Auteur : Alexandre Merlingeas
Publié : vendredi 22 février 2019

 

Viticulture. Kevin Jarzaguet reprend le Château Malfourat à Monbazillac. Il veut développer la vente en bouteilles et souhaite acquérir la certification Haute valeur environnementale (HVE).

 

Une reprise, du rêve à la réalité

Patrick Chabrol s’était installé en 1983, avec son père, sur l’exploitation familiale. En mars 2018, Kevin Jarzaguet, 27 ans, l’a rejoint sur la propriété, le temps de préparer le départ à la retraite de son prédécesseur à l’horizon 2021. Les deux vignerons, désormais associés, semblent travailler de manière confraternelle. Ils ont opéré une transition progressive avec un parrainage d’un an et demi. « Je ne suis pas issu du monde agricole, explique le jeune homme. Je suis né à Bergerac. Je n’étais pas très bon à l’école. Je ne savais pas quoi faire. Je voulais être dehors et faire aussi du bureau. J’aimais les responsabilités », raconte-t-il. Il découvre le monde viticole via la propriété de la famille d’un ami, à Monbazillac. « Je me suis dit : “C’est ce que je veux faire“. »  Pour arriver à ses fins, il commence par suivre un BEPA (Brevet d’études professionnelles agricoles) vigne et vin, puis un bac pro conduite et gestion de l’exploitation vigne et vin, au CFA de La Brie, en apprentissage au château La Jaubertie, à Colombier. Il poursuit avec un BTS viticulture-œnologie dans la même exploitation avant de finir son cursus scolaire par une licence professionnelle “Vinovation et mondialisation“. « À 16 ans, je voulais déjà m’installer sur une propriété », dit-il. Pas évident quand on n’est pas issu d’une famille de viticulteurs et qu’on n’a pas d’argent. Par du bouche-à-oreille, il visite deux propriétés à reprendre. Il repart déçu de ces premiers contacts. Alors qu’il était sur le point de partir faire ses armes dans le bordelais, il apprend que Patrick Chabrol cherche quelqu’un pour reprendre sa propriété à Monbazillac. « Mes enfants ont un métier, explique ce dernier. Il y a cinq ans, je les ai réunis pour voir ce que l’on faisait de l’exploitation. Personne n’en voulait. L’ancien patron de Kevin l’a appris et nous a mis en relation en 2016. » Le jeune homme travaille un ou deux mois avant de réaliser le contrat de parrainage, en septembre 2016. 

Près d’un axe routier

À la base, l’exploitation compte 33 ha de vignes avec 5 ha en pécharmant, 28 ha sur Monbazillac, dont 5 ha de bergerac rouge et rosé et le reste en blanc. Ils viennent de reprendre 11 ha supplémentaires à Pomport, pour porter le total à 44 ha.  Le gel d’avril 2017 aurait pu briser les rêves des deux hommes. Miraculeusement, la propriété n’a pas été touchée. Seuls les cinq hectares en pécharmant ont souffert. « Le banquier m’a appelé pour voir si on annulait. Si toute la propriété avait gelé, je ne serais pas ici pour vous parler », s’amuse Kevin avec le recul. Il rachète des parts sociales avec l’objectif de devenir majoritaire avant le départ de Patrick. « Pour l’instant, j’en ai acheté pour 134 000 € », dit-il. Il faudra augmenter le chiffre d’affaires de 100 000 € pour continuer à acquérir des parts. « Ce n’est pas infaisable. C’est aussi pour cela qu’on a repris des vignes », affirme Kévin. Le chiffre d’affaires oscille entre 280 000 € et 350 000 €, ces dernières années.  « Le fait qu’il y ait du monbazillac et du pécharmant m’a intéressé, insiste le jeune vigneron. C’est surtout l’emplacement qui m’a plu. On se situe près d’un axe routier important. Il y a des propriétés à vendre partout, autant bien choisir l’endroit. » 

Trouver des gros marchés

Il souhaite développer la vente en bouteille, notamment à la propriété. Actuellement, 80 % des volumes produits partent dans le vrac. Le reste est vendu en bouteille (environ 40 000) dans les différentes couleurs de bergerac, dans des salons ou en direct. Kevin espère approcher les 100 000 bouteilles dans les prochaines années. Pour cela, il veut faire évoluer le fonctionnement commercial. « Les salons s’essoufflent un peu. C’est compliqué d’y trouver de nouveaux clients. Je serais plutôt partant pour trouver de gros marchés. Soit en grande distribution, qui fait 80 % des ventes en France, ou à l’exportation. On a demandé à notre courtier d’y travailler. On vend un peu moins cher qu’avec les particuliers mais on fait du volume. » D’ici 4 ou 5 ans, après avoir redéveloppé la marque, Kévin souhaite produire de l’IGP (Périgord ou Atlantique). En revanche, Kevin ne croit plus trop à l’AOC pour le bergerac. « Il y a un gros problème. On le voit sur les salons. » Il souhaite aussi élever des vins haut de gamme en faisant du vieillissement en barriques. Il envisage d’évoluer vers des vins plus fruités. Les supports de communication sont en cours de rénovation, comme le site internet. Une étudiante en communication à Bordeaux a été recrutée pour cela. L’ensemble du packaging va être changé. Le jeune vigneron veut aussi aménager sa salle de dégustation et de vente pour développer l’œnotourisme. Bref, Kevin ne manque pas d’énergie… et Patrick l’accompagne avec bienveillance dans cette évolution.


Réussir le Périgord
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