Auteur : Lionel Robin
Publié : vendredi 9 novembre 2018

Arboriculture. Un printemps doux et pluvieux, un été chaud et sans pluie mais des orages violents, une sécheresse jusqu’à la mi-octobre… La météo a eu des impacts directs sur les récoltes de pommes, châtaignes et noix. Le point avec Didier Méry.

Le climat : bons et mauvais tours

Les années se suivent et ne se ressemblent pas toujours. Et c’est tant mieux pour les arboriculteurs, victimes du gel l’an dernier, qui leur avait largement amputé leurs récoltes. Cette année, pas de gel, donc des récoltes plus importantes, qui correspondent surtout aux moyennes quinquennales, hors 2017. Pour autant, il a fallu gérer les aléas climatiques, notamment les effets du réchauffement qui sont aujourd’hui indéniables. « C’est la première fois en 35 ans que je vois une récolte de pommes sans une goutte de pluie », constate Didier Méry, conseiller arboriculture à la Chambre d’agriculture de la Dordogne.

Une récolte sans pluie pourrait passer pour anodin, sauf que ça pourrait avoir des implications dans un avenir proche. « Cette année, c’est sur la période de la récolte mais dans le cahier des charges de l’AOP Pommes du Limousin, il est interdit d’irriguer le mois précédant la récolte, souligne Didier Méry. Or, des arbres sans eau avant la récolte ne peuvent pas faire de réserves, ce qui pourrait avoir une incidence l’année suivante. » Cette année, le conseiller estime qu’il n’y a pas trop lieu de se plaindre, en Dordogne, puisque l’été a connu trois épisodes pluvieux, le 4 juillet, le 12 août et le 6 septembre.

Malgré tout, le climat aura impacté la qualité des pommes récoltées. Les pluies du printemps ont causé un désordre physiologique avec un manque de calcium qui influe sur la conservation des fruits. Du coup, cette récolte se caractérise par une qualité moyenne.

Les volumes, toujours pour la zone Pommes du Limousin, sont dans la moyenne des cinq dernières années, si on fait abstraction de 2017. En revanche, constate Didier Méry, « il y a beaucoup de disparités en fonction des zones ». En fait, dans les zones qui ont souffert du gel, les arbres en réaction se sont retrouvés beaucoup plus chargés. À l’inverse, ceux qui ont moins subi le gel l’an dernier ont moins produit. « Ainsi, Limdor, en Haute-Vienne, a fait une récolte supérieure à la moyenne quand Perlim, en Corrèze, est en dessous », précise le conseiller en arboriculture. Grosso modo, la récolte se situera dans une fourchette comprise entre 75 et 80 000 tonnes.

Dans la vallée de la Dordogne, l’alternance est moins marquée parce que les opérateurs locaux utilisent plus volontiers des méthodes antigel. Du coup, la récolte est moindre, en particulier sur les variétés gala, rouge américaine et chanteclerc.

Le marché démarre sur des bases correctes mais les professionnels s’inquiètent de l’impact que pourrait avoir sur les prix la production polonaise. En effet, la Pologne est devenue le troisième producteur mondial et représente aujourd’hui 50 % des pommes consommées dans l’Union européenne.

Des volumes importants

Les châtaignes et les noix avaient été particulièrement impactées par le gel d’avril 2017. C’est donc sans surprise que les récoltes 2018, pour ces deux fruits, sont bien au-dessus des volumes de l’an dernier.

« La récolte de châtaignes se caractérise par son étalement puisqu’elle a commencé le 10 septembre dans les Charentes, pour s’achever il y a quelques jours pour les vergers les plus tardifs », souligne Didier Méry. Là aussi, la météo si particulière interpelle le technicien : « On a eu des jours de récoltes caniculaires, avec, par exemple, les 11 et 12 septembre des températures de nuit aux alentours de 23-24 °C ». Entre cette chaleur au moment de la récolte et un mois de juin chaud et humide, la qualité s’en ressent avec beaucoup de pourriture, obligeant certains opérateurs à interrompre prématurément la récolte. « Les écarts de qualité sont très importants. » C’est l’irrigation qui fait toute la différence. Les vergers irrigués ont donné de très belles récoltes quand d’autres vergers, non-irrigués, ont livré des châtaignes à peine voire pas du tout commercialisables.

Pour la noix, c’est une très belle récolte, bien supérieure à la moyenne quinquennale. Pourtant, les professionnels sont déçus. « Nous nous attendions à beaucoup mieux, regrette Didier Méry. Au printemps, nous étions vraiment enthousiastes tant les arbres étaient chargés. » Encore une fois, dû à l’alternance provoquée par le gel de l’an passé. Las, les deux orages du 4 juillet et du 12 août ont flétri cette belle promesse. Le 4 juillet, de 7 à 8 000 arbres ont été jetés au sol et les vents ont tant secoué les arbres qu’une partie des fruits s’est retrouvée au sol.

En revanche, l’absence de pluies en septembre a inquiété les producteurs. Les brous ne s’ouvraient pas, laissant craindre le pire. Finalement, la pluie est arrivée et la récolte a pu démarrer. En revanche, ce temps prolongé dans les brous a eu une incidence sur l’aspect et les coques ne sont pas extra.

Le marché s’annonce probablement plus difficile. « Nous avons eu des prix élevés ces dernières années, on s’attend donc plutôt à un fléchissement », conclut Didier Méry.

 

 

RETROUVEZ L'INTÉGRALITÉ DE NOTRE DOSSIER CHEZ VOTRE MARCHAND DE JOURNAUX.


Réussir le Périgord
7, rue du Jardin Public - BP 70165 - 24007 Périgueux cedex