleu Blanc Cœur.

Depuis deux ans, la Ferme de la Brunie a adopté la démarche pour conforter et étendre la vente directe de ses produits laitiers. « On cherche à les faire connaître pour les intégrer aux menus des cantines locales. Celle de Sarliac a l’intention de prendre nos produits », explique l’éleveur. À l’occasion de Péri’Meuh, du 20 au 22 septembre, un stand identifié sera là pour enfoncer le clou promotionnel.

C’est en voulant acquérir des filets pour ses silos que Bertrand Rouquie adhère à la Scar et rencontre Jean-Marc Estay. « Il voulait lancer la démarche Bleu Blanc Cœur en Dordogne. Moi, je cherchais un label autre que le bio. » Il se tourne vers ce label français avec un cahier des charges. Celui-ci est reconnu par le ministère de la Santé et de l’Environnement d’intérêt nutritionnel et environnemental. Le lait est analysé en fonction de la qualité de ces acides gras et de la teneur en oméga 3. Les analyses du contrôle laitier sont transmises chaque mois à l’association. Bertrand Rouquie a travaillé sur l’alimentation de ses animaux. « On valorise au maximum l’herbe pâturée et conservée. Cela fait monter la teneur en oméga 3 dans la ration », dit-il. La consommation d’herbe et de graines de lin riches en oméga 3 diminue la production de gaz à effet de serre. Des études montrent la corrélation entre une alimentation équilibrée pour les vaches et la baisse du rejet de méthane.

Un compteur éco-méthane

Cette évolution n’a pas été trop brutale à instaurer. « Depuis 4 ans, nous faisons de l’affouragement en vert l’été. Les vaches mangent de l’herbe du 1er avril à la Toussaint. Nous avons surtout changé la ration hivernale. On intègre davantage d’enrubannage de luzerne pour avoir 75 % d’herbe dans la ration toute l’année », dit-il. L’hiver, la ration comprend 15 kg de maïs, 18 kg d’enrubannage de luzerne, 2 kg de foin par vache et par jour. « Avant, on mettait presque 30 kg de maïs et seulement 6 kg d’herbe », indique-t-il.

L’assolement de l’exploitation a été revu. Sur 80 ha, la production de luzerne est montée à 15 ha, à laquelle il faut ajouter 10 à 12 ha de maïs et 8 ha de lupin. Toutes les parcelles sont irrigables via un réseau pompant dans la Dordogne. L’exploitation ne souffre pas des périodes de sécheresse comme cet été. « Nous n’avons pas connu de restrictions puisqu’on se situe en amont de Limeuil. Aujourd’hui, on cherche à être autonome au maximum. Nous achetons du colza français pour supprimer le soja OGM. » L’exploitant estime l’autonomie alimentaire de l’exploitation à 90 %. Il achète du colza, des minéraux et de la graine de lin qui vient compenser la teneur en oméga 3 moins importante des fourrages en hiver. 

Chaque mois, l’éleveur reçoit par mail un relevé comprenant son compteur éco-méthane. « Il s’agit d’un outil pour communiquer. Un troupeau alimenté avec de l’herbe dégage moins de méthane. Nous faisons des efforts sur la pollution de la planète et le réchauffement climatique », dit l’éleveur. Avec cet ajustement alimentaire du troupeau, au mois de juin, la Ferme de la Brunie a économisé 400 kg de méthane rejetés sur un an, soit l’équivalent de 33 427 km évités ! « L’association réalise ce calcul avec les analyses de lait qu’on leur fournit. » Des études menées en collaboration avec l’Inra démontrent que cette diminution d’émissions de méthane avec les rations Bleu Blanc Cœur peut aller jusqu’à 15 %.

En plus, ce nouveau régime améliore nettement la santé des animaux. « On n’observe pas de problèmes de mammite. Nous utilisons un robot de traite depuis plus de 3 ans, qui permet une régularité de la traite et de vidanger plus souvent la mamelle empêchant les germes pathogènes de s’installer. À cela s’ajoutent les nouvelles rations. C’est un ensemble. Je n’utilise plus d’antibiotiques depuis un an et demi. Nous sommes passés en médecine homéopathique. »

Vente directe

 

450 éleveurs adhèrent à Bleu Blanc Cœur essentiellement dans la partie nord de la France. La Ferme de la Brunie et la coopérative Scar espèrent inciter d’autres éleveurs périgourdins à se lancer. Maintenant, le logo Bleu Blanc Cœur apparaît progressivement sur le packaging des produits de la ferme. Il doit contribuer à aider les exploitants à atteindre un grand objectif : vendre la totalité du lait produit en direct. « La demande est là. Surtout avec la tomme du Sarladais, notre produit phare. » La construction d’une nouvelle cave d’affinage est dans les tuyaux. L’éleveur a aussi commencé la vente directe de viande bovine, alors que la culture du tabac a cessé à La Brunie…


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