Auteur : Laetitia Lemaire
Publié : vendredi 16 novembre 2018

Judiciaire. La vingtaine d’agriculteurs, jugés en première instance à Bergerac pour des actions menées lors d’une manifestation, à Sarlat, en août 2015, comparaissaient face à la Cour d’appel de Bordeaux, mardi 13 novembre.

« Ce sont de braves gens »

Ils sont venus en nombre. Paisiblement, plus d’une soixantaine d’agriculteurs se sont retrouvés au pied des marches de la Cour d’appel de Bordeaux. Pour pique-niquer et “manifester“. Manifester leur soutien plutôt que leur mécontentement. Car une vingtaine d’entre eux étaient cités à comparaître pour un procès en appel. Les faits qui leur sont reprochés : dépôt d’ordures dans un lieu non-autorisé et vol en réunion, lors d’une manifestation qui s’est déroulée à Sarlat, en août 2015.

Cet été-là, justement, les agriculteurs s’étaient levés comme un seul homme, avaient pris leurs tracteurs, leurs bennes de fumier et une ou deux tonnes à lisier pour aller manifester leur colère et leur désespoir.

Deux ans plus tard, en première instance, le tribunal de Bergerac relaxait les vingt qui étaient poursuivis par quatre grandes surfaces (Casino, Leader Price, Lidl et Leclerc). Trois ans plus tard, les voilà de nouveau au tribunal, jugés en appel. Leur détresse est la même, mais ils sont tous largement calmés. D’où la manifestation qui n’en est pas une, à l’extérieur du palais. « Quelle que soit la décision prise aujourd’hui, les agriculteurs, maintenant, n’ont plus envie ou ont peur d’aller manifester », déplore Pierre-Henri Chanquoi, président des Jeunes Agriculteurs de Dordogne.

« Une hérésie juridique »

 Pas tant que les syndicats ont envie de remettre le monde agricole dans la rue, mais comme le rappelle Pierre-Henri Chanquoi « c’est le droit à manifester qui est en question. Ce jour-là, à Sarlat, on nous a tendu un piège... pour qu’à terme, les agriculteurs n’aient plus jamais envie de protester. »

Mais lors de sa plaidoirie, l’avocate de la partie civile (Casino et Leader Price) souligne : « Ce que condamnent les enseignes, ce n’est pas la détresse des agriculteurs mais les abus », avant de se focaliser sur le jugement de première instance : « C’est une hérésie juridique. Il est impossible de laisser un jugement qui donne une légitimité aux agriculteurs non pour manifester mais pour le faire sans limites. »

L’appel des syndicats 

Tel était le point de faiblesse sur lequel la défense, en la personne de Me Ducos-Ader, savait qu’elle serait attaquée, lors de cet appel. « Plus on monte dans la juridiction, plus le problème juridique s’affine ». En réaction, la défense s’est donc appliquée à démontrer que tout a été fait dans les règles, selon des ordres précis. « Les gens qui sont poursuivis n’ont fait qu’obéir aux consignes. » Un axe de défense appuyé par le témoignage des prévenus : « Sur mon tracteur, on ne le voit pas sur les photos mais c’est le drapeau de la FDSEA qui est accroché, pas celui de mon EARL » ; « J’ai répondu à l’appel syndical ».

Me Ducos-Ader ajoute, s’adressant au président de la cour : « Ce ne sont pas des casseurs. Ce sont de braves gens, venus vous dire que vous n’avez pas à rougir de ne pas modifier un premier jugement qui était humain. » Il ne s’est pas privé de tempêter ensuite sur la partie civile (Casino), qui réclame 5 500 e de dommages et intérêts, « le préjudice maximum ; mais vous prenez les agriculteurs pour des vaches à lait ! » L’avocate générale a, quant à elle, demandé réformation du jugement ainsi que des amendes assorties de sursis, « pour qu’il y ait un droit de manifester, bien sûr, mais un droit de voler, non ».

Le jugement sera rendu le 11 décembre prochain.


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