Auteur : Lionel Robin
Publié : vendredi 14 septembre 2018

Économie. Des conditions climatiques déplorables, des prix qui restent trop bas... Le président de la Chambre d’agriculture, Jean-Philippe Granger, s’inquiète mais veut poursuivre une dynamique en faveur de l’agriculture.

« Être au service des agriculteurs »

Au moment de la rentrée, quel bilan faites-vous de la première moitié de l’année et de cet été ?
Jean-Philippe Granger, président de la Chambre d’agriculture de la Dordogne : Ça se résume facilement : des conditions climatiques exécrables. Nous avons eu un début d’année avec beaucoup de pluies, des excès d’eau qui ont totalement désorganisé les chantiers pendant six mois. Toute cette eau a eu des impacts sur les fourrages et les céréales d’automne avec des résultats très décevants, à savoir de la quantité mais une piètre qualité et dans des conditions de récolte difficiles. Derrière cette longue période de pluies, nous avons eu des orages avec de l’eau, encore, de la grêle, du vent qui ont eu des répercussions sur les cultures pas encore récoltées ou en arboriculture. Juillet et août ont vu des secteurs frappés par la canicule et sans une goutte d’eau, de manière assez hétérogène.
Évidemment, de telles conditions climatiques ont eu un impact économique. Toutes les filières périgourdines ont été plus ou moins touchées. Mais je suis particulièrement inquiet pour l’élevage. Certains éleveurs ont été obligés de taper dans leurs stocks hivernaux, il y a une pénurie de paille et le cours des céréales remonte. Cette hausse est évidemment une bonne chose pour les céréaliers puisque les prix étaient trop bas. Mais ça va entraîner des coûts supplémentaires pour les éleveurs alors que, pour les laitiers, les prix sont similaires à ceux de l’an dernier et très bas en viande.
Je suis d’autant plus inquiet pour l’élevage, notamment de ruminants, que ça représente énormément en Dordogne en termes d’emplois, d’entretien des paysages et il y a une véritable inquiétude pour l’avenir.
Malgré tout et en particulier par rapport aux évolutions climatiques, nous continuons à la Chambre d’agriculture de mener des expérimentations pour adapter les pratiques agricoles au climat. Nous avons des solutions mais quand on voit une année comme celle-ci, c’est beaucoup plus compliqué.

Au printemps, la loi Agriculture et alimentation a été adoptée en première lecture à l’Assemblée nationale. En êtes-vous satisfait ?
J.-Philippe Granger : Cette loi n’est pas forcément satisfaisante, j’ai un peu l’impression qu’elle ne va pas changer grand-chose. Les agriculteurs attendaient beaucoup, notamment sur le calcul des prix mais les choses n’ont pas encore beaucoup évolué.
Nous avons tous les outils et tous les éléments à la chambre pour construire un prix rémunérateur pour les agriculteurs, mais...
Je pense que la loi a eu l’avantage de mettre au premier niveau de discussion l’agriculture et les agriculteurs, en prenant en compte leurs conditions de vie, leurs rémunérations, leur travail. Ça, c’est positif et il faut continuer dans cette voie pour aboutir à du concret dans les exploitations. Pour l’instant, je dirais qu’on est au milieu du gué. Effectivement, tout est dans la loi, il faut juste arriver à la concrétiser dans les fermes, arriver à l’appliquer en gardant l’esprit de la loi.

À l’instar d’autres chambres consulaires, comment êtes-vous touchés par les évolutions législatives ou réglementaires.
J.-Philippe Granger : Depuis le début de notre mandat, on ne sait pas d’une année sur l’autre ce qui va changer. A priori, les recettes issues de l’imposition ne bougent pas donc si on nous confie des missions supplémentaires, ça peut nous poser un problème. Jusqu’à présent, nous sous sommes lancés dans les appels à projet mais ce secteur devient de plus en plus concurrentiel.
En ce qui concerne la régionalisation, nous arrivons à un palier où toutes les obligations imposées par l’État seront atteintes pour les 12 chambres d’agriculture de la région Nouvelle-Aquitaine, avec le back-office qui sera mutualisé à partir du 1er janvier. Tout ça nous a coûté de l’argent. Et contrairement à d’autres, la construction du pôle interconsulaire a devancé les économies que nous serions censé faire avec la régionalisation. D’ailleurs, et c’est une réflexion a posteriori, si le choix avait été de construire des pôles interconsulaires plutôt qu’une régionalisation des chambres consulaires, ça aurait été mille fois plus efficace.
Notre contre-feu à la régionalisation a été la réduction de quatre à trois de nos antennes tout en développant le terrain. Notre rôle, c’est d’apporter de l’expertise aux agriculteurs, mais c’est surtout de leur donner envie. Il faut créer une dynamique autour des agriculteurs et arrêter de les montrer du doigt. C’est aussi notre rôle de répéter que, plus que jamais, l’agriculteur est conscient de son rôle par rapport à l’environnement alors qu’il a l’impression qu’on lui tape de plus en plus dessus. Il faut arrêter de sectoriser la défense de l’environnement et, au contraire, avoir une vision globale qui comprenne aussi l’agriculture.

En cette rentrée, vous entamez un gros chantier que vous estimez prioritaire sur la transmission/installation ?
J.-Philippe Granger : Cette année, au premier semestre, le nombre d’installation compense le nombre de départs. C’est intéressant pour nous. Dans le même temps, depuis deux ans, le fonctionnement de la transmission/installation à la chambre n’est pas satisfaisant, avec des remontées de terrain qui n’étaient pas bonnes. À partir de ce mois-ci, on réorganise ce fonctionnement, avec un protocole d’accompagnement de l’installé et du cédant, avec une spécialisation des tâches. L’installation ou la transmission, c’est de plus en plus complexe et une seule personne ne peut pas être bonne sur tous les thèmes. D’où l’idée d’une spécialisation.
Par ailleurs, pour répondre à la demande des JA, et après avoir travaillé avec eux sur ce sujet, nous allons mettre en place une prestation spécifique d’accompagnement et d’appui administratif et réglementaire. Ça concerne principalement les enregistrements réglementaires et le dossier PAC. On va commencer ici, avec une personne et si ça fonctionne, nous installerons cette prestation dans les antennes.
C’est comme ça que je vois le rôle de la chambre : être au service des agriculteurs.


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