Auteur : Lionel Robin
Publié : vendredi 7 décembre 2018

Agribashing. Les attaques se multiplient contre les pratiques agricoles par des associations qui ont souvent l’oreille des grands médias. Au risque parfois de travestir la réalité comme l’a fait Greenpeace avec sa carte des fermes-usines.

À tort dans le collimateur

Qu’est-ce qu’une ferme-usine ? Qu’est-ce qu’une ferme, qu’est-ce qu’une usine ? Questions saugrenues ? Pas tant que ça. Apprendre que la Dordogne compterait une dizaine de fermes-usines nous fait tomber des nues. Une ferme-usine, quand on vit dans la campagne périgourdine, on imagine ça plutôt en Chine, aux États-Unis, avec des animaux entassés les uns sur les autres, ne voyant jamais, ô grand jamais, le moindre brin d’herbe, apercevant à peine un bout de ciel. En Périgord, même les poulets ont droit à leur parcours enherbé. Alors ? Greenpeace voit des fermes-usines partout (voir ci-dessous), l’association L214 envoie des guides dans les écoles pour éduquer les enfants contre l’élevage et la viande en Corrèze, l’association Générations futures décerne les mauvais points aux départements consommant le plus de glyphosate... À chaque fois, c’est bien l’agriculteur qui est désigné coupable. Présomption d’innocence ? Bafouée pour répondre aux attentes de la société. 

« Nous ne sommes pas des industriels », se défend Bernard Dufraisse, l’un des exploitants du Bœuf de Coutancie. Son exploitation est justement dans la liste d’une dizaine de fermes-usines répertoriée en Dordogne par Greenpeace. Le Bœuf de Coutancie ? Une viande haut de gamme commercialisée dans des boucheries prestigieuses. La structure du nord du Périgord vert est en fait un regroupement de trois exploitations agricoles. Ensemble, effectivement, elles dépassent le seuil d’effectifs de bovins retenu par l’ONG. Mais sur une SAU de quelque 500 hectares, dont la moitié en prairies « qui sont des pièges à carbone », souligne l’éleveur. Et ces vaches passent bel et bien une partie de l’année au pâturage. Drôle d’usine en l’occurrence.

Un compost bio

Même si les interrogations quant aux pratiques d’élevage peuvent être légitimes, c’est bien l’ignorance et la manière de mettre tout le monde dans le même sac qui posent question. Ainsi, Greenpeace s’inquiète d’éventuelles pollutions des eaux provoquées par ces fermes usines. Or, Bernard Dufraisse, sa femme, son fils, les trois exploitants, recyclent 90 % des lisiers et fumiers. Leur compost, labellisé bio, est commercialisé sous la marque Biofertil, en jardinerie, mais aussi auprès de prestigieux vignobles bordelais ou maisons de cognac. Une exception de ferme à taille humaine qui confirme la règle ? Et si c’était eux, en fait, la règle ?

Si l’on en croit ces associations, ne représentant souvent qu’une petite minorité d’individus, l’agriculteur est coupable. Coupable, mais de quoi ? D’exercer son métier comme il le peut, comme il le doit, en respectant les lois et réglementations ? Coupable de répondre à cette société, qui exige de lui de produire un aliment de qualité au prix le plus faible possible ? Et qu’importe si pour répondre à ce paradoxe, l’agriculteur ne peut pas vivre décemment de son métier ! Coupable, l’agriculteur, d’essayer coûte que coûte d’évoluer tous les trois ou cinq ans pour obéir à de nouvelles exigences administratives. Quelle profession subit autant de changements radicaux en si peu de temps ?

« Notre métier, c’est passer la moitié du temps à apporter du soin à nos animaux », défend Bernard Dufraisse. Comme tous les éleveurs, il rappelle que pour avoir une viande de qualité, les animaux doivent être élevés dans de bonnes conditions.

Bernard Dufraisse a pris la suite de son père Charles. Ainsi, cette ferme existe, avec ces effectifs, depuis 1972, sans que l’administration ou les voisins aient eu à y redire. « Nous respectons les animaux, l’environnement et les réglementations. » Et l’exploitant de rappeler que, outre les trois membres de la famille qui y travaillent, la structure emploie une vingtaine de salariés et fait intervenir des sous-traitants comme des entreprises de travaux agricoles, sur un territoire où le dynamisme économique passe surtout par l’agriculture.

Dès qu’une nouvelle crise alimentaire surgit, l’agriculteur est à nouveau le coupable idéal. Dès lors que le contenu de l’assiette est possiblement dangereux, il est coupable. Et on oublie tous ces milliers de repas où l’on a juste pris du plaisir à manger.

Si l’agriculteur est coupable des maux de notre société, alors, soyons-en sûrs, nous sommes tous, au moins, complices.

 

 

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