Auteur : Alexandre Merlingeas
Publié : vendredi 18 janvier 2019

Beynac. Mises en difficulté par l’arrêt des travaux de la déviation, les entreprises nettoient et sécurisent le site avant de partir. Elles craignent une jurisprudence créant une insécurité économique permanente. 

Amères, les entreprises se retirent du chantier

« Nous sommes en colère », a lancé sèchement Alain Laurière, président du groupe Laurière et vice-président du syndicat des entrepreneurs de travaux publics de la Dordogne. La suspension des travaux de la déviation annoncée par le Conseil d’État, le 28 décembre, a eu l’effet d’une bombe. En attendant que le tribunal administratif de Bordeaux examine sur le fond le projet, les entreprises privées du chantier ont voulu expliquer toutes les conséquences néfastes sur leurs structures, le 15 janvier, à la base de vie de Fayrac à Vézac.

« Les marchés et les commandes nous promettaient une activité importante pendant encore un an et demi. Aujourd’hui, nous devons quitter les chantiers sans pouvoir nous retourner concernant l’utilisation de nos moyens de production », selon Alain Laurière. Une quinzaine d’entreprises étaient engagées sur le chantier et environ 70 personnes y travaillaient en permanence, sans compter les fournisseurs. Des gîtes et autres logements avaient été réservés pour les ouvriers en 2019, entraînant aussi une perte financière pour l’économie locale.

Aujourd’hui, la moitié des travaux a été réalisée. Dans les prochains jours, matériel et engins seront retirés, et le site sécurisé. Les entrepreneurs affirment que les moyens mis par le Conseil départemental dans la déviation ne seront pas rapidement redirigés vers d’autres chantiers, ce qui bloque l’activité des travaux publics en Dordogne. « Nous souhaitons que la décision de continuer ou d’arrêter ce chantier soit prise vite, reprend l’entrepreneur. Il va bien falloir que nos entreprises continuent à vivre. Notre pays et notre département ont besoin d’infrastructures pour faciliter leur développement. »

« Essayer de sauvegarder l’emploi. »

En attendant, il faut trouver de l’occupation pour le personnel engagé sur la déviation. Le groupe Laurière avait une dizaine de salariés permanents affectés à Beynac sur le pont-rail des Milandes. « Le tiers de l’activité génie civile de notre groupe », affirme son dirigeant. Afin d’éviter des mises au chômage, d’autres chantiers en attente vont être activés et des ouvriers dispatchés en dehors du département. « On va essayer de sauvegarder l’emploi mais c’est dur », confie l’entrepreneur. Quant à d’éventuels recours juridiques, évasifs, ils disent étudier la question. 

Pour Jérôme Agrafeuil, dont l’entreprise éponyme basée à Tursac avait mobilisé quatre à cinq salariés sur la déviation, il ne faut pas mésestimer « l’impact économique et social » de cette décision. « C’est une grosse perte de chiffre d’affaires pour nous, environ 500 000 Ä sur un total de presque 800 000 Ä, estime Magali Estardier, sa collaboratrice. Nous avons suspendu une embauche. Nous sommes une petite entreprise locale, qui prenait son essor. »

Si l’arrêt du chantier se confirme, les entreprises ne pourront pas non plus se raccrocher à la démolition ubuesque de ce qu’ils ont construit. « Nous sommes des constructeurs », ironise le responsable du groupe Laurière, avant d’ajouter : «  La destruction aura des effets sur l’environnement plus importants que la construction. Financièrement, cela va coûter presque la même chose avec rien au bout. » Les entrepreneurs craignent également que cette tendance à la contestation systématique des projets importants se généralise, et que le cas
Beynac fasse jurisprudence. « Il faudrait que l’on soit sûr que tous les recours sont épuisés lorsqu’on nous donne le feu vert pour réaliser les travaux. Il reste à définir une procédure. »


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