Auteur : Laetitia Lemaire
Publié : vendredi 24 novembre 2017

Justice. Vingt agriculteurs comparaissaient mardi dernier devant le tribunal correctionnel de Bergerac. En cause : leurs actions menées lors d’une manifestation à Sarlat, en août 2015. Le délibéré sera rendu le 16 janvier 2018.

« Ils ont mieux à faire que manifester »

« On est là alors qu’il fait beau et qu’on pourrait être au champ. » Sébastien Lechevalier, président du syndicat des Jeunes Agriculteurs, traduit dans un grincement de dents le sentiment de tous et des vingt prévenus qui comparaissent, ce mardi-là, devant le tribunal correctionnel de Bergerac, en premier lieu. « Ce n’est pas par gaîté de cœur qu’on vient ici avec vingt prévenus appelés à la barre pour une manifestation qui date d’il y a deux ans. Surtout quand on connaît la situation du monde agricole aujourd’hui », renchérit Fabien Joffre, président de l’autre syndicat venu au soutien, la FDSEA.
La cause de ces agriculteurs, « qui représentent d’une certaine manière toute la profession », a mobilisé. Environ 80 de leurs collègues sont venus devant le tribunal par solidarité. Et des représentants de la Fédération des producteurs de lait étaient également présents. Même Thierry Roquefeuil, président national, a été appelé à la barre comme témoin de la défense. Une façon de reposer le contexte des agriculteurs au niveau national, qui entourait leurs actions en 2015. « Les prix et la situation se dégradaient dans les élevages. La grande distribution s’était engagée à s’approvisionner en produits français et ça n’était pas le cas à Sarlat. Je pense que les agriculteurs ont mieux à faire que de venir manifester et avoir ce genre de soucis judiciaires par la suite. Il y a eu des éléments tangibles qui ont provoqué et justifient ces manifestations », a-t-il souligné à la barre.

Quatre enseignes plaignantes

Sur les vingt agriculteurs, quatorze sont poursuivis pour dépôt d’ordures dans un lieu non autorisé (les abords de grandes ou moyennes surfaces), neuf pour vol en réunion et certains pour les deux chefs d’accusation. En face, quatre noms bien connus de la grande distribution : Casino, Leader price, Leclerc et Lidl. La première réclame 67 000 euros, la seconde 3 445 euros, Leclerc 11 362 euros et l’euro symbolique pour Lidl. Des montants qui font s’étrangler les responsables des syndicats, en premier lieu d’accord sur le principe d’une négociation. « Le syndicat est comme les agriculteurs aujourd’hui : nous n’avons pas les moyens de payer de telles sommes », a protesté Fabien Joffre en ironisant : « Avec les 150 000 euros qu’on nous a d’abord réclamés, on peut en nettoyer du fumier ».

Peines avec sursis

Malgré le nombre d’appelés à la barre et la colère sourde qui sous-tendait au moment de ces manifestations, les débats se sont déroulés dans le calme, les prévenus appelés par groupe devant le président Jean-Pierre Boucher, en fonction de la grande surface sur laquelle ils avaient agi. Tous ont témoigné qu’ils avaient suivi un mouvement – « J’ai fait ce qu’on m’a dit de faire », précisant pour certains la détresse dans laquelle l’agriculture se trouve.
Le parquet a requis des peines avec sursis (800 euros pour les dépôts d’ordures et deux mois de prison pour les vols). Le délibéré sera rendu le 16 janvier 2018.


EN CHIFFRES

  • 81 808 euros réclamés par les plaignants : Casino, Leclerc, Leader price et Lidl

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