Auteur : Laetitia Lemaire
Publié : vendredi 28 septembre 2018

Périgueux. L’exposition “Nourrir au front, ravitaillement et alimentation des soldats pendant la Grande Guerre“, montée par Nicolas-Jean Brehon, est aux Archives départementales jusqu’au 11 octobre.

Histoires croustillantes des repas de soldats

“Tu fais quoi à midi ? - Je suis en pause déjeuner.“ En France peut-être bien plus que dans n’importe quel autre pays, on sait toute l’importance de cette pause octroyée à la mi-journée pour s’asseoir, s’arrêter et manger. Il est sans doute plus surprenant d’apprendre que, même en temps de guerre, cette fameuse pause était aussi scrupuleusement respectée. « Cette exposition est une approche inédite d’un sujet méconnu : la nourriture pendant la guerre, explique Nicolas-Jean Brehon, commissaire de “Nourrir au front, ravitaillement et alimentation des soldats pendant la Grande Guerre”. Le repas c’était le repos. On était en guerre mais quand on mangeait, on mangeait. Au front, c’était une pause dans les bombardements, à l’arrière, cela pouvait même être un plaisir. »

Tout au long de cette exposition, visible aux Archives départementales jusqu’au 11 octobre, Nicolas-Jean Brehon s’est efforcé de mettre en lumière les soldats et le rapport que les deux camps, français et allemand, avaient avec la nourriture. Les panneaux, composés autant de photos que d’anecdotes ou de mots croustillants, courent du ravitaillement au repas. Et l’on découvre, parfois avec étonnement, à quel point la vie pouvait se ressembler de chaque côté de la ligne de front. « J’ai voulu travailler sur un effet miroir entre la France et l’Allemagne, avec des photos parfois presqu’identiques de part et d’autre de la frontière. »

C’est ainsi que l’on découvre les deux premières boulangères de la guerre, l’une française, l’autre allemande, toutes deux héritières du commerce de leur père parti au front, ou deux cuisiniers, « même taille, même pose, même barbe... ils sont presque superposables », sourit Nicolas-Jean Brehon.

« Les rats sont arrivés avec la viande. » 

Pour “nourrir“ cette exposition, le commissaire a acheté 350 cartes postales et une centaine de photos, lu, épluché, décortiqué des centaines de livres et lettres d’archives. Un travail de deux ans effectué par cet enseignant qui a décidé de passer son CAP cuisine à 60 ans. « À cette occasion, j’ai lu beaucoup de livres sur la cuisine. Parallèlement, par hasard, j’ai abordé la guerre 14-18, et me suis aperçu que dans n’importe quel livre, les soldats parlaient de nourriture. Il y avait un sujet. »

Nicolas-Jean Brehon a restranscrit une partie de ces témoignages, où l’on apprend la différence entre le cuisinier désigné et le popotier, « celui qui se portait volontaire pour faire la cuisine aux copains, à base de bons produits, notamment récupérés dans les colis envoyés par les familles ; il en arrivait 200 000 par jour » ; où l’on découvre que la France était plutôt végétarienne avant la guerre et devient carnivore car les médecins chargés d’élaborer les rations distribuées aux soldats décrètent qu’ils doivent se nourrir de produits qui donnent des forces, de fait, de la viande (450 g par jour)... et du pain. « Plus de deux baguettes par jour et par personne, soit 750 grammes quotidiens. » On apprend également que les rats sont arrivés dans les tranchées à cause de cette viande surconsommée, gâchée, que les soldats ne digéraient pas et jetaient. Les histoires ne manquent pas, s’égrènent tout au long des panneaux, animent cette exposition au sujet surprenant et fascinant. Allez-y, régalez-vous, c’est en entrée libre jusqu’au 11 octobre.


Réussir le Périgord
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