Auteur : Alexandre Merlingeas
Publié : vendredi 8 février 2019

Le loup devient suspect

Prédateur. L’hypothèse de la prédation d’un mouton par un loup, le 16 décembre à Saint-Saud-Lacoussière, n’a pas été écartée. La préfecture met en place un plan de prévention pour parer aux inquiétudes.

 

Le loup est-il arrivé en Dordogne ? La question agite les éleveurs du département ces dernières années. Davantage encore depuis la mise en place par la préfecture d’une cellule spécifique, en octobre. Plusieurs attaques sur des animaux d’élevage, survenues ces dernières semaines dans le nord du département, ont renforcé les suspicions ainsi que les rumeurs, dont la Confédération paysanne s’était fait l’écho dans un communiqué. Le préfet, Frédéric Périssat, a attendu le 1er février, après la clôture des votes aux élections à la Chambre d’agriculture, pour s’emparer du sujet. 

Depuis la découverte d’un loup amaigri dans un poulailler, en 2015 à Saint-Léon-sur-l’Isle, 25 signalements visuels potentiels ont été recensés (Champs-Romains, Saint-Front-sur-Nizonne, Saint-Pierre-de-Frugie, La Coquille...). Le préfet a révélé qu’une attaque a suscité une suspicion « un peu plus forte », à la suite de l’égorgement d’un mouton, le 16 décembre à Saint-Saud-Lacoussière. L’Office national de la forêt et de la faune sauvage a mis en place son protocole d’analyse. Les indices disponibles ont été envoyés à une section spécialisée “lynx et loup“ située dans les Vosges, qui n’a pas écarté l’hypothèse d’une attaque de loup, en fonction d’un mode opératoire caractéristique. « Il existe une suspicion sans pouvoir la confirmer », précise bien le préfet. 

Quant aux soupçons liés à d’autres attaques, rien n’a été prouvé. Le 24 décembre à La Coquille, deux cadavres de brebis ont été retrouvés et trois autres blessées ont dû être euthanasiées. Le 28 décembre, c’est bien un chien qui a attaqué deux moutons. Quant aux deux veaux tués mi-janvier à La Chapelle-Montmoreau, aucun élément n’accrédite l’œuvre du fameux prédateur. 

La cellule loup s’est réunie le 18 janvier avec différents partenaires : les services de l’État (DDT, Draaf, Dreal), l’Office national de la chasse et de la faune sauvage, la Chambre d’agriculture, les syndicats agricoles, l’association des bergers itinérants du Périgord et la Fédération de chasse de la Dordogne. 

Former des correspondants

Un ensemble de mesures préventives va être décliné dans le cadre du plan loup. « La Dreal est cheffe de projet en ce qui concerne le suivi des plans loup puisque c’est la protection de l’environnement. » 

Un état de lieux de la vulnérabilité du territoire va être réalisé (photographie de l’élevage, modes de parcage des animaux, pratiques de pastoralisme…). « La Chambre d’agriculture souhaite être partie prenante du diagnostic », a indiqué le préfet. 

L’ONCFS formera des correspondants locaux bénévoles sur des sessions de deux jours. Ils seront chargés d’effectuer les premiers relevés (photographies, indices...) à la suite d’une suspicion d’attaque. « J’ai proposé qu’on forme ces correspondants dans des milieux différents, a dit Frédéric Périssat. Que ce soit chez les éleveurs, les chasseurs, les associations de protection de l’environnement, les services de l’État pour constituer un réseau large et avoir la capacité de réagir vite lors d’un événement. »

Une fiche réflexe doit être diffusée aux éleveurs victimes de prédation pour savoir quoi faire après une attaque et qui prévenir avec un numéro de téléphone. 

Répondre aux inquiétudes

Plusieurs réunions d’information vont voir le jour sur le territoire touché pour informer. « Nous n’avons rien à cacher. Nous voulons faire baisser la pression et l’inquiétude », a affirmé Frédéric Périssat qui répond à certaines critiques : « Le plan loup qui cadre la politique de l’État n’a pas vocation à faciliter la réintroduction du loup dans le département. On se met en capacité de réaction pour éviter que la Dordogne devienne un département attractif pour le prédateur. Le loup est une espèce protégée. »

Il s’agit aussi, en activant ce plan, d’améliorer la protection des élevages par de la présence humaine avec la possibilité d’organiser des battues pour faire fuir ce prédateur opportuniste. Mais le préfet prévient : « L’arrivée du loup en Dordogne n’est pas inévitable. Ce n’est pas parce qu’on met en place des mesures préventives qu’il va venir. On avait des suspicions lorsque j’étais en poste dans les Ardennes. J’avais mis en place le même processus. Le prédateur n’y est toujours pas officiellement présent. »


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