Auteur : Laetitia Lemaire
Publié : vendredi 13 octobre 2017

Solidarité. Six agriculteurs seront rejugés pour avoir participé à la manifestation devant la permanence de la députée Brigitte Allain. Pour les soutenir, le syndicat Jeunes Agriculteurs a lancé une cagnotte Leetchi afin de payer les frais de justice.

« Qu’ils ne payent plus de leur poche »

Quand le premier jugement tombe, en mai dernier, les six agriculteurs du Bergeracois jugés pour avoir participé à une action devant la permanence de Brigitte Allain, alors députée, pensaient en avoir fini avec la justice. Le tribunal de police de Bergerac avait rendu ce jugement : deux des six prévenus avaient écopé de 1 000 € d’amende avec sursis pour avoir déposé du fumier et jeté des pneus ; les quatre autres - pour les jets d’œufs sur la façade - avaient été relaxés. À l’époque, leur avocat, Me Sylvain Galinat, s’était dit « satisfait » de cette décision. Ce qui n’était pas le cas du parquet qui avait fait appel.
Le 17 novembre prochain, les six agriculteurs seront donc jugés à nouveau, cette fois par la cour d’appel de Bordeaux. Un événement qui révolte trois des syndicats agricoles (FDSEA, Jeunes Agriculteurs et Coordination rurale) qui dénoncent à l’unisson « un acharnement judiciaire », interrogeant sur « le droit à manifester ». Au-delà du mouvement général d’indignation, c’est un élan de solidarité aussi qui s’est créé. Une pétition sur internet a recueilli 16 000 signatures. Depuis septembre, une cagnotte a en effet été lancée sur leetchi.com, « pour qu’ils arrêtent de payer les frais de justice de leur poche », explique Sébastien Lechevalier, président de Jeunes Agriculteurs.

Des plaintes ciblées

Car le premier jugement avait déjà été à leur charge. « Les syndicats n’ont pas été visés. Les plaintes déposées par l’agence immobilière responsable des locaux de la permanence et la députée étaient ciblées sur six individus. Nous ne pouvions pas payer leurs frais d’avocat », rappelle Sébastien Lechevalier.
À ce moment-là, lui-même n’est pas encore président du syndicat et la communication autour du procès est assez confidentielle. Ce qu’il déplore aujourd’hui. « Ils se sont retrouvés un peu tout seuls. Quand ils sont passés au tribunal, c’était trop tard, on n’était pas là. » Une absence que le jeune élu ne veut pas réitérer. « Cette fois, nous nous sommes engagés à les accompagner et être présents au tribunal à Bordeaux. Et nous avons monté la cagnotte et enverrons régulièrement des communiqués de presse pour dénoncer cette attaque au droit à manifester. »
Par la voix de son président, le syndicat Jeunes Agriculteurs veut d’autant plus s’engager à défendre l’action à laquelle ont participé les six agriculteurs qu’elle s’inscrit dans un contexte social et économique difficile pour la profession. « Ce ne sont pas des gens qui sont venus là pour casser, martèle Sébastien Lechevalier. Ce sont des agriculteurs qui n’arrivaient pas à gagner leur vie. C’est tout le monde agricole qui va mal. C’est pour ça qu’il faut dépasser les clivages syndicaux et les soutenir. »
Le montant maximum de la cagnotte a été fixé à 20 000 € mais « on a mis ça parce qu’il fallait mettre un seuil ; il faut juste atteindre les 3 000 € de frais de justice, mais peu importe le montant, tout ce qui est récolté est bon à prendre pour le reste de leurs frais », conclut le président des Jeunes Agriculteurs.


EN CHIFFRES

  • 3 000 euros de frais de justice à payer par les six agriculteurs

Désemparés

C’est peut-être pour ça que c’était une action coup de poing. C’est peut-être aussi pour ça que, cette fois, cette manifestation du mécontentement des agriculteurs a connu des suites judiciaires. Quoi qu’il en soit, elle était l’expression d’une lassitude voire d’une colère désespérée qui couvent depuis longtemps dans le monde agricole.
Pour mémoire, en juillet 2015, une grande partie des agriculteurs s’étaient mobilisés pour une manifestation de masse devant les grandes surfaces de Périgueux, les services de l’État et enfin Fromarsac. Fumier, lisier avaient été allègrement déversés. L’année suivante, une partie de la profession était venue s’allonger devant la préfecture, symbolisant la mort des agriculteurs.
Fil rouge de ces actions : le désarroi et parfois désespoir du monde agricole, incapable de vivre de son activité. À Bergerac encore, les agriculteurs crient leur détresse à travers ces jets d’œufs et ce fumier déposé, comme le rappelle le texte qui figure sur l’appel de la cagnotte Leetchi. « Les raisons de leur colère lors de cette mobilisation étaient largement justifiées : asphyxie économique des agriculteurs, charges qui plombent notre revenu, normes qui entravent notre liberté d’entreprendre, relations commerciales déséquilibrées. Aujourd’hui, les revendications restent les mêmes, la situation économique de l’agriculture est intenable et nos élus restent trop souvent sourds à nos demandes. »
Lancé conjointement par la FDSEA, les JA et la Coordination rurale, l’appel à la solidarité rappelle que les agriculteurs « labourent, sèment, ensilent, récoltent ce que nous allons mettre dans vos assiettes. Ils nourrissent le monde sans pouvoir vivre décemment de leur métier. » Un contexte qui reste toujours problématique, à la veille du jugement en appel, qui aura lieu le 17 novembre prochain.


Réussir le Périgord
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