Auteur : Alexandre Merlingeas
Publié : vendredi 28 septembre 2018

 

Syndicalisme. La FDSEA 24 et les JA se sont rendus à la DDT (Direction départementale des territoires) pour demander le maintien du Tode (Travailleurs occasionnels demandeurs d’emploi), qui allège les charges sociales sur les saisonniers.

Les agriculteurs tiennent au TODE

Lundi dernier, la FDSEA 24 et les JA ont charrié une délégation assez imposante à la DDT (Direction départementale des territoires) de Dordogne, à la cité administrative de Périgueux, pour y rencontrer Didier Kholler, le directeur. Objet de cette réunion de crise : la disparition du Tode. Sa suppression semble bel et bien se concrétiser depuis l’annonce officielle du Premier ministre, Édouard Philippe, le 19 septembre dans le cadre du projet de loi de finances 2019 qui a été présenté le 24 septembre en Conseil des ministres. Son application serait effective à compter du 1er janvier 2019, et le moins que l’on puisse dire c’est qu’elle n’enchante pas les filières les plus utilisatrices de main-d’œuvre saisonnière en Dordogne : fraises, pommes, prunes, vignes, légumes, semences… Différents représentants des filières ont expliqué de vive voix au directeur de la DDT tous les dangers pour leurs productions si une telle mesure est adoptée. « Nous en avons besoin pour que nos exploitations gardent leur rentabilité, explique simplement Laurence Rival, responsable de la commission emploi à la FDSEA 24 et viticultrice à Singleyrac. C’est 189 e de charge en plus par mois et par salarié. Des exploitations comme la fraise ou d’autres mangent leur bénéfice. Et puis, avec ce système, on arrivait à fidéliser les salariés. » Le syndicat estime la perte à 2,5 MÄ pour l’agriculture du département, soit plus de 13 200 contrats saisonniers concernés. « En plus, on commence à avoir de nouveaux besoins avec la suppression des herbicides et la culture biologique. Nous cherchons des chauffeurs d’engins plus qualifiés qu’avant, sur des courtes périodes, pour le
désherbage mécanique »,
ajoute Éric Chadourne, président de la Fédération des vins de Bergerac. Élément confirmé par Côme Lapierre, chef de culture aux Vergers de la Californie, qui produit des pommes et des myrtilles à Grun-Bordas : « La logique de baisse des phytosanitaires entraîne une augmentation de la main-d’œuvre pour le nettoyage des vergers. Nous sommes en vergers éco-responsables. » En pommes, le surcoût est estimé à 2 500 Ä par hectare.
Appel aux députés « Si le CICE va être compensé par un allégement de charges sociales, le Tode a un impact énorme sur environ 1 200 fermes sur les 5 000 présentes en Dordogne », affirme Fabien Joffre, président de la FDSEA 24. Le coût du travail saisonnier en France est déjà 27 % plus cher qu’en Allemagne et 37 % au-dessus de ce qui se pratique en Italie. « C’est un problème de compétitivité », ajoute Laurence Rival. Par exemple, en légumes, le coût du travail représente 30 à 70 % du coût de production. L’inquiétude va même jusqu’à mettre en question l’existence des filières concernées. Ainsi en est-il de l’une des plus emblématiques du Périgord : la fraise. « À terme, cela peut être sa disparition en Dordogne, annonce d’emblée Patricia Rebillou, présidente de l’association des producteurs de fraises et productrice à Cendrieux. On a déjà été restructurés il y a 20 ans. Les gens avaient trouvé leur place en circuit court, coopérative, grossiste… Les fraises, c’est du 10 janvier jusqu’au 15 décembre. Les saisonniers viennent au fil du temps en fonction des travaux. On compte 200 producteurs dans le département. » « Les politiques n’ont pas mesuré l’impact de la fin du Tode », en conclut Fabien Joffre. À l’issue de cette rencontre, les acteurs professionnels étaient bien décidés à solliciter les députés du département pour qu’ils agissent en faveur du maintien du Tode, lors de l’examen du projet de loi. Si la situation n’évolue pas favorablement : « Ça se durcira », prévient le président de la FDSEA 24. 

 


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