Auteur : Laetitia Lemaire
Publié : vendredi 10 novembre 2017

Canards. À la Ferme de Biorne, on prépare le rush des fêtes de fin d’année, en élevant, gavant et abattant les canards comme on a toujours fait : en plein air et en toute autonomie. Comme si la crise de l’influenza n’était jamais passée par là.

Foie gras de canards libres comme l’air

La grippe aviaire ? Yves Noël Artaud hausse les épaules. « Ben... rien. » Mais encore ? « On ne l’a pas eue, on ne l’a pas vue. Ça ne nous a pas impactés. » Si, « un peu, concède Martine, son épouse. Parce qu’on a dû faire le vide sanitaire quand même. C’était le règlement. » À l’époque, l’éleveur a même un peu de chance. Car l’arrivée de nouveaux canetons était bloquée à partir de la mi-janvier et lui reçoit son dernier lot le 8. « On a continué de les élever en plein air, comme on a toujours fait », se souvient Yves Noël Artaud.
Ce serait ça alors le secret de cette ferme qui prépare aujourd’hui sereinement les fêtes de fin d’année, connue par les producteurs de palmipèdes gras comme étant la grosse période d’activité : le plein air et le naturel ? Dans la cour, les 250 canetons s’ébattent, courent, rentrent et sortent du bâtiment où ils disposent d’alimentation à volonté et d’eau courante. Pas de grillage pour les limiter à un espace. Le lot précédent, plus âgé, est un peu plus loin, sur un parcours grillagé avec le même système d’eau courante, « et un abri pour le soleil ». Été comme hiver, nuit et jour, les canards d’Yves Noël Artaud vivent ainsi, sans que ce dernier craigne les maladies ou la migration des oiseaux sauvages qui a lieu en ce moment. « Depuis quarante ans, mes canards n’ont eu aucun vaccin, aucun antiobiotique. L’important, c’est l’eau. Pas d’eau stagnante pour qu’elle soit propre, que les canards puissent se nettoyer et avoir la plume propre. Si la plume est propre, le canard est plus résistant aux maladies. »

Prix inchangés

À cela, Yves Noël Artaud ajoute une alimentation saine. Les trois  premières semaines, les canetons reçoivent de l’aliment calibré chez Sanders, d’une qualité fermière. Ensuite, c’est Yves lui-même qui prend le relais avec son propre mélange de céréales (blé, triticale et maïs), toutes cultivées sur place. « C’est pas bio mais c’est une agriculture très raisonnée. Pas de pesticides, pas de fongicides ; juste un peu d’herbicides aux semis, c’est tout. »
Il gave à la main pendant quinze jours, abat sur place, transforme sur place durant cinq jours. Pour son épouse et lui et leurs cinq salariés, la crise aviaire en est restée à l’état de menace. Mais produire en autonomie a protégé la ferme. « Je n’ai pas de bâtiments donc je n’ai pas eu à demander d’aides pour investir dessus. Et comme je suis cohérent, je n’ai pas augmenté mes prix. Je ne vais pas profiter d’une tendance ou répercuter une hausse sur le consommateur alors que je n’ai pas souffert de cette crise. » Ce qui pourrait être, à terme, un avantage : « Le produit va se raréfier. Donc les industriels vont finir par augmenter leurs tarifs. C’est une chance pour moi parce qu’on va se retrouver à pratiquer les mêmes prix alors que nous, nous avons la qualité en plus. »
Pas de stress donc à l’approche des fêtes. Yves va continuer à vendre sur le marché de Bergerac et dans la vingtaine de salons qu’il assure en France et à l’étranger.


 

L'ENTREPRISE

  • La Ferme de Biorne, Lunas
  • 5 salariés
  • Élevage, gavage, transformation de canards. Production de céréales.
  • 2 250 canards élevés, gavés, abattus et transformés sur place, chaque année.

Démarrage en douceur

2276 palmipedesC’est vrai qu’ils sont peu nombreux, ce mercredi, pour la deuxième journée d’ouverture du marché au gras. Sept producteurs. Le samedi d’ouverture, ils étaient onze. Le traditionnel chapiteau semble bien vide et l’on a vite fait de déambuler au milieu des cous farcis et autres magrets.
Pour autant, les producteurs de palmipèdes gras ont plutôt le sourire. Malgré le froid, les clients sont là, des habitués pour la plupart, qui se désolent parfois d’arriver trop tard. « Vous n’en avez déjà plus ? Tant mieux pour vous, tant pis pour moi », sourit une cliente, qui repassera la semaine prochaine. Et qu’on s’entende : ce n’est pas parce que les produits ne sont pas là. « Mais nous avons déjà vendu une partie sur commande, se réjouissent ces producteurs de Saint-Michel-de-Villadeix. Les gens nous appellent ou ils passent commande d’un marché à l’autre. »
Pour Fabrice, qui est en train de reprendre la ferme familiale où sa maman élève, gave et transforme canards et oies depuis plus de 40 ans, du côté de Vergt, samedi a été une bonne première journée. « Trois quarts de clients locaux mais aussi des gens venus de l’extérieur vu que c’était le week-end de la Toussaint. » Poitiers, Bordeaux, Lyon... ils viennent parfois de loin pour avoir de bons produits. Le spectre de la grippe aviaire disparu ? « Je pense qu’il y a un coup à faire : il y aura peut-être moins de producteurs et donc une place à se faire si on propose des produits de qualité. »

 


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