Auteur : Laetitia Lemaire
Publié : vendredi 1 février 2019

Grand débat. La Chambre de métiers et de l’artisanat de Dordogne s’inquiète de faire entendre la voix des différents métiers qu’elle défend. C’est pourquoi elle organise une rencontre, calquée sur le débat national, le 10 février prochain. 

Un groupe de parole d’artisans 

Ils sont coiffeurs, maçons ou bouchers. Leur statut ou leur situation géographique n’a parfois rien en commun, mais ils se sont néanmoins retrouvés, ces dernières semaines, au coin d’un brasero, un café à la main, autour d’un des nombreux ronds-points investis par les Gilets jaunes. Ou, a contrario, ils se sont retrouvés seuls. Seuls avec leurs problèmes accentués par les barrages routiers générés par ces mêmes Gilets jaunes ; des problèmes de logistique, de livraison, de salariés absents, de commandes pas honorées... Quel que soit le souci, ils n’avaient peut-être personne à qui en parler.

 Pour la Chambre de métiers et de l’artisanat de Dordogne (Cmara 24), qui lutte déjà contre cet isolement de l’artisan (voir encadré), ça ne pouvait pas durer. Que le gouvernement organise son Grand débat, soit. Mais elle a décidé d’y mettre son grain de sel. 

Le 10 février se tiendra donc un autre grand débat, celui organisé par la Cmara 24, calqué sur le Grand débat national. « Suite aux manifestations des Gilets jaunes commencées en novembre, il nous a semblé nécessaire que l’artisan, qui est souvent le grand oublié des discussions, puisse intervenir, justifie Didier Gouraud, président de la Cmara 24. Nous voulons donc réunir les artisans pour qu’ils puissent nous dire leurs soucis, leurs besoins, les freins qu’ils rencontrent chaque jour dans leur quotidien. »

Mais l’artisan est très occupé, justement, par tant de préoccupations. Pas d’excuse, selon le président de la Cmara 24 : « Nous avons prévu ça un dimanche après-midi, pour qu’ils ne puissent pas dire qu’ils ne peuvent pas venir à cause du travail ».

Pas d’élus dans la salle 

Aucun élu politique n’est prévu non plus pour recevoir les doléances des artisans, volonté des organisateurs afin de ne pas “bloquer“ les élans de sincérité de l’assemblée. « Il faut que tout le monde se sente libre de s’exprimer. S’il y a des personnalités politiques, ça pourrait prendre une autre tournure, argumente Didier Gouraud. Nous proposons ce débat justement pour que les gens puissent s’exprimer et ensuite, nous nous chargerons de faire remonter les conclusions de cette rencontre aux politiques. »

Sans orienter les débats – « Il n’y a pas de sujet tabou et notre liste n’est pas exhaustive », la Cmara 24 a déjà travaillé cinq grands thèmes sur lesquels il lui semble intéressant de discuter : la place de l’artisan dans la société actuelle, l’emploi, la formation et l’apprentissage, la relation avec l’État et la fiscalité, la transition écologique et les aides et financements. « Il y a des artisans qui sont sur les ronds-points, d’autres qui souffrent des blocages. Nous avons tout et son contraire. Donc on va se retrouver avec des contradictions dans l’assemblée. À nous, en discutant, de trouver des solutions pour sortir par le haut de cette crise », avance le président de la Cmara 24.

Pour faciliter ces échanges, un cahier de doléances est déjà ouvert sur internet, « afin que chacun puisse s’exprimer, même s’il ne peut pas venir », souligne Sylvie Mérigeau, directrice de la Cmara 24.

SOS artisans

Également liée à la problématique des Gilets jaunes, la ligne téléphonique “SOS artisans“. « Pendant la partie dure des Gilets jaunes, nous avons décidé de prendre part à notre niveau, avec ce numéro de téléphone. C’est le numéro de la main tendue pour dire à nos artisans qu’ils ne sont pas seuls. Nous souhaitons qu’ils puissent exprimer leurs soucis autrement que par des cris et protestations », suggère Didier Gouraud.

Le numéro, qui sera par ailleurs pérenne, « même après la crise des Gilets jaunes », n’est pas juste une ligne d’écoute. Les demandes ou questions évoquées lors de ces appels sont traitées par un chargé de développement économique de la Chambre, « pour les demandes les plus basiques ». Un formulaire en ligne est aussi disponible pour les plus pudiques, qui ne voudraient pas s’exprimer en direct. 


EN CHIFFRES

  • 12 500 artisans référencés en Dordogne, dont 25 à 30 % en micro-entreprise
  • 10 % des artisans étrangers avec une prédominance d’anglophones 

ZOOM

Aide aux anglophones

11 2Sylvie Mérigeau, directrice de la CMARA 24, témoigne : « L’accompagnement aux anglophones est un service qui existait déjà avant, mais qui va s’étoffer. Chaque année, la Chambre de métiers et de l’artisanat accompagne plus de 150 créateurs anglophones ou ressortissants étrangers, et la demande s’est accrue par rapport aux années précédentes. Nous leur proposons un accompagnement de A à Z, clé en main. J’entends par là que ça va de l’accueil à un suivi sur le moyen terme. Nous les recevons individuellement. Ensuite, ils participent au stage de préparation obligatoire à la création d’entreprise. Pour eux, il est évidemment donné en anglais. Ils ont par ailleurs une explication sur le fonctionnement administratif français, tout ce qui tourne autour des papiers, du RSI, etc. Enfin, nous les suivons durant trois ans après la création de leur entreprise. Ils peuvent également suivre des formations continues pour apprendre le français et se mettre à jour en matière de gestion. En termes de chiffres, 50 à 70 stagiaires sont formés, 10 à 20 entreprises suivies dans leur développement pour 100 porteurs de projet qui ont été installés. » 

 


RENCONTRES TERRITORIALES

La Chambre de métiers et de l’artisanat propose plusieurs dates de réunion de terrain avec les artisans ; afin d’aller auprès d’eux plutôt que d’attendre qu’ils viennent à la Chambre. « Nous choisissons un village et une dizaine d’entreprises pour aller à leur rencontre. Ainsi, les gens se livrent davantage. Il y a plus d’échanges. Nous voulons montrer que la Chambre de métiers et de l’artisanat n’est pas qu’au Pôle interconsulaire mais auprès de ses adhérents », martèle Didier Gouraud, son président, qui ajoute en souriant : « C’est un “petit débat“ de terrain ». Six réunions sont prévues sur l’ensemble du département. La première aura lieu le 11 février, à Vézac.


Réussir le Périgord
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