Auteur : Suzanne Boireau-Tartarat
Publié : vendredi 22 février 2019

Conjoncture. Des valeurs sûres qui le restent, de profondes mutations de consommation qui sapent les bases d’une économie traditionnelle en milieu rural : le Périgord n’échappe pas aux tendances générales.

 

 

Crise, mais aussi avenir, en suspens

Chaque semestre, la Chambre économique de la Dordogne publie un baromètre d’activités, qui permet d’examiner la santé des principales filières du département à la lueur d’un échantillon représentatif. La période de juillet à décembre 2018 fait apparaître une stabilité dans la majorité des secteurs et laisse augurer de bonnes perspectives jusqu’en juin prochain. 

27 % des interrogés annoncent un chiffre d’affaires en hausse et 48 % maintiennent le niveau habituel... Mais si cet heureux quart a bien amélioré ses ventes, ils sont quasi autant à déclarer une dégradation, avec une baisse de fréquentation de la clientèle. 

38 % des entrepreneurs sollicités ont investi durant la période étudiée et 28 % envisagent de le faire ce semestre, ce qui traduit une confiance économique (71 % croient en l’avenir de leur propre structure, 35 % dans la situation nationale). La majorité a maintenu leur trésorerie, mais celle-ci reste fragile et les marges sont menacées. Les prix d’achat sont trop lourds et les clients étirent davantage les délais de paiement. 

S’ils ne parviennent pas à atteindre les seuils de rentabilité, les dirigeants gardent leurs effectifs salariés et continuent d’investir. Le bâtiment résiste plutôt bien, qu’il s’agisse de l’artisanat ou de groupes importants. Les grosses structures de l’industrie, du commerce de gros et des GMS affichent des voyants au vert. Le commerce de détail présente des indicateurs négatifs ; et si l’artisanat alimentaire se maintient, la désaffection du commerce physique grandit pour les autres biens, au profit d’un e-commerce qui concurrence même la grande distribution. La Dordogne ne diffère pas forcément des autres régions françaises sur ce point, mais il se trouve que les zones rurales battaient les records de diffusion des catalogues par correspondance et que l’on retrouve en miroir ces habitudes d’achat à distance, internet venant résoudre des problèmes de mobilité. Le climat social de fin d’année n’a pas amélioré la situation, les commandes livrées à domicile devenant une solution.

Les services en direction des entreprises se maintiennent alors que ceux qui visent les particuliers rencontrent des difficultés. Mais c’est le secteur du tourisme qui vit les heures les plus sombres : café, hôtel, restaurant et camping enregistrent des baisses de fréquentation. On imagine que le développement d’une plateforme de location bien connue entre particuliers a un impact sur ce secteur clé en Dordogne, qui se lit pour la première fois dans les chiffres de façon aussi marquée.

Retenir les forces vives

Les activités basées en Nontronnais éprouvent plus de difficultés à sortir de la crise tandis que celles du Bergeracois retrouvent confiance, avec des ventes en hausse et une trésorerie plus tenue.

Christophe Fauvel, président de la CCI, redit combien l’attractivité du territoire doit mobiliser les efforts des décideurs : « Nous perdons des postes d’encadrement, des entreprises les délocalisent à Bordeaux ou Paris et ne maintiennent ici que des emplois peu qualifiés. C’est une tendance qui se confirme. »

La dégradation se lit aussi dans les finances publiques. Le revenu médian en Périgord se situe à 61 % du revenu national (soit 1 000 € par mois contre 1 700 e). Le désenclavement numérique, routier et ferroviaire est donc plus que jamais nécessaire pour sortir d’un déclin qui ne dit pas son nom lorsqu’on se fie au solde positif de 1 000 entreprises gagnées sur un an, cette différence entre les chiffres de création et de radiation étant essentiellement composée de micro-entreprises...

 


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