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11_htCours des céréales. Le centre de gestion CER France Dordogne et la coopérative Scar ont organisé une réunion, mardi 16 novembre à Tocane, pour inciter les agriculteurs à déterminer leur prix de revient et à se positionner sur les marchés.
Sécuriser son revenu
malgré la volatilité


Comment garder son sang- froid quand les cours des céréales s’envolent pour retomber dans l’heure qui suit ? Sans chercher forcément à spéculer, les producteurs de grandes cultures aimeraient avoir un peu de visibilité pour s’adapter aux évolutions du marché.
Pour tenter d’apporter une réponse, le centre de gestion CER France et la société coopérative agricole du Ribéracois (Scar) ont invité une quarantaine d’agriculteurs, à Tocane mardi 16 novembre, à s’intéresser à leurs chiffres et à la commercialisation sur les marchés à terme. Les deux méthodes seraient à même de déterminer le prix auquel l’agriculteur doit vendre son blé ou son maïs pour couvrir l’ensemble de ses besoins.
Didier Pernet, conseiller de gestion à CER France, affirme qu’il est possible de minimiser l’incidence de la volatilité des cours des céréales. L’excédent brut d’exploitation (EBE) serait le meilleur critère. Il se calcule à partir du produit de l’exploitation auquel on soustrait les charges opérationnelles et celles de structure, hors amortissements et frais financiers. L’EBE permet à l’exploitant de payer ses annuités d’emprunt, d’avoir des prélèvements privés et de garder une marge de sécurité pour de l’autofinancement ou du désendettement par exemple. « Ces dernières années, les chiffres moyens des exploitations céréalières montrent une hausse de 20 % des annuités d’emprunt, attestant que les exploitants ont dans l’ensemble investi sur leurs fermes. Conséquence aujourd’hui, l’écart entre EBE et annuités est en forte baisse. Aussi, mieux vaut connaître son prix d’équilibre, celui qu’il faut atteindre pour payer ses charges, si on ne veut pas se retrouver dans le rouge. »

Prix d’intérêt
Le prix d’intérêt est, selon Didier Pernet, un critère plus pertinent que le prix d’équilibre car il prend en compte les besoins en prélèvements privés. « C’est là où l’agriculteur va puiser s’il ne vend pas assez cher ses céréales. »
Donc l’agriculteur a tout à gagner à maîtriser le montant de produits nécessaire pour atteindre ses objectifs. Pour cela, il peut compter sur des éléments connus, comme le montant de ses droits à paiement unique (DPU), net de modulation. Il a aussi à sa disposition des outils pour sécuri­ser le montant de ses produits, telle la commercialisation sur les marchés à terme. Le conseiller de gestion estime qu’en appliquant ce mode de calcul, il ne reste que 30 % d’éléments seulement estimés comme le prix de vente de la récolte ou des produits animaux dans le cas d’une exploitation de polyculture-élevage.
En janvier prochain, CER France se propose d’organiser une formation sur le thème “comment maîtriser 70 % de son produit d’exploitation”.

Marché à terme
Dans ce calcul, le recours aux ventes sur le marché à terme devient un outil non de spéculation mais de sécurisation du revenu. C’est ainsi que le voit Philippe Roussillon, directeur de la Scar. « Pour éviter ce qu’on a connu en 2008 avec de gros problèmes de rentabilité, il faut être à même d’anticiper les baisses des cours et d’assurer son revenu. Le marché à terme, que la coopérative utilise depuis 2002, est une des réponses. »
Une possibilité parmi d’autres qui s’adresse aussi aux agriculteurs puisque la Scar a créé un groupe d’utilisateurs, sans exclure d’autres moyens pour sécuriser les revenus. Ainsi, les contrats physiques, tel le contrat indexé Matif (marché à terme international français), permettent de fixer un prix de vente à l’avance.
Rien n’exclut de panacher les méthodes pour limiter les risques et jouer sur plusieurs tableaux. En fin de réunion, un adhérent de la Scar a fait part de son expérience en matière de vente sur le marché à terme. « On arrive à mieux maîtriser ses prix de vente, a-t-il dit, tout en faisant  entrer de l’argent dès la récolte. »


Nelly Fray

 

 

 

CEREALES_BASMarché mondial. Devant une quarantaine de céréaliers qui se demandent quand vendre et à quel prix, Louis de Colonges, expert en grandes cultures de l’organisme Odea (Offre et demande agricoles), a livré une analyse prudente.
Tout promet une flambée
des cours, mais...

La coopérative Scar se fie à l’expertise d’Odea (Offre et demande agricoles) lors des stages qu’elle propose sur les marchés à terme. L’un de ces experts, Louis de Colonges, était invité à s’exprimer sur les évolutions du marché des céréales pour 2011.
Il a d’abord démontré ce qui permet de croire à une nouvelle flambée. Des stocks mondiaux en forte baisse peuvent faire penser qu’on va se retrouver, comme en 2008, dans une situation de pénurie. Pour le blé tendre, on est revenu au niveau de 2008, avec seulement 96 jours de consommation d’avance, contre 110 jours à la même époque en 2009. Les stocks mondiaux sont à peine plus élevés qu’en 2008 (174 millions de tonnes contre 165 millions en 2008), « à la différence qu’aujourd’hui les principales zones exportatrices, comme l’Ukraine, manquent de marchandises ».
En effet, s’il y a des disponibilités, les principaux pays importateurs, confrontés à des problèmes climatiques à répétition, les gardent pour la consommation intérieure. Ainsi, « la moitié du stock mondial de blé est non mobilisable car retenus dans des pays comme la Chine ou l’Inde », estime Louis de Colonges, concluant   : « on est assis sur une bombe ».
Les prochaines récoltes devraient faire pencher la balance. Une bonne récolte en Australie ou en Argentine peut libérer ce stock non mobilisable, entraînant les prix vers le bas. Pour l’heure, du fait de l’incertitude, les marchés sont tendus et particulièrement volatils.
Autre fluctuation qui contribue à la volatilité des cours : la parité euro/dollar n’en finit plus d’agir sur la compétitivité des pays d’Europe et d’Amérique. Le prix du baril de pétrole et le soutien à la filière éthanol vont aussi beaucoup compter dans les prochains mois.

Des exportations soutenues
Le marché français tire bien son épingle du jeu. Sa production de blé s’est à peu près maintenue (35,7 millions de tonnes pour la campagne 2010-2011contre 36,5 millions la campagne précédente) alors que la production européenne de blé a perdu 3 millions de tonnes. Aussi, la France a les capacités de maintenir un niveau d’export  très soutenu. Ses blés meuniers sont recherchés sur le marché mondial, d’autant que la récolte européenne accuserait des volumes en baisse et des qualités moyennes. « Mais attention, prévient l’expert d’Odea, je vous parle d’une situation qui peut évoluer très vite. »
Déjà, les perspectives des surfaces mondiales implantées en blé montrent une forte augmentation, conséquence logique de l’embellie des cours et d’une demande soutenue.
Quant au maïs français, il connaît le même sort que le blé, à ceci près qu’il est fortement impacté par la suprématie des États-Unis en ce domaine. Avec ses 14 millions de tonnes de maïs produit, la France a peu de poids face au géant américain pesant à lui seul 320 millions de tonnes et bénéficiant d’un débouché assuré car soutenu par l’État. L’éthanol absorbe en effet près de la moitié de la consommation totale de maïs. C’est donc la prochaine récolte américaine qui fera les prix. Une analyse qui ne rassure pas vraiment les participants à la réunion.  

N. F.


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