Auteur : Alexandre Merlingeas
Publié : vendredi 5 octobre 2018

Rencontre. Le CrDA du Périgord pourpre Vallée de l’Isle et l’Anefa Dordogne ont invité les élèves du lycée agricole et de la MFR de Périgueux à venir découvrir, pendant une journée, la fraise, une production en quête de repreneurs.

Coup de projecteur sur la fraise

À  l’occasion de cette journée de découverte, le 2 octobre à Cendrieux, le CrDA et l’Anefa ont visé juste en se rendant chez Franck Pernot du Dubreuil. Le producteur et président de l’interprofession de la Fraise du Périgord cherche un repreneur pour son exploitation, qui produit également de la framboise et bientôt des noix. Il se trouve dans la même situation que bon nombre de fraisiculteurs, qui ont la cinquantaine bien avancée et le rêve en tête d’une retraite méritée. Bruno Faure, le président du CrDA, a expliqué en préambule la genèse de cette journée : « J’ai soumis cette idée au conseil d’administration du CrDA. On a cherché des partenaires pour nous soutenir, qui sont l’Anefa et les organismes de formation. L’objectif est de susciter l’envie de produire des fraises et faire la promotion des métiers de la filière. Le public est essentiellement des jeunes en BTS et en bac pro. Sur mon CrDA, j’ai presque toutes les filières du département qui sont représentées, soit une vingtaine. Le principe serait de faire un zoom sur chacune d’entre elles, soit deux journées par an. »

Près de 80 étudiants de la MFR de Périgueux, du CFA et du lycée agricole de Coulounieix-Chamiers avaient fait le déplacement à Cendrieux. Ils ont assisté, dans la matinée, à quatre ateliers (technique, économique, emploi et transmission), avant un éclairage l’après-midi, à la salle des fêtes de Cendrieux, sur les modes de commercialisation, et une dégustation de desserts à base de fraises préparés par les élèves du lycée agricole de Coulounieix-Chamiers. 

Extension du hors-sol

Au fil des ateliers, accompagnés de témoignages d’agriculteurs, s’est dessinée une filière emblématique du département, qui possède des atouts tout en rencontrant certaines difficultés. Bernard Plantevin, conseiller fraise à la Chambre d’agriculture, a pu donner un aperçu de la filière à travers quelques données chiffrées. En 2016, la fraise en Dordogne comprend 230 producteurs pour 750 tonnes produites. Si la surface totale de la fraiseraie et le nombre d’exploitations ont été divisés par deux depuis 2000, les volumes sont restés assez stables ces dix dernières années. « On a gagné en technicité et l’on produit davantage à l’hectare », a-t-il expliqué. 

Sur les 350 ha actuellement en production, 130 ha le sont en hors-sol. « Cette proportion devrait continuer à s’accentuer en faveur du hors-sol puisque beaucoup de ceux qui s’y sont mis sont jeunes. Mais la production au sol reste intéressante, notamment en vente directe », selon le conseiller. En commercialisation, on constate une extension des volumes écoulés par les opérateurs privés et la vente directe au détriment des coopératives.

Côté emploi, Valérie Laffargue, directrice de l’Anefa Dordogne, et Corinne Cabrillac, productrice, ont listé les différents métiers de la production. « Le fraisiculteur a besoin d’aide et de saisonniers qui ne font pas seulement la cueillette », a bien précisé Corinne Cabrillac.
6 220 salariés sont employés en cultures spécialisées, dont fait partie la fraise, production dont il est plus difficile d’isoler les chiffres en matière d’emploi dans les statistiques de la MSA. Le coût de la main-d’œuvre constitue un élément majeur des charges de production en fraisiculture (50 % à 60 % selon les itinéraires techniques). 


 

ZOOM

Grandir encore

10 basAurélie Puech a livré le témoignage de son expérience avec l’atelier installation. Ancienne technicienne de la Socave, elle s’est installée hors cadre familial, à Chantérac, en 2010, dans un premier temps en tant que cotisante solidaire auprès de la MSA, sur l’exploitation de Michel Villechauvin ; puis, en 2013, avec la DJA et les prêts bonifiés. Elle a repris en fermage les 9 ha sur lesquels elle fait aujourd’hui 3 000 m2 de fraises au sol, 2 ha de noyers, autant en châtaigniers, et un demi-hectare de maraîchage. Elle réalise un chiffre d’affaires annuel d’environ 30 000 Ä. Elle vend principalement sa production en vente directe, sauf la châtaigne. Elle écoule sa production à la ferme, auprès de cantines ou sur des points de distribution via des réseaux comme La ruche qui dit oui. Elle fait aussi quelques marchés l’été. Cinq ans après, elle arrive à un moment charnière de son développement où elle doit passer un cap, car elle atteint les limites de ses possibilités, toute seule sur l’exploitation avec une saisonnière. « Je cherche un associé ou de la main-d’œuvre. Il faudrait que j’augmente mon chiffre d’affaires en développant un peu la production.
Mon problème est d’arriver à produire en maîtrisant les charges. »
Par ailleurs, elle s’est dite inquiète de la suppression du Tode, au 1er janvier 2019, et du surcoût potentiel engendré sur la main-d’œuvre saisonnière. 

 

 

 

 


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