Auteur : Suzanne Boireau-Tartarat
Publié : vendredi 22 mars 2019

Anne-Catherine Balland a grandi à la ville et ne quitterait désormais la campagne pour rien au monde. Devenue agricultrice en 1989, chef d’exploitation en 1991, elle répond à ses propres exigences.

Patience et longueur de temps...

« Même pas peur ! » C’est le credo d’Anne-Catherine Balland, qui ne s’imaginait pas aussi intrépide lorsqu’elle a pris le statut de chef d’exploitation, en 1991, pour se lancer dans l’élevage de canards prêts à gaver en IGP Sud-Ouest. Mère de deux filles, aujourd’hui grand-mère, elle garde le souvenir intact de ses débuts, tombée dans la marmite agricole par mariage, en 1983, après une trajectoire urbaine (Paris, Marseille) et un bac scientifique. « Lorsqu’on se lance hors cadre familial et sans avoir fait d’études agricoles, c’est toujours plus compliqué : j’ai dû me montrer tenace. » C’est le message plein d’enthousiasme transmis aux jeunes du Lycée agricole de Coulounieix-Chamiers, où elle est intervenue à la table ronde “La place des femmes dans l’agriculture” (notre dernière édition). Anne-Catherine s’installe donc en 1991, en même temps qu’elle divorce, sa fille n’étant alors âgée que de trois ans. Sa famille, qui n’avait déjà pas compris son entrée en agriculture, ne saisit pas davantage sa volonté de rester dans ce milieu qui n’est même plus le sien par alliance... « Enfant, je passais mes deux mois d’été avec une maman qui ne travaillait pas à l’extérieur. Et pourtant, ne plus avoir de vacances ne m’a pas manqué. Je n’ai pas beaucoup l’occasion de voyager et c’est plutôt ma famille qui vient me voir. »

La greffe a pris au-delà de toutes les espérances. L’agricultrice a patiemment hérité de la passion de son beau-père. Les oppositions, les pressions, les doutes ambiants, et même les coups de fil anonymes et les actes de malveillance n’ont fait que la renforcer. « Au début, je m’étais lancée dans le poulet label, j’ai eu à déplorer le piratage de mes silos, puis de mes parcs. J’ai fait intervenir la gendarmerie. Ces intimidations ont eu pour effet de consolider ma détermination, à l’inverse de ce qui était attendu... » Anne-Catherine n’est alors déjà plus “la femme de“ : elle devient quelqu’un. « Ce métier est exceptionnel, il permet d’en faire des tas en un, il offre la liberté d’entreprendre, d’imprimer sa trace. » 

Système D pour avancer

Pour contourner certaines difficultés techniques ou pour se ménager physiquement, une femme fait à coup sûr jaillir de bonnes idées. Anne-Catherine a ainsi fait installer une béquille hydraulique pour fixer sa remorque au tracteur sans forcer. « Il faut prendre le temps de réfléchir pour améliorer le quotidien : ce n’est pas du temps perdu sur le moment, c’est du temps gagné sur la durée et pour le confort de travail. » Toujours dans un souci d’autonomie, elle a aussi opté pour des chaînes d’alimentation identiques pour pouvoir se débrouiller en cas de panne et réparer l’une avec l’autre. 

Anne-Catherine Balland ne s’estime pas si différente des autres femmes. « Il suffit de communiquer, d’expliquer qu’on a des horaires différents et comment nous joindre. C’est tout de même plus facile de s’organiser qu’il y a 30 ans ! Le rythme d’un éleveur est différent de celui d’un céréalier, on sait où on va quand on se lance. J’estime ne pas avoir de contraintes horaires et bénéficier d’une grande liberté. Je ne regrette pas mon choix :
j’ai pu faire grandir mes enfants en pleine nature. » Elle qui, enfant, voulait « voir le ciel en entier », plus loin que ce qu’elle en apercevait par un carreau de sa chambre, était déjà prête à relever bien des défis, sans savoir que cela la conduirait un jour à faire de la comptabilité aussi bien que de la gestion de lots de canards, avec un salarié et des contrats occasionnels. Si les parcs de ses palmipèdes sont sécurisés, son parcours ne l’a jamais été. Le lot de bien des agriculteurs bardés de normes pour tout, sauf pour eux-mêmes.

 

Anne-Catherine, qui a dû maintenir le cap contre des parents qui ne voulaient pas qu’elle épouse un agriculteur ni qu’elle reprenne seule une exploitation, aurait plaisir à voir sa fille marcher sur ses traces ; mais elle est bien placée pour savoir que cet avenir n’appartient qu’à elle...


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