Auteur : Nelly Fray
Publié : vendredi 3 novembre 2017

Zonage ICHN. Depuis l’élection du nouveau gouvernement, la carte des régions agricoles pouvant bénéficier de l’indemnité compensatoire de handicaps naturels n’a pas évolué. Les agriculteurs concernés veulent mobiliser sur la question.

« On va créer une fracture agricole »

Ste-Croix-de-Beaumont par un jour radieux. Le paysage est magnifique, mais les sols sont pauvres et les terres pentues. « Si j’arrête, mes terres ne vont pas intéresser beaucoup de céréaliers », déclare tout de go Pierre Coser. Cet éleveur de blondes d’Aquitaine a pris la suite de ses parents en 1997. Il exploite 62 ha de prairies, céréales, tabac, châtaigniers dans un secteur où les handicaps naturels sont visibles. Et pourtant, comme ses (rares) voisins agriculteurs, il est exclu des zones défavorisées.
« Il faut bien se rendre compte que cette exclusion est un point de non-retour. Les conséquences de la perte pour les éleveurs de l’ICHN, indemnité compensatoire de handicaps naturels (réservée aux exploitations en zone défavorisée - NDLR) sont économiques, sociales, géographiques », dira de son côté Bruno Faure, président de l’antenne Périgord pourpre - vallée de l’Isle de la Chambre d’agriculture.

Date d’application repoussée

Des arguments qui ont déjà été apportés au plus haut de l’État, avec succès puisque certaines zones exclues avaient pu être rattrapées. D’autres négociations étaient en cours pour réintégrer celles qui étaient sorties du zonage sans pour autant refléter la réalité de terrain. « Mais c’était avant les élections, depuis plus rien », fait savoir Yannick Frances, président du service département de l’élevage qui avait participé aux négociations pour la FDSEA.
Alors, pour les agriculteurs concernés, il est temps que les choses évoluent avant la cartographie définitive des zones ICHN. Les efforts ont payé pour la date d’application, repoussée à 2019 (au lieu de 2018 initialement). Maintenant, les responsables agricoles affûtent leurs arguments pour faire en sorte que les éleveurs injustement mis de côté soient à nouveau pris en compte, sous peine de créer « une fracture de plus en milieu rural », selon les mots du conseiller départemental Serge Mérillou.
Le 26 octobre, c’est sur la ferme de Pierre Coser qu’ont eu lieu les discussions, en présence de la préfète Anne-Gaëlle Baudouin-Clerc, des attachés parlementaires des députés du Bergeracois* et du Sarladais, de nombreux élus locaux, représentants de Cuma... Cette ferme du Beaumontois est l’exemple même d’une structure injustement écartée du dispositif ICHN.

Au niveau du ministère

La préfète de Dordogne, très investie sur ce dossier, assure qu’elle mettra toute son énergie pour porter le dossier ICHN au niveau du cabinet du ministère de l’Agriculture. « Il faut que l’on y arrive techniquement, je ne suis pas résignée », dit-elle devant les agriculteurs qui font cercle autour d’elle.
La difficulté est que tout argumentaire permettant de faire évoluer le zonage est aussitôt appliqué à l’échelle nationale. « Il serait anormal que toute la Bretagne, pour ne pas la citer, bénéficie de nos arguments sur l’agrotourisme », commente-t-elle. Ce qui évidemment aurait pour conséquence de diluer le montant de l’enveloppe ICHN...
Les agriculteurs estiment de leur côté que toute tentative sera bienvenue car c’est la survie d’un modèle agricole qui se joue. Certains estiment déjà qu’ils sont plus mal lotis que leurs voisins qui, eux, bénéficient encore des aides des zones défavorisées. « On n’arrivera à rien si on sépare les communes, les filières, c’est tous ensemble qu’il faut défendre le zonage ICHN pour les agriculteurs de la Dordogne », prévient Yannick Frances. Pas sûr, dans ce contexte, qu’il soit entendu.
*Michel Delpon, député du Bergeracois, s’est rendu le 28 octobre sur une ferme laitière de Gaugeac pour évoquer de nouveau le dossier avec les responsables de la Chambre d’agriculture.


EN CHIFFRES

  • 79 éleveurs périgourdins exclus du dispositif ICHN si la carte n’évolue pas, c’est 5 % des bénéficiaires de l’indemnité
  • 32 communes sont toujours exclues : 27 dans le Bergeracois, 3 en Sarladais, plus Varaigne et Hautefaye

Réussir le Périgord
7, rue du Jardin Public - BP 70165 - 24007 Périgueux cedex