Auteur : Suzanne Boireau-Tartarat
Publié : vendredi 28 décembre 2018

Emploi des jeunes. Les Missions locales, largement soutenues par les collectivités locales, se mobilisent pour défendre leurs spécificités, qui se conjugueraient mal au fonctionnement de Pôle emploi, auquel un projet d’expérimentation voudrait les lier.

Des Missions possibles localement

En juillet dernier, le Premier ministre évoquait la possibilité d’expérimentation pour fusionner les Missions locales au sein de Pôle emploi. En septembre, une note du ministère du Travail détaillait les modalités de mise en œuvre et fournissait des éléments de langage pour sensibiliser les collectivités territoriales. En guise d’adhésion au projet, les réactions se situent plutôt à l’opposé : une avalanche de prises de position contre ce projet (lire le zoom).

Il n’est certes question que d’une expérimentation, mais elle semble partir sur de mauvaises bases.
« Rien n’est pour l’heure imposé, mais nous n’avons aucune garantie sur les conditions de fusion : les tentatives seront à l’initiative des élus locaux, il y en aura forcément sur les 450 missions réparties en France. » Christine Fraux, qui dirige la Mission locale du Haut-Périgord, déplore l’absence de concertation préalable avec les instances représentatives nationales. 

Les enjeux ne seraient pas forcément financiers mais plutôt dans la maîtrise d’un réseau atypique, dont la diversité n’entre pas forcément “dans les cases” et qui n’a en tout cas pas les mêmes champs d’intervention que Pôle emploi. « Comment fusionner une forme associative et une institution ? Nous n’avons pas de modes de pilotage comparables, il n’y a même pas de réponse juridique. » Missions et Pôle emploi travaillent déjà ensemble, nul besoin d’envisager une fusion pour cela.

Coller aux besoins du terrain

Au moins ce projet a-t-il le mérite d’informer le public sur le travail des missions en direction des jeunes, pour faire connaître leurs différences. Les enquêtes régulières montrent un bon rapport coût/qualité et la pertinence de leur spécificité. « Nous mobilisons diverses politiques publiques dont l’assemblage nécessite souplesse et adaptation. La formule associative permet un service à la carte. »

Localement, chaque conseil d’administration n’est pas l’outil d’une seule institution, il est composé de quatre collèges (élus locaux, État, monde économique, associations), qui peuvent chacun accueillir des représentants très différents. Par exemple, pour celui de l’État, le sous-préfet, le responsable de Pôle emploi, de la Direccte ou de la DDCSPP (Direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations) peuvent siéger, voire tous. Chaque mission, structure associative, a sa propre configuration dans ce cadre collégial et sa propre organisation. Celle du Haut-Périgord est ainsi bicéphale, à Thiviers et à Nontron, et a choisi de tenir 11 permanences pour coller à sa particularité rurale et aux difficultés de mobilité des jeunes, afin de trouver des solutions de proximité. Douze agents sont répartis sur les deux sites.

L’emploi et la formation sont souvent la porte d’entrée qui permet d’intervenir sur d’autres besoins exprimés par les jeunes : l’accompagnement peut se faire sur le numérique, l’accès aux droits, la santé, les vacances, la famille... « La plus-value dans les relations individuelles et collectives que nous avons avec eux, c’est la visée éducative vers l’autonomie. 60 % des jeunes arrivent par le bouche-à-oreille, c’est la meilleure reconnaissance que nous puissions avoir. » Et la reprise de confiance en eux le plus cadeau qu’ils offrent à leurs conseillers. Ils sont 1 200 par an à fréquenter la Mission locale du Haut-Périgord et nombreux à exprimer leur soutien à leur Mission locale. 


Réussir le Périgord
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