Auteur : Alexandre Merlingeas
Publié : vendredi 12 octobre 2018

Énergie. En dépit de l’annulation du permis de construire, cet été, Jules Charmoy et les agriculteurs de la SAS Méthacycle vont mettre en marche le méthaniseur, dont la construction est presque terminée.

« On va lancer l’activité »

Au Gaec des Charmes à Saint-Aquilin, l’activité sem-ble se dérouler comme si de rien n’était. Juste au-dessus de la stabulation où se trouve le troupeau de limousines, on aperçoit le méthaniseur avec son digesteur quasiment achevé. Un peu plus bas, en empruntant la large route refaite qui accède à la ferme, on longe le séchoir en cours de construction. Il doit bénéficier de la chaleur produite par le biogaz. En voyant cette activité débordante, difficile de croire que le permis de construire du méthaniseur a été annulé, début juillet, par le tribunal administratif de Bordeaux, alors que les agriculteurs ont toujours l’autorisation de l’exploiter par le biais de l’ICPE (Installation classée pour la protection de l’environnement). 

Jules Charmoy, président de la SAS Méthacycle qui regroupe quatre associés et huit apporteurs, fait l’historique qui aboutit à cette situation ubuesque, de la visite en 2012 du méthaniseur de Marcillac-Saint-Quentin avec la Cuma de Pierre Brune au lancement d’une étude de pré-faisabilité en 2014. Un collectif de riverains se forme pour s’opposer au projet, en pleine polémique sur la construction d’une autre unité, à Saint-Astier. En 2016, le permis de construire est validé par la préfecture de Dordogne.

Déséquilibre entre zone agricole et zone naturelle

La procédure engagée connaît alors plusieurs temps. « Après des recours, il restait la procédure sur le fond qui aurait dû être arrêtée. Mais nous sommes en carte communale où ne sont pas déterminées des zones agricoles mais des zones naturelles », explique Jules

Charmoy. Cela signifie que l’on peut construire des ouvrages agricoles à condition de prouver leur nécessité. « Le juge s’est engouffré dans cette brèche en disant qu’on n’avait pas apporté les preuves suffisantes de la nécessité agricole. C’est compliqué, la décision est laissée à l’appréciation d’une personne et de ses sensibilités », reconnaît-il avant d’ajouter : « Il y a nécessité agricole car nous sommes en zone vulnérable et devons gérer nos déchets. Nous avons fait appel de la décision. Nous avons interpelé les députés sur le fait qu’il existe une distorsion de concurrence entre les agriculteurs, qui sont sur des PLUI (Plan local d’urbanisme intercommunal), avec des zones agricoles claires et nous, en carte communale. » Jules Charmoy
précise que la mairesse de la commune a engagé la commune dans la procédure sans en parler à son conseil municipal.

« On tient debout »

En attendant, les travaux lancés en mai dernier sont presque terminés. Il ne reste plus qu’à régler quelques questions électriques et la SAS va commencer à lancer, dès le 20 octobre, l’activité biologique du méthaniseur en cogénération, d’une capacité de production de 299 kWh, prélude à une véritable mise en service. « Nos avocats nous disent qu’on peut le faire sans problème. On va lancer l’activité. C’est 3,4 MÄ d’investis. Si on arrête, on laisse 16 personnes sur le carreau, y compris moi, une liquidation judiciaire, toutes les structures autour de l’exploitation comme la boulangerie de producteurs, à Léguillac-de-l’Auche, ou la plateforme bois-énergie, à Chantérac, qui disparaissent. Il faut 20 000 Ä par mois pour rembourser. »

Malgré cette situation très inconfortable, l’agriculteur veut rester optimiste : « On est au bord du précipice mais, pour l’instant, on tient debout. On a fait le choix de regarder de l’autre côté et voir qu’on est projet pilote pour la Draaf avec la création d’un GIEE. Je pense que la clé de l’agriculture de demain se situe dans la production d’énergie biogaz, dans le département, et la valorisation du produit, ce que l’on fait avec la vente directe. »

Le rêve de l’énergie positive

Quant à la forte volonté des opposants, Jules Charmoy tente de l’expliquer et se défend : « Il existe des aspects personnels et anti-agricoles. Par exemple, on nous reproche de toucher beaucoup de subventions alors que celles de la commune baissent. On nous accuse d’industrialiser l’agriculture alors qu’il n’y a rien de plus naturel que faire du biogaz avec un méthaniseur, qui est une panse de vache reconstituée. » Pour lui, c’est relocaliser l’économie et l’énergie, « au lieu d’aller chercher du gaz ou du pétrole chez Poutine ou dans des pays peu recommandables en matière de droits de l’homme ». 

Ancien militant à Greenpeace pendant ses études, à Toulouse, il rêvait « de faire une ferme sans pétrole ». Il argumente : « La méthanisation est une clé pour l’avenir de la Dordogne, car nous avons des prairies sous-valorisées, avec un élevage extensif qui est très respectable et utile. Avec la méthanisation, on apporterait de la sécurité dans les revenus et le fonctionnement. On peut envisager passer les fermes en énergie positive pour que, demain, nous soyons, à ce titre, autonomes. »


 

EN CHIFFRES

 

  • 3,4 M d'euros coût du méthaniseur et du séchoir, dont environ 1,1 M d'euros de subventions

Réussir le Périgord
7, rue du Jardin Public - BP 70165 - 24007 Périgueux cedex