Auteur : Alexandre Merlingeas
Publié : vendredi 1 février 2019

 

Grandes cultures. Benoît Bocquier et son père, Alain, se sont lancés dans l’agriculture de conservation avec leur entreprise de travaux agricoles. Ils innovent sur leur exploitation et chez leurs clients pour réduire les coûts et préparer l’avenir.

À fond l’agriculture de conservation

« La forêt », voilà l’image qui vient à l’esprit de Benoît Bocquier lorsqu’on lui demande d’expliciter l’agriculture de conservation ; c’est-à-dire recréer le fonctionnement harmonieux d’un écosystème par une autofertilité des sols. Le jeune homme de 27 ans ne manque pas d’enthousiasme lorsqu’il évoque la question. Depuis que la crise a gagné les grandes cultures, il a fallu trouver des solutions. La Sarl Bocquier, entreprise de travaux agricoles à Saint-Paul-de-Lizonne, suit et travaille 530 ha de cultures céréalières au total, dont 270 ha de l’exploitation l’EARL La Robertie gérée par Alain Bocquier, adhérent à la Scar. « On fait du travail à façon pour d’autres exploitations, notamment en sud Charente, explique le fils. Une fois le maïs ou le blé vendus et les charges payées, on arrivait à des bilans négatifs. » 

Autre raison de cette évolution : depuis quelques années des communes de Charente, limitrophes de la Dordogne, comme Pillac, Montignac-le-Coq, Saint-Séverin ou Palluaud sont classées en “Zone vulnérable“, en lien avec les quantités de nitrate mesurées dans l’eau potable et le milieu aquatique. « On est obligé d’implanter des couverts en été, d’une durée d’au moins deux mois. C’était vu comme une contrainte. On s’est dit mieux vaut en tirer un avantage en les exploitant au maximum. » L’une des grandes leçons de l’agriculture de conservation est qu’il faut penser les couverts comme une culture si on veut les réussir.

Et puis, le monde change. On parle beaucoup de réchauffement climatique, de développement durable, d’agroécologie… « On stocke du carbone, ce qui limite les gaz à effet de serre. »

Couverts végétaux et rotation

Benoît Bocquier va entendre parler de l’agriculture de conservation par un ouvrier de l’entreprise qui suit l’innovation. Il participait à des réunions, notamment celles de l’Apad (Association pour la promotion d’une agriculture durable). 

Tout un cheminement va se mettre en place : « On semait déjà nos céréales en direct depuis 1998 pour gagner du temps. Ces dernières années, on a arrêté le labour pour commencer des techniques culturales simplifiées. On scalpe juste la ligne de semis avant d’implanter les cultures de printemps .Nous nous sommes penchés sur les couverts pour décompacter nos sols argilo-calcaires, en été, avant de commencer le semis direct pur. J’avais l’impression de ne pas évoluer avec les techniques conventionnelles. On voyait que les rendements stagnaient et même qu’ils baissaient. Nous étions devenus dépendants de la chimie. Ce n’était plus possible. »

L’entreprise gère un cocktail varié de cultures (maïs, blé tendre, orge, colza, tournesol oléique, féverole d’hiver, luzerne porte-graine…). D’autant plus depuis la mise en place de l’agriculture de conservation puisque la rotation en constitue un des éléments essentiels. « On a presque doublé le nombre des cultures. Les clés de la réussite sont les couverts végétaux et la rotation. Le but est d’implanter deux cultures de printemps et deux d’hiver. Ainsi, nous avons des sols qui deviennent propres sans user beaucoup de chimie pour le désherbage. Nous sommes à 100 % en semis direct depuis un an. » 

Réduction des coûts

C’est donc un changement radical de fonctionnement qui s’est produit. Même s’il est encore trop tôt pour bénéficier de tous les bienfaits de cette évolution et que les sols retrouvent une vie organique optimale, l’entreprise a pu réduire les coûts de mécanisation, en simplifiant le parc matériel. La consommation de gasoil a été presque divisée par deux. Du coup, la société peut proposer un prix de prestation à la baisse à ses clients.

Depuis mars 2018, Benoît a créé sa société pour réaliser l’épandage de compost. Ce dernier favorise la matière organique dans le sol et booste les rendements. Le jeune homme envisage même de faire « de l’agriculture de conservation en bio avec un minimum de travail du sol ». Il compte expérimenter sur 19 ha déjà certifiés.

 


 

EN CHIFFRES

  • 530 ha suivis par la Sarl Bocquier, dont 270 ha de l’EARL La Robertie gérée par Alain Bocquier 

 


 

MÉTHANISATION

Dans le cadre du projet de méthaniseur de la coopérative Scar, qui doit voir le jour à Saint-Séverin, en Charente, à l’horizon 2020-2021, l’entreprise de Benoît et Alain Bocquier jouera un rôle majeur par leur apport en matière végétal. « On apportera principalement du seigle semé à l’automne et récolté au printemps. Contre une tonne brute de cultures intermédiaires à vocation énergétique, on aura 800 kg de digestat pour mettre de l’azote organique dans nos sols. On va commencer les implantations de seigle fin 2019 », explique Benoît Bocquier.

 

 


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