Auteur : Propos recueillis par Lionel Robin
Publié : vendredi 21 septembre 2018

Économie. Si le président de la Chambre de métiers et de l’artisanat de la Dordogne, Didier Gouraud, voit plutôt d’un bon œil certaines propositions de la loi Pacte, il s’inquiète de la dématérialisation des démarches pour créer une entreprise.

De la pérennité des entreprises

Comme vos collègues de la CCI et de la Chambre d’agriculture, quel bilan faites-vous de cette première partie de l’année ?

Didier Gouraud, président de la Chambre de métiers et de l’artisanat de la Dordogne : C’est moins bon qu’en 2017. Nous avons vécu une stagnation par rapport aux espoirs nés de l’année passée. Nous avons l’impression d’être sur un palier d’attente avec cette question : pour monter ou pour descendre ? Nous voulons tout de même y croire un petit peu. Ce qui nous pose le plus de souci aujourd’hui, ce sont les difficultés de recrutement pour trouver du personnel capable de répondre aux besoins. C’est en particulier vrai dans le bâtiment, mais pas uniquement. Dans ce secteur, pendant la crise, il y a eu deux attitudes. Certains ont préféré faire le dos rond et conserver coûte que coûte leur personnel. D’autres, pour y faire face, ont été obligés de s’en séparer. Mais ces salariés ont dû trouver autre chose et ne sont plus sur le marché du travail. Il est donc difficile de trouver des personnes formées. Et les chefs d’entreprise hésitent à former du personnel qu’ils ne sont pas sûrs de conserver. La formation, c’est du temps, de l’argent et de la frustration quand la personne formée quitte l’entreprise. C’est vrai qu’on sent de l’expectative et l’économie, on le sait, ça marche aussi au moral.

Dans les métiers de bouche, la saison estivale n’a pas été extraordinaire, ce qui est embêtant puisque c’est une part importante de l’artisanat en Dordogne, soit 13 % des entreprises quand ce chiffre est à 7 % au niveau national. En même temps, d’un point de vue touristique, juillet a été catastrophique, et août normal mais pas suffisant pour rattraper le mois précédent.

Dans le bâtiment, les prévisions sont correctes. Dans l’ensemble, il n’y a pas de quoi être euphorique mais il ne faut pas avoir peur pour autant.

La loi Pacte (Plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises) est en cours d’examen. Qu’en pensez-vous ?

D. G. : Pour la Dordogne, je dirais qu’il y a des sujets intéressants pour l’artisanat. En revanche, pour la Chambre de métiers, c’est différent.

Les points positifs que je note pour les entreprises artisanales, c’est par exemple le droit de verser des primes à l’intéressement sans verser le forfait social. C’est vraiment une bonne chose pour les patrons comme pour les employés. Le droit à l’erreur est également un point positif. À propos de la transmission des entreprises, faciliter la reprise par les salariés en leur permettant d’accéder à des financements est aussi une bonne chose. On sait bien que les financements sont compliqués, et tout ce qui permet de faire effet de levier est le bienvenu. Sur ce point, il faudra quand même surveiller les modalités d’application. Les effets de seuil qui imposent certaines obligations aux chefs d’entreprise, et vont être modifiés, sont également intéressants. Surtout, je pense qu’avoir la possibilité de l’essayer, franchir le seuil et avoir 5 ans devant soi avant de passer aux obligations, va donner aux chefs d’entreprise le moyen de voir, en réalité, si ce cap est possible pour eux ou, au contraire, s’il faut qu’ils reviennent en arrière.

Tous ces éléments positifs sont des résultats qui ressortent des discussions que nous avons eues avec le gouvernement.

En revanche, en ce qui concerne l’impact de la loi Pacte sur la Chambre de métiers, vous êtes plus sceptique ?

D. G. : Le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, dit qu’il faut que tous les freins à la création d’entreprise soient levés. Ce qui veut dire que toutes les démarches sont un frein. Nous, nous prétendons le contraire.

Pouvoir créer son entreprise en ligne, ça existe déjà, c’est ce que peuvent les auto-entrepreneurs. Il suffit et il suffira à l’avenir de cocher des cases, par exemple pour le statut juridique de l’entreprise. Mais on coche laquelle ? Pourquoi ? Quel régime fiscal ? Ensuite, je tiens à rappeler que certaines professions sont soumises à une qualification que l’on obtient par diplôme ou par l’expérience acquise durant un certain temps. Si on ne peut pas prouver cette qualification, comment fera-t-on ? C’est aussi un risque pour les consommateurs, avec parfois des risques sanitaires.

Le Stage de préparation à l’installation (Spi) va devenir facultatif. Bien. Je rappelle que le Spi a été créé en 1982 parce qu’à l’époque, dans les cinq ans après leur création, 60 % des entreprises disparaissaient. Le Spi est un excellent moyen de préparer le futur chef d’entreprise à la vie de son entreprise, ses obligations, les interdictions... C’est aussi le moyen pour lui de rencontrer ses futurs partenaires (banques, assureurs...). Ça peut aussi être le moment où la personne comprend qu’elle n’est pas prête et qu’il vaut mieux s’arrêter de suite. Avec le Spi, le taux de pérennité des entreprises aujourd’hui se situe entre 85 et 89 % à 3 et 5 ans. Ce n’est pas inutile.

Ce que nous demandons, notamment à certains de nos députés, c’est de garder au moins la possibilité de faire ce Spi et le financer. Nous avons également demandé qu’il y ait au moins une fois, une rencontre entre le futur chef d’entreprise et quelqu’un de chez nous. Qu’il y ait ce contact où les choses peuvent être
posées, discutées, qu’une rencontre, même de quelques heures, soit obligatoire au moment de l’inscription. Il faut arrêter de laisser croire qu’être patron c’est simple comme un seul clic. Par ailleurs, pour nous, Chambre de métiers interrégionale (Gironde, Dordogne et Lot-et-Garonne), ça représente une ressource de quelque 600 000 Ä. Là aussi, ça posera la question des effectifs.


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