Auteur : Alexandre Merlingeas
Publié : vendredi 14 décembre 2018

La Roque-Gageac. Entrepreneur forestier depuis près de 30 ans, Jacques Tuneu va prendre sa retraite avec un carnet de commande bien rempli. Il a trouvé un successeur en la personne d’Anthony Bontems.

Passage de témoin dans les travaux forestiers

Comme pour le cycle d’un arbre, les hommes et leurs entreprises font leur temps. Arrive le moment où ils doivent passer la main. Jacques Tuneu a 60 ans et il a fait valoir ses droits à la retraite pour 2019. L’entreprise de travaux forestiers “Le Castor“ qu’il a créée en individuel en 1990, avant de muter en SARL après la tempête de 1999, suite à la mise en place de la mécanisation, évolue dans le secteur de l’abattage des arbres. « J’ai eu une carrière longue. J’ai fait tous mes trimestres. J’ai commencé à bosser dans les bois dès l’âge de 13 ans », raconte-t-il avec un léger amusement. Il a la chance d’avoir trouvé son successeur.

Originaire de Sarlat, Anthony Bontems a 25 ans. Il a monté depuis deux ans sa propre entreprise “l’Abatteuse du Périgord“, à Vitrac, qui va prendre la suite de l’activité de Jacques Tuneu. « Nous nous sommes connus lorsqu’il est venu couper du bois chez mon frère, explique le jeune homme. Je cherchais à faire ce métier depuis deux ou trois ans. Je n’arrivais pas à y entrer. J’allais abandonner. » « Il avait du mal à trouver une formation en abattage, reprend Jacques. Avec mes relations professionnelles, j’ai pu le faire entrer. » Anthony a suivi une formation pour adulte au lycée agricole de Bazas (33). Il y est initié, en particulier, à manipuler la tête de l’abatteuse sur un simulateur avant de passer sur une machine grandeur nature. « On apprend à regarder quelqu’un qui sait travailler », précise Jacques qui finit de l’initier. 

« Transmettre mon savoir-faire. »

Actuellement, elles sont trois entreprises à travailler ensemble, avec le débardeur Denis Tiesse de Servantibois. « Anthony est sur le point de prendre ma relève. On a beaucoup de travail d’avance ; presque deux ans. Je me suis spécialisé dans le feuillu. Peu d’entreprises le font. Servantibois s’est installée avec moi. Il fallait trouver une solution pour assurer la continuité du travail. J’ai des connaissances professionnelles sur l’exploitation mécanisée du feuillu. J’ai toujours cherché à transmettre mon savoir-faire. »

Le jeune homme est très satisfait de ses premiers pas dans le métier : « Ça me plaît. On m’a appris comment m’organiser. Ma formation était spécialisée dans le résineux. Il n’en existe pas dans le feuillu. Ce n’est pas du tout la même chose. Je partais de zéro. » Jacques Tuneu réalise plus de 90 % de ces chantiers forestiers avec du feuillu, dans un rayon d’une cinquantaine de kilomètres autour de chez lui, essentiellement en Périgord noir. Le Castor réalise un chiffre d’affaires aux alentours des 200 000 Ä. Il extrait entre 20 000 et 25 000 stères par an.

Le métier a bien évolué. Il est loin de l’image du bûcheron avec sa tronçonneuse, qui lui colle à la peau et éloigne les jeunes de la profession. « Il m’arrive de ne pas sortir la tronçonneuse pendant plusieurs mois, raconte Jacques. Quand je me suis installé, beaucoup d’agriculteurs faisaient du bois. On avait de nombreux bûcherons manuels. Le métier s’est vraiment mécanisé en Dordogne suite à la tempête de 1999. Le machinisme a compensé la perte des bûcherons manuels. » Aujourd’hui, ces derniers n’existent presque plus. La mécanisation est complexe et nécessite de lourds investissements que les banquiers sont réticents à consentir à des jeunes. Jacques Tuneu explique : « Si je n’avais pas accompagné Anthony, notamment à la banque, il n’aurait pas eu sa machine. Il n’aurait pas pu s’installer à son compte. » L’achat d’une pelle lui aura coûté quelque 120 000 Ä. Une belle somme à emprunter lorsque l’on a 25 ans.

 

 


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