Auteur : Alexandre Merlingeas
Publié : vendredi 11 janvier 2019

 

Saint-Aulaye-Puymangou. La commune a conclu un accord avec une maison de négoce pour créer 3 000 bouteilles de cognac, en 2019. L’aboutissement d’un projet pour un territoire qui cherche à valoriser son appartenance à l’appellation.

Au printemps s’annonce le cognac

Depuis plusieurs années, la commune en pince pour le cognac. Cette petite partie de Périgord, à laquelle il faut ajouter Parcoul-Chenaud et La Roche-Chalais, fait partie de la zone d’AOC depuis son origine en 1909. Ce petit morceau de territoire est greffé aux grandes étendues de 75 000 ha de l’appellation, qui couvrent les Charentes. Cela lui offre le privilège de cultiver des vignes dont le vin extrait peut servir à distiller la fameuse eau-de-vie charentaise. Une démarche intéressante tant le breuvage remporte un succès international ces dernières années, allant d’un record de vente à un autre. En particulier aux

États-Unis où certains rappeurs se chargent de la promotion dans leurs clips musicaux.

Yannick Lagrenaudie, le maire, en amateur éclairé, élève des vins en IGP Périgord. Sur la commune, on trouve déjà un petit musée du cognac. Depuis 1999, la commune possède 1,5 ha de vignes. Ils sont mis en fermage à Fabien Rouzeau, viticulteur à Puymangou. Comme si cela ne suffisait pas, un demi-hectare sera planté au printemps prochain, à la suite d’une demande réalisée l’été dernier. « Notre production est atypique parce que ce sont des vignes communales, situées en Périgord, en cépage colombard alors que la très grande majorité des vignes du cognac sont plantées en ugni blanc, explique le maire. L’objectif pour nous est de donner envie aux jeunes qui s’installent d’investir pour faire de la vigne. Certains se battent pour avoir une AOC. On veut valoriser cet atout. » Pendant longtemps, le vin issu de la récolte de la commune partait dans une coopérative de Charente-Maritime. Il était distillé avant de disparaître dans l’anonymat des assemblages subtils du cognac.

« Un finish monbazillac »

Aujourd’hui, le projet de création d’une bouteille de cognac spécifique à Saint-Aulaye est sur les rails. Un accord a été signé en 2015 avec une marque de cognac en vue, dont le maire ne veut pas encore révéler l’identité jusqu’à la présentation des bouteilles en mai prochain, à cause d’une clause de confidentialité. « Je cherchais depuis longtemps un partenariat avec un négociant pour valoriser le produit, confie Yannick Lagrenaudie. L’idée était de faire le cognac de Saint-Aulaye. En 2015, on a trouvé un partenaire intéressé par notre démarche atypique. J’ai été directeur de l’école et j’ai appris qu’une de mes anciennes élèves travaillait dans cette maison de cognac. Je lui ai parlé du projet. Elle m’a fait rencontrer un représentant de la marque lors de Vinexpo, en mai 2014. »

Désormais, le vin, une fois vinifié, est envoyé à Cognac, chez le négociant en question, où il est distillé avant de revenir, sous forme d’eau-de-vie, vieillir dans des barriques de 300 litres dans la cave du château. « L’autre particularité de notre cognac est d’être vieilli, pour une partie, dans des barriques en chênes de la forêt de la Double, mais aussi dans des barriques qui ont contenu du monbazillac, précisément du domaine de Tirecul La Gravière, et des fûts roux. Notre cognac bénéficie d’un finish monbazillac », précise le maire, qui a déjà goûté le résultat de ce triple assemblage devant les caméras de l’émission “Des racines et des ailes“, venues filmer les vendanges en 2018.

S’il reste encore des détails à peaufiner, l’étiquette devrait mettre en valeur une reproduction du château de Saint-Aulaye. « En ce qui concerne le nom, la législation est très compliquée avec l’interprofession du cognac, qui ne veut pas qu’on inscrive cognac du Périgord. J’essaie de faire en sorte que le mot Périgord apparaisse quelque part, mais cette question n’est pas encore réglée. »

La bouteille sera officiellement présentée sur le stand de la marque, à l’occasion de Vinexpo à Bordeaux, du 13 au 16 mai, avant un lancement officiel à Saint-Aulaye, déjà calée pour le 17 mai. Une fête ouverte à un plus large public aura lieu un peu plus tard. Sur les 3 000 bouteilles, 1 000 doivent être vendues dans les commerces locaux sous forme de dépôt-vente, au prix avoisinant les 40 € la bouteille. Un pourcentage reviendra dans les caisses municipales. « Sur une bouteille, on a déjà presque 30 % de taxes de l’État. »

 

 


Réussir le Périgord
7, rue du Jardin Public - BP 70165 - 24007 Périgueux cedex