Auteur : Lionel Robin
Publié : vendredi 27 octobre 2017

Glyphosate. Sortir de l’utilisation du glyphosate est une éventualité de plus en plus sérieuse, en France, voire en Europe. Des agriculteurs, notamment des bio mais pas uniquement, travaillent déjà sans cet herbicide.

La mécanisation, c’est l’alternative

« Je n’ai jamais fait autant de tracteur que depuis que je suis en bio », rigole Laurent Gendron. Une petite plaisanterie qui n’est malgré tout pas anodine économiquement mais totalement obligatoire pour assurer un désherbage cohérent sans utiliser de glyphosate.
Laurent Gendron, à La Chapelle-Grésignac, est en pleine conversion à la bio, préparant actuellement sa deuxième récolte bio. Il était donc il y a encore peu en conventionnel, utilisant comme d’autres le glyphosate pour régler ses problèmes de salissement. L’agriculteur exploite une SAU d’une centaine d’hectares, partagés à parts égales entre coteaux asséchants et terres irrigables. Il produit du maïs et du soja, irrigués, et de la luzerne sèche. Le tout est commercialisé via une coopérative.

Un enjeu incontournable

« L’enjeu de la bio, c’est incontestablement le désherbage », estime Laurent Gendron. Auparavant, et même à petites doses, le glyphosate lui permettait de maîtriser les adventices, facilement et à faible coût. « J’ai multiplié mes passages d’outils par trois par rapport au conventionnel. » Du coup, d’une dizaine d’euros l’hectare avec l’herbicide, il est passé à une soixantaine d’euros, uniquement en mécanisation, sans tenir compte de la main-d’œuvre.
Si c’est la mécanisation qui permet le désherbage, cela signifie des investissements en matériel. Laurent Gendron a donc des parts dans un “scalpeur” dont les dents, larges, sont décalées : « C’est un travail sur à peine dix centimètres qui va sectionner la surface du sol », explique le céréalier. Pour le coup, le désherbage est intégral et permet de casser le cycle des vivaces. Laurent Gendron passe le “scalpeur” deux fois par an, au printemps et à l’automne.
Avant le semis, pour bien nettoyer le sol dans les jours précédents, il fera deux passages légers au vibroculteur et à la herse plate. « Ça a un inconvénient, c’est que ça assèche le sol, avec le risque d’une mauvaise levée ». Ensuite, en pré-levée, il va nettoyer les nouvelles plantules avec la herse-étrille, « très lentement, de l’ordre de 3 km/h, pour ne prendre aucun risque avec la culture ».
Malgré toutes ses précautions, l’an dernier, il a fallu passer deux heures par hectare dans les maïs pour épurer à la binette les parcelles.
« J’avais intégré tous ces éléments sur le désherbage avant de passer en bio », reconnaît Laurent Gendron. Lui qui était en semis direct auparavant a aussi racheté une charrue pour labourer à nouveau ses terres. Et de s’interroger sur l’efficacité de la mécanisation contre les chardons et, surtout, l’ambroisie, très présente en Verteillacois et qui pose aussi des problèmes sanitaires.


L'EUROPE A DÉCIDÉ… OU PAS

Alors que la veille le Parlement européen a voté pour une sortie du glyphosate dans les cinq ans et que la Commission européenne avait proposé un renouvellement d’autorisation pour 5 ou 7 ans, le Comité permanent sur les plantes, les animaux et l’alimentation (PAFF) n’a pas trouvé mercredi de majorité qualifiée pour renouveler le glyphosate (16 pour, 2 abstentions et 10 contre, dont la France et l’Allemagne). En conséquence, le PAFF doit se réunir à nouveau d’ici 2 à 3 semaines mais l’exécutif européen proposerait, au lieu du renouvellement, une extension de l’autorisation actuelle de trois ans, extension à laquelle l’Allemagne ne serait pas hostile.


Le faux semis

2274 conventionnelJean-François Lasmesuras exploite 210 hectares de SAU à Cantillac, soit, outre de la prairie, 73 ha de maïs, 30 ha de blé, 30 ha d’orge et 60 ha de luzerne. Le tout en conventionnel et pour l’alimentation de ses 120 vaches laitières. « Depuis toujours, j’utilise le moins possible le glyphosate. C’est juste notre manière de faire qui privilégie le travail du sol et le sans labour depuis 20 ans »,
précise-t-il.
Il s’appuie sur un plan bien défini de rotation des cultures. À savoir : trois ans de luzerne suivis d’un an de maïs, un an de blé et un an d’orge, ces trois dernières années répétées une seconde fois avant de revenir à la luzerne. Après, Jean-François Lasmesuras
privilégie donc le travail du sol. « Ça signifie qu’on passe le déchaumeur derrière les moissons pour éviter les salissements. S’il le faut, explique-t-il, on passera deux ou trois fois, c’est juste un faux semis. »

Contre les limaces

Cette étape a lieu donc l’été. Ensuite, à la sortie de l’hiver ou au début du printemps, l’agriculteur passera le vibroculteur, au moins une fois, avant le semis de maïs. « C’est juste à ce moment-là, si c’est très sale que je peux utiliser du glyphosate. » En cas d’interdiction, il saurait s’adapter en passant un coup de vibro supplémentaire. En revanche, ces pratiques ont un autre intérêt, essentiel pour Jean-François Lasmesuras : « le fait de déchaumer l’été nous permet d’éliminer les limaces et je n’ai pas besoin d’anti-limaces ». Il estime aussi que le coût de ses pratiques par rapport au labour et au glyphosate n’est pas plus élevé.


Le travail du sol

2274 elevageMichel et Jean-François Vigier ont converti leur élevage ovins lait, à Champagnac-de-Belair, en bio en 2013. Sur une SAU de 119 ha, une quarantaine d’ha sont consacrés aux prairies, tout le reste entre dans la rotation des cultures. « Nous faisons en sorte qu’il n’y ait jamais de terres nues, c’est un principe de base », explique Jean-François Vigier, en charge des cultures. La rotation s’établit avec une luzerne pendant trois ans, un maïs, une avoine, un tournesol, un méteil et un ray-grass trèfle.

Prendre l’herbe de vitesse

« Pour le désherbage, je fais systématiquement un labour et je sème derrière le plus rapidement possible. Le but du jeu, souligne Jean-François Vigier, c’est que les graines en dormance soient prises de vitesse. » Si cette étape-là est réussie, l’agriculteur peut passer derrière la herse-étrille en post-semis. « Mais ça se joue fin, c’est à 2 cm et il faut le faire au bon moment », reconnait-il.
Si ce moment est raté, Jean-François Vigier repassera la herse-étrille à 3-4 feuilles sur les céréales et à 2 feuilles sur le maïs, tout doucement pour ne pas abîmer ses cultures. Ensuite, pour éviter tout salissement, il effectuera 1 à 2 binages. Après la récolte, Jean-François Vigier déchaume.
Jean-François Vigier admet que la valorisation en bio permet de supporter économiquement ces techniques mais « on peut aussi se planter avec le risque de ne rien récolter ».


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